‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 241 sur 394 · Racine a écrit ainsi appuiez, sans doubler l't · texte numérisé non relu

Racine a écrit ainsi appuiez, sans doubler l't

lettre de iM. Vitart, dans laquelle je croyois qu'il vous ^ pressoit bien fort de revenir pour un jour ou deux. Au moins il m'avoit promis de le faire. Mais, à ce que je vois, il ne fait pas tout ce qu'il dit, ou bien vous ne faites pas tout ce qu'il vous demande. La raison de cette nécessité que nous avions de votre présence, c'est qu'il est bien vrai que l'ode a été revue ; mais comme on avoit marqué quelques changements à faire, je les ai faits, et j'étois le plus embarrassé du monde pour savoir si ces changements n'étoient point eux-mêmes à changer. Je ne savois à qui m'adresser. M. Vitart est rarement capable de donner son attention à quelque chose. M. l'Avocat* n'en donne pas beaucoup non plus à ces sortes de choses. Il aime mieux, ce me semble, ne voir jamais une pièce, pour belle qu'elle soit, que de la voir une seconde fois. Si bien que j'étois près de consulter, comme Malherbe, une vieille servante qui est chez nous, pour assurer mon jugement, si je ne m'étois aperçu qu'elle est janséniste comme son maître ^, et qu'elle pourroit me déceler : ce qui seroit ma ruine entière, vu que je reçois encore tous les jours lettres sur lettres , ou , pour mieux dire , excommunications sur excommunications, à cause de mon triste sonnet. Ainsi j'ai été obligé de me rapporter à moi seul de la bonté

4- Voici encore un personnage souvent mentionné dans les premières lettres de Racine, et qui nous est inconnu. Louis Racine ne savait rien sur lui. « Ce M. l'Avocat, dit l'éditeur de 1807, était un jeune pédant de leurs amis. » Pour un ami, on le raillait beaucoup. Nous conjecturons qu'il était moins un ami qu'un parent, un parent de l'abbé le Vasseur, peut-être son frère; il devait lui tenir de très-près, comme porte à le croire un passage de la lettre du uS mars 1662, où Racine témoigne à l'abbé un déplaisir trèssensible d'une maladie de M. l'Avocat.

5. Le duc de Luynes. Ce passage indique que Racine demeurait alors dans la maison de ce duc, près de Nicolas Vitart, qui en était l'intendant.

LETTRES

~ de mes vers. Voyez combien mi jour de votre présence m'auroit fait de bien. Mais puisqu'il n'y a plus de remède pour l'avenir, il faut que je vous rende compte^ de tout ce qui s'est passé. Je ne sais seulement si je le devrois faire, puisque vous vous y êtes si peu intéressé. Mais en vérité je suis si accoutumé à vous faire part de mes fortunes, bonnes ou mauvaises, que je vous punirois moins que moi-même en vous les taisant.

M. Chapelain a donc revu l'ode avec la plus grande bonté du monde, tout malade qu'il étoit. Il l'a retenue trois jours durant, et en a fait des remarques par écrit, que j'ai fort bien suivies. M. Vitart ne se vit jamais si aise qu'après cette visite. Il me pensa confondre de reproches, à cause que je lui avois un peu reproché la longueur de M. Chapelain. Je voudrois que vous eussiez vu la chaleur et l'éloquence avec laquelle il me querella. Mais cela soit dit en passant. Au sortir de chez M. Chapelain, il alla voir M. Perrault^, contre notre dessein, comme vous savez. Il ne s'en put empêcher, et je n'en suis pas marri à présent. M. Perrault lui dit aussi de fort bonnes choses, que M. Yitart mit par écrit, et que j'ai encore toutes suivies, à une ou deux près, où je ne suivrois pas Apollon même, comme est la comparaison de Vénus et i de Mars, qu'il récuse à cause que Vénus est une pro- \ stituée. Mais vous savez que quand les poëtes parlent des \ Dieux, ils les traitent en divinités, et par conséquent j comme des êtres parfaits, n'ayant même jamais parlé de | leurs crimes comme s'ils eussent été des crimes; car | aucun ne s'est jamais avisé d'appeler Jupiter ni Vénus incestes ou adultères. Et si cela étoit, il ne faudroit plus introduire les Dieux dans la poésie, vu qu'à regarder

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