‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 94 sur 414 · ACTE V, SCÈNE III H · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III H

Kent.

Si la fortune a épuisé ses faveurs et sa haine sur deux hommes, ces deux hommes se regardent.

Lear.

C'est un triste spectacle. N'étes-vous pas Ken-t?

Kent.

Lui-même, Kent, votre serviteur. Où est votre serviteur Caïus?

Lear.

C'est un brave garçon, je peux vous l'affirmer. Il sait frapper et vite encore... Il est mort et pourri. Kent.

Non, mon bon seigneur, cet homme, c'est moi.

Lear.

Je vais voir ça tout de suite.

Kent.

C'est moi qui depuis le commencement de vos malheurs jusqu'à leur fin ai suivi vos pas.

Lear.

Vous êtes le bienvenu ici.

Kent.

Non, ni moi ni personne... Tout est ici sombre, dans le deuil et la désolation..! Vos filles aînées ont devancé leur fin et sont mortes en désespérées.

Lear.

Oui, je le crois.

Albany.

Il ne sait plus ce qu'il dit. Il est inutile de chercher à se faire reconnaître.

Edgar.

Ce serait en vain !

(Entre UN OFFICIER).

L'Officier.

Edmond est mort, milord.

Albany.

Cela n'a pas d'importance... Milords et nobles amis, voici nos intentions.

{Désignant Lear).

Toutes les consolations pouvant être apportées à cette immense infortune lui seront prodiguées. Pour nous, nous résignons notre pouvoir absolu tant que vivra cette noble majesté I

{A Edgar et à Kent).

Vous, vous rentrerez dans vos droits, auxquels s'ajouteront des honneurs que vous avez bien mérités! Tous nos amis recevront la récompense de leurs vertus, et tous nos ennemis le châtiment de leurs méfaits. Oh I voyez I voyez 1

Lear.

Et ma pauvre fille est étranglée*! Non, non, plus de vie! Pourquoi un chien, un cheval, un rat, vivent-ils, tandis que tu n'as plus de souffle? Tu ne reviendras plus! Jamais, jamais, jamais! Je vous prie, défaites-moi ce bouton... Je vous remercie, monsieur... Voyez-vous ceci? Regardez-là... Regardez... Ses lèvres. Regardez! Regardez!

(// meurt) .

Edgar.

Il se meurt!... Milord, milordl...

Kent.

Brise-toi mon cœur ! Je t'en supplie, brise^toi !

Edgar, à Lear.

Ouvrez les yeux, monseigneur!

Kent.

Ne troublez pas son fantôme! Laissez-le partir! Ce serait le haïr que vouloir le laisser plus longtemps sur la roue de cette triste vie.

Il est mort, en effet.

Kent.

Ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'il ait si longtemps résisté. Il ne faisait qu'usurper sa vie !

Albany.

Emportez-le d'ici. Notre affaire présente est un deuil général.

(A Kent et à Edgar).

Amis de mon cœur, gouvernez tous deux, et soyez les soutiens de ce royaume délabré.

Kent.

Monsieur, j'ai un voyage à faire bientôt. Mon maître m'appelle et je ne peux pas dire non.

Albany.

Nous devons supporter le poids de ces tristes temps, dirf ce que nous sentons et non ce que nous devrions dire. Le> plus vieux ont le plus souffert. Nous, qui sommes jeunes, nous ne vivrons jamais assez longtemps pour voir tant d* choses !

{Ils sortent aux sons d'une marche funèbre) .

1. And my poor fool is hang'd! Au temps de Shakespeare l'épttiète de folie était employée comme un mot d'amitié. Nous avons vu dans Antoine et Cléopâtrc -. ... poor venomous fool, Be angry and despatch.

Dans Roméo et .Juliette :

And, pretty fool, is stinted and said-ay. Nous retrouverons la môme expression dans les Dewc gcntiS' hommes de Vérone.

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