VIRGILE
Si, dans les études de Racine, les poètes grecs semblent avoir tenu la première place, les poètes latins cependant ne peuvent pas avoir été négligés. Le premier en date de ses chefs-d'œuvre tragiques, Andromaque ^ a été inspiré par quelques vers de Virgile. Dans plusieurs des passages les plus passionnés et les plus tendres de Bajazet et de Bérénice^ il s'est souvenu du quatrième livre de VEnéide. N'y a-t-il pas d'ailleurs une incontestable parenté entre le poète de Louis XIV et celui d'Auguste, ces deux génies harmonieux, élégants, doux et purs, dont le cygne est resté l'emblème? Que Racine ait aussi goûté particulièremeut Horace et Térence, et se soit nourri de leurs écrits, on n'en saurait douter. Térence, qu'il aime tant à citer dans ses lettres, Térence, si bien fait pour lui plaire par la vérité et la finesse de ses peintures, par sa profonde connaissance du cœur humain, était, il nous l'apprend luimême le modèle qu'il eût suivi de préférence, si, dans la comédie, il ne se fût pas borné à un seul essai. Le sel piquant, l'enjouement aimable, V urbanité d'Horace dans ses Epîtres et ses Satires, ne devaient pas moins le charmer. Dans les Odes du même poète, il trouvait une imitation des Grecs à la fois savante et inspirée, comme celle qu'il pratiquait lui-même, et il y reconnaissait sans doute et y goûtait fort l'élégance exquise, la perfection de langage, l'heureuse expression poétique, la hardiesse pleine de goût," qui furent au nombre des plus remarquables dons de son propre génie.
Les trois prêtes latins que nous venons de nommer ont donc été très-vraisemblablement annotés plus d'une fois par lui, suivant sa méthode ordinaire de travail. Nous n'avons cependant point rencontré de Firgile ni de Térence chargés de ses notes manuscrites. La Bibliothèque de Toulouse possède un Virgile qui a appartenu à Racine et porte sa signature. C'est un volume in-4'' qui a pour titre : P. Virgilius, cumveterum omnium commentariis et seleetis récent, notis Ex offic. Abr. Commelini.,.. 1646. Mais ce volume n'est pas annoté.
Voici la seule trace que nous ayons rencontrée des études de Racine sur Virgile. Il a fait quelques extraits de ce poète au commencement du même cahier d'oii nous avons tiré les Remarques sur les Olympiques de Pindare (voyez ci-dessus, p. i-55). Les Extraits de Virgile ont été pris dans les livres I, III et IV des Géorgiques . Dans les dix-neuf pages dont ils se composent, on ne trouve pas, à proprement parler, de notes, mais seulement quelques titres qui précèdent les citations, tels que : « Astres. — Dieux champêtres. — César. Dieu nouveau prince. — S'accommoder au terroir. — Deucalion. •— Été. — Pavots. — Diversité, etc. »