‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 58 sur 394 · I. Racine écrit : d'erain · texte numérisé non relu

I. Racine écrit : d'erain

SUR L'ODYSSÉE D'HOMÈRE

brebis portent trois fois l'an : si bien que ni roi ni pâtre ne manquent jamais de lait, ni de fromage, ni de chair :

"Evôa [i.lv oSts dvoi.^ Ini^zurii o5't£ ti 7Uof[j.r]V

Tupou y.oà xpstwv, oùBè yXo/spoto YdcXaxxoç. [Vers 87 et 88.]

Il dit, en un mot, ce qui s'est passé chez lui durant cela; et ainsi, dit-il, je ne fais plus autre chose que de pleurer tous mes amis, mais surtout Ulysse, que j'aimois principalement. Il dit cela à cause de la ressemblance qu'il treuvoit dans son fils avec lui. Cela tire les larmes des yeux de Telemachus, qui se cache de son manteau : ce que Menelaûs aperçoit bien. Telemachus songe s'il lui parlera de son père, ou s'il l'en laissera parler le premier. Cependant Hélène descend de son appartement; Homère décrit admirablement son arrivée; et, sans mentir, c'est un plaisir de voir comme il s'entend à faire une description. Il remarque les plus petites choses, et les fait toutes paroître devant les yeux : ainsi on croit voir arriver Penelopé avec toute sa modestie, quand il décrit qu'elle vient; tout de même quand Telemachus se va coucher. Et ici on voit Hélène paroître avec éclat et avec majesté, quoiqu'il la décrive en ménagère.

'Ex 8' 'EXÉvr; ^aXi^ioio GutiBeoç utl/opô'foio

"HXuGsv, 'ApT£jJii8t ypuayjXaxdcTO) dy.uia. [Vers 121 et 122.]

Parce qu'elle vient à la négligence, il la compare à Diane. Une de ses femmes, nommée Adreste, lui apporte un siège; l'autre, nommée Alcippe, met un carreau dessus :

Tdr.Yixa <p£psv p.«).a*/.ou Ipfoto. [Vers 124.]

Phylo, l'autre, apporte devant elle un vase d'argent pour tenir la laine, en grec taXapov : d'où, selon Plutarque\ les Romains ont pris le nom de Talassio , chanson nuptiale ,

I. Vie de Romulus ^ chapitre xv. « La plupart des autheurs.... estiment que c'est un admonestement pour aduertir les nouuelles maryées à penser de faire leur besongne, qui est de filer ce que les Grecs appellent Talass'ia. « (Traduction d^ Amyot^ tome I, p. 47 de l'édition de Lausanne, 1572.) — Voyez aussi les Quesùons roma'mei de Plutarque, chapitre xxxi.

REMARQUES

comme pour avertir les femmes d'avoir soin du ménage. Ce vase lui avoit été donné avec beaucoup d'autres présents par Alcandra, dame égyptienne, et il étoit bordé d'or. Phylo le met donc au pied* de sa maîtresse, tout rempli de laine, et dessus étoit étendue sa quenouille garnie d'une laine violette Hélène s'assoit sur son siège, où il y avoit aussi un marchepied ; car Homère décrit toujours tous les sièges avec un marchepied, quand c'étoient des sièges honorables, comme Junon en promet un au Sommeil, ayant besoin de lui afin qu'il endorme Jupiter. Je te donnerai, dit-elle, un beau siège d'or qui sera incorruptible, et fait des mains de Vulcain ; mais comme si ce n'étoit pas assez, elle ajoute :

Ttco 8à ôprjvuv Tcoatv vjasi,

afin que vous y mettiez vos pieds délicats tout à votre aise. En cet état, Hélène parle à son mari. On voit bien qu'autrefois les dames ne faisoient pas tant de façons qu'elles en font à présent. Et elles vivoient assez familièrement, comme Hélène qui fait apporter avec elle tout son ouvrage, devant de jeunes hommes qu'elle n' avoit jamais vus. Néanmoins elle dit à son mari qu'elle se trompe fort si ce n'est Telemachus, tant il lui ressemble : sans doute que c'est à cause qu'il ressembloit à son père. Et si Hélène le devine devant son mari, c'est que les femmes font plus de réflexion et examinent les nouveaux venus avec curiosité; car c'est leur coutume. Menelaûs avoue qu'elle a raison :

Ksfvou yàp Toio{o£ tc6û£ç, ToiafBe xs •/zipzç,

'O(p0aX[jLcôv T£ poXat, xsçaX/j t', l^uTTSpôé te /^aîrai. [Vers 149 et 1 5o.]

Virgile dit : Sic oculos, sic ille manus, sic ora ferehat^\ mais Homère est plus particuHer, et ce tour des yeux, 6cp6aXpt.cov ^oXai, est tout à fait expressif. Aussi, dit Menelaûs, cela m'a fait souvenir et parler d'Ulysse, et j'ai remarqué que cela l'a

I . Il y a ainsi dans le manuscrit : « au pied , » et non « aux pieds. »

a. Iliade, li-vre XIV, vers 240 et 241. 3. Éuéidey livre lïï, vers 490.

