‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 81 sur 394 · I. Enéide, livre IV, vers · texte numérisé non relu

I. Enéide, livre IV, vers

SUR L'ODYSSÉE D'HOMÈRE

cun a bu autant qu'il a voulu, Alcinoûs dit que chacun s'en aille coucher chez lui, et que demain au matin ils viennent en bonne compagnie, afin que nous traitions, dit-il, cet étranger, et que nous donnions ordre pour son retour, afin qu'on le remène chez lui sans aucun danger, et qu'après cela il reçoive tout ce que les Parques lui ont destiné :

"Ev0a 8' ïîTEtTa ne{<j£Tat oaaa oi Afaa KaTaxXôjôlç te (Bapsiat retvop-évw VïjaavTo Xfvw, 8t£ (jliv té/e {J.7^Tr]p. [Vers 196-198.]

Que si c'est quelqu'un des Dieux qui soit descendu du ciel, il en arrivera ce qu'il leur plaira ; car d'ordinaire les Dieux nous apparoissent visiblement quand nous leur faisons des hécatombes, et mangent avec nous ; et quelquefois ils se déguisent en forme de voyageurs, et après se découvrent à nous, car nous sommes leurs alliés, aussi bien que les Cyclopes et les Géants. L'on diroit qu'Homère a pris ce beau sentiment dans les livres de Moïse, que les Dieux prennent quelquefois la figure des voyageux^ pour éprouver l'hospitalité de ceux qui les servent, et qui sont favorisés d'eux, comme on voit par l'histoire d'Abraham.

Ulysse rejette bien loin cette pensée d' Alcinoûs. Ayez d'autres sentiments, dit-il, car je ne suis point semblable aux Immortels qui habitent le ciel, ni de corps, ni d'esprit,

'AXlà GvrjToîai ^porotaiv • 'Av9p(x)7:tov, Totafv xev h à'Xysaiv ?awja{[j.r)v [vers 210-212];

et je puis dire même que j'ai plus souffert que personne. Mais permettez-moi de souper à mon aise, tout affligé que je suis ; car rien n'est plus impudent qu'un ventre affamé :

06 ydcp Tt atuyEp^ Itû yoLaxipi xi5vTEpov &Xko

Ka\ [j.ûcXa T£tp6[A£vov, xa\ hà cppEal ;i:sv6oç £)(0VTa. [Vers 216-218.]

Notre langue ne souifriroit pas dans un poème héroïque cette façon de parler, qui semble n'être propre qu'au burles-

I, C'est ainsi que Racine a écrit ici.

REMARQUES

que : elle est pourtant fort ordinaire dans Homère. En effet, nous voyons que dans nos poèmes, et même dans les romans, on ne parle non plus de manger que si les héros étoient des dieux qui ne fussent pas assujettis à la nourriture : au lieu qu'Homère fait fort bien manger les siens à chaque occasion , et les garnit toujours de vivres lorsqu'ils sont en voyage. Virgile en fait aussi mention, quoique plus rarement qu'Homère, et il ne le fait que dans des occasions importantes, comme au [livre] i", après le naufrage, Enée tua des cerfs qu'il donna à ses gens, qui en avoient bien besoin ; ensuite le souper de Didon , oij cette princesse devient amoureuse : et c'est ce qui lui fait dire au [livre] 4^, pour éviter les répétitions :

Nunc eadem^ labente die^ convivia quserit * ