Diù KACIWE A l'abbé LEVASSEUR
A Usez, le 28. mars 1662.
Je ne veux pas ïnanquer à la parole que je vous ai donnée ^ de vous écrire aujourd'hui, mais aussi je ne vous entretiendrai pas longtemps. L'incertitude où je suis de la santé de M. l'Avocat fait que je ne sais de quelle façon vous parler ou comme à un homme triste, ou comme à un homme de bonne humeur; et l'idée que j'ai toujours présente de la tristesse qui paroissoit dans votre dernière lettre m'empêche de vous en faire aucune qui soit tant soit peu enjouée. J'en ai reçu une de M. Vitart cette semaine, et je viens ^ de lui écrire aussi. Il m'a envoyé une Lettre de M. de Luines pour les pairs ^, que nous avions déjà vue en ce pays, et je suis toujours des derniers à savoir les nouvelles, quoique j'aie une correspondance aussi bonne que la vôtre. On ne parle en cette ville que de la merveilleuse conduite du Roi, du grand ménage de Colbert*, et du procès de M. Fouquet, qu'on dit avoir été interrogé par
Lettre 26 (revue sur l'autographe, conserAe à la Bibliothèque impériale). — i. Voyez ci-dessus la lettre 24i V^§^ 449- 3. Racine avait commencé par écrire : « et je lui viens. »
3. Cette lettre, que nous ne connaissons pas, avait trait probablement à des difficultés semblables à celles qui s'étaient élevées en 1660, et qui avaient été l'objet d'un écrit attribué au duc de Luynes, et intitulé : Relation de ce qui se passa à P entrée du roi Louis XI F en 1660. Ju sujet des rangs de Messieurs les Ducs et Pairs. On le trouve imprimé à la suite d'une autre pièce qui a pour titre : État présent d' Espagne A Fillefranche^ chez Étienne le Vraj (i volume in-i2, M.DCC.XVII). Nous pensons qu'il ne faut pas confondre \iH Lettre du duc de Luynes avec sa Relation^ qui, en 1662, ne pouvait plus être une nouveauté.
4. Racine écrit Colleberl. En général, nous conservons aux noms propres l'orthographe des originaux ; mais ici le lecteur eût pu trouver l'altération par trop choquante.
LETTRES. Vii
trois fois depuis peu de jours ^. Et cependant, vous qui êtes des premiers instruit des choses, ne m'en mandez rien du tout. Mais, pour vous dire le vrai, ce n'est pas cela qui m'inquiète : j'aime mieux que vous me mandiez de vos nouvelles particulières et de celles de nos connoissances. Vous serez le plus cruel homme du inonde si vous ne m'en faites savoir au moins de M. TAvocat, dans la maladie ou dans la santé duquel je m'intéresse sensiblement.
J'ai eu tout le loisir de lire Vode de M. Perraut ^. Aussi l'ai-je relue ^ plusieurs fois, et néanmoins j'ai eu bien de la peine à y reconnoître son style, et je ne croirois pas encore qu'elle fût de lui, si vous et M. Vitart ne m'en assuriez. Il m'a semblé que je n'y treuvois point cette facilité naturelle qu'il avoit à s'exprimer; je n'y ai point vu, ce me semble, aucune trace d'un esprit aussi net que le sien m'a toujours paru, et j'eusse gagé que cette ode avoit été taillée comme à coups de marteau par un homme qui n' avoit jamais fait que de méchants vers. Ça été le sentiment et les termes^ de quelques gens qui l'ont vue ici. Mais je crois que l'esprit de M. Perraut est toujours le même, et que le sujet seulement lui a manqué ; car, en effet, il y a longtemps que Cicéron a dit que c'étoit une matière bien stérile, que l'éloge d'un enfant en qui l'on ne peut louer que l'espérance^; et toutes ces espérances sont telle-
5. Les interrogatoires de Foucquet commencèrent le 4niars 1662t.