SUR L'ODYSSÉE D'HOMÈRE

fait pleurer. Le fils de Nestor répond pour lui, parce qu'il est mieux séant qu'un tiers dise qui il est. Il est vrai que c'est lui, dit-il ; mais il est sage, et ne veut pas se vanter devant vous, que nous écoutons comme un dieu :

"Avxa oéGev. [Vers 1 58- 160.]

Et Nestor m'a envoyé pour l'accompagner, et il est venu vous demander des nouvelles de son père, dont l'absence lui est insupportable, et le fait souffrir beaucoup. Menelaiis s'écrie aussitôt :

"IxeG', ôç dyzyJ' l[j.£tb -koXzXç l^aoy^jasv aéôXouç. [Vers 169 et 170.]

La reconnoissance de Menelaûs paroît par ces paroles, j'avois résolu, dit-il, de l'aimer plus que personne, et de l'emmener hors d'Ithaque, lui et sa famille, et son peuple, et de lui donner une de mes villes, afin que nous vécussions ensemble.

Où 8s x£V ^{xa; "âXXo Si^xpivev cptXéovxé ts tspTiopiva) ts,

IIp^v y' 8x£ ôrj OavaTOio [kéla^) vé^oç à[xcp£/dcXu(^£V,. [Vers 178-180,]

Mais quelque dieu nous a envié ce bien-là, et l'a privé de son retour. Ces paroles tendres les font pleurer tous quatre,

'"'{îç cpaxo, ïotat os :n:aaiv utp' 'tfjLspov wpa£ yôoio.

KXaîs jj.lv 'ApY£fr| 'EXévrj Aib; IxyEyaufa,

KXaΣ oè Tv^X£{jLa/6; t£ xai 'ATpsiBï^ç MsvsXaoç,

OùÔ' àpy. NÉaiopoç utbç aSa/puTco ly£V oaas. [Vers i83-i86.]

Car il se souvenoit de son frère Antilochus, et il dit à JMenelaûs : Croyez-moi, changeons de discours; car je n'aime pas de pleurer après {ou durant) le souper,

Où yàp sytoYS TépTOfji' 68up6pi.£Vo; jJL£ta§6p7ttoç [vers 193 et 194];

mais déïTîftiti au matin, tant que vous voudrëz • car jê n'em-

REMARQUES

pêche point qu'on pleure les morts, vu que c'est là leur récompense :

Tout6 vu y.a\ yipot.(; oTov ôitupotai Ppoxotai

Ke{paaOa{ ts -/6[j,rjV, [îaXésiv t' àTzo My.pu Trapsiwv. [Vers 197 et 198.]

Menelaûs loue son discours, et dit ces belles paroles :

'Peta 8' dtpfyvwtoç yévoç dcvipoç wte Kpovfwv

"OX60V sTcr/.Xo'jari ^apiov-cfts Y£tvo[ji.évoj xe. [Vers 207 et 208.]

Tel qu'est Nestor, à qui Dieu a fait la grâce de vieillir longtemps et agréablement dans sa maison , et d'avoir des enfants également sages et vaillants. Ainsi ils lavent les mains et soupent; et pour leur faire oublier leur affliction, Hélène jette dans leur vin une drogue d'une herbe qui ôte toute la douleur et la colère :

NrjTrsvO^? t' à')(^oX6v t£, xaxwv l-KlXr]Qo^ à7C(^.VTwv [vers 221],

de sorte qu'après cela un homme auroit passé tout le jour sans pleurer, quand il verroit mourir ou sa mère [ou son père] , et qu'on tueroit cruellement son frère, ou même son fils à ses yeux. Quelques-uns croient que cette herbe, qui a été appelée nepenthes, n'est autre que la buglose ; au moins Pline dit qu'elle a les mêmes qualités. Voici ce que Pline en dit 1. XXV, c. 3, 011 il la décrit : Homerus quidem, primus doctrinnrum et antiqidtatis parens , multus alias in admiratione Circes , gloriam herbarum Mgjpto tribuit; et un peu après : Nobile illud nepenthes oblivionem tristitiœ veniamque afferens , et ab Jîelena iitique omnibus mortalibus propinandum ; il en parle encore 1. XXI, c. 21 ^ Homère dit donc que cette herbe, avec plusieurs autres, avoit été donnée à Hélène par Polvdamna, princesse égyptienne.

Tf) TcXstaTa çpÉpst (^sf^wpoç d^poupa et 280.]

$^p[i,ax« TcoXXà (jisv £a6Xà [j.£[jLiY[ji,éva, roXXoc 8è Xuyp^- [Vers 229

Plutarque^ applique ce passage à la lecture des poètes, 011

I. Nepenthes îllud prsedicatum ah Homero . Dslus d'autres éditions ce passage est au chapitre xci ; et le précédent au chapitre v du livre XXî . 3. Comment le jeune homme doit écouter les poèmes, chapitre T.

SUR L'ODYSSÉE D'HOMÈRE

il y a beaucoup de bonnes choses à prendre , et beaucoup de mauvaises. Homère dit qu'en Egypte chacun y est fort habile médecin, car ils descendent tous de Pseon. Aussi les Égyptiens passoient partout pour des devins et des enchanteurs, comme on voit dans le Calasiris d'Héliodore; cet auteur assure qu'Homère étoit Egyptien, et le prouve ^

Puis elle leur parle, et leur dit ces mots qui sont fre'quents dans Homère :

'Avopwv saOXSv ::atosç [àzàp Gsbç à'XXoi' Itz' SXXoi ^-37], Zvjç dcyaO^v xe xax6v x£ B'.oot' Buvaxai yàp aTcavxa) [vers 236 et

pour montrer que la misère et le bonheur n'ôtent et n'ajoutent rien à la vertu d'un homme, puisque ce sont des choses que Dieu donne à qui il veut. Hélène loue Ulj'sse, et surtout lorsqu'il ^e lacéra lui-même, et que, déguisé en gueux, osht-/) [vers 248], il entra dans Troie, où il ht grand ravage.

Et elle dit qu'elle s'en réjouissoit, désirant alors de revenir avec son premier mari, et déplorant le jour que Vénus l'avoit emmenée à Troie; car elle fait l'honnête femme, et veut dire qu elle avoit été enlevée par force. Menelaûs dit que ce fut bien autre chose lorsqu'ils étoient enfermés dans ce grand cheval de bois, où il fermoit la bouche à tous ceux qui vouloient répondre à Hélène, qui, par je ne sais quel instinct, les appeloit tous, en contredisant la voix de leurs femmes. Telemachus dit alors : Et le pis, c'est que tout cela ne lui a servi de rien :

"AXytov • ou y(^p o'i xi xdy' rfpy.sas Xuypbv è'XsGpov. [Vers 392.]

Après ils se vont tous coucher. Du matin Menelaûs se lève, et vient demander à Telemachus le sujet de son voyage. Il le lui conte tout au long, comme à Nestor. Menelaûs, indigné de l'impudence de tous ces beaux amoureux, dit :

r.ÔKOi, fi [j.dXa. 8r] xpaxepé^povoç àvSpb; h suvrj "HSeXov suvriérjvai àvdX/iosç aÙTo\ I6vx£ç. [Vers 333 et 334-]

Ainsi, dit-il, lorsqu'une biche vient mettre ses petits dans 1. Éthioplqnes, chapitre viii (livre HI), p. i54 et ï55.

REMARQUES

la tanière d'un lion tandis qu'il en est dehors, le lion revient après, qui les maltraite et les tue, tant la mère que les petits :

*Q<; 8', ôx:6t' Iv ^uX6}(ti) l'Xaooç xpaTepotb XéovTOç

NeSpouç xoi[JLTfîaaaa veyjysvéaç yalaO/ivouç,

Rv7][jLouç l^spérjat xat ayxea Trotv^EVxa

Boaxo{ji.lv7], ô S' l'ji£ixa sr]V £?a/jXuÔ£V £Ùvr]V,

'A[ji.<poTlpotat 8à Toîaiv dcs^xea 7:6t[jlov gcp-^xsv. [Vers 335-339-]

Rien ne saur oit être mieux dit que cette comparaison, et cela vient bien à de certaines gens qui veulent débaucher des femmes dont les maris valent bien plus qu'eux.

Alors, pour venir à Ulysse, il raconte tous ses voyages, et les maux qu'il endura pour n'avoir pas sacrifié aux Dieux.

Oi S' (xlû ^ouXovTo 0£o1 {j-£[j.vria6ai £cp£T[j.éojv. [Vers 353.]

Il dit donc qu'il étoit dans une petite île, à une journée de l'Egypte, qu'on appelle le Phare, et que là il alloit mourir de faim, lui et son monde, étant réduit à pêcher quelques poissons pour vivre ; mais qu'Inothée, nymphe marine, fille de Protée, au moins, dit-elle, on le dit :

T6v8s t' £[jl6v ^aaiv Trax^p' à'[jL|j.£Vai, r^oï -cexécOat. [Vers 387.]

Elle lui dit qu'il aille treuver ce Protée, qui vient tous les jours dormir la méridienne, là auprès, avec tous ses veaux marins. Enfin elle lui donne les mêmes avis que Cyrené en donne à son fils Aristée, au [livre] 4. des Géorgiques ; car Virgile a traduit cette fable mots pour mots, sinon que Virgile fait cacher Protée dans un coin, et ici Inothée donne trois peaux de ces gros poissons à Menelaiis, afin qu'il se cache dessous avec deux de ses amis. Car Protée comptoit son troupeau chaque jour; et Menelaûs dit qu'ils n'eussent pu durer, à cause de la puanteur de ces peaux. Mais Inothée leur boucha les narines d'ambrosie,

'HSu (xdXa ;r^£fouaav, ôXsadE ôl xt^tsoç ôSjJLyjv. [Vers 446,]

Protée lui demande enfin ce qu'il veut; il dit : OTaÔa, yspov', Scis, Plroteu. Protée donc lui dit la cause de ses malheurs, et

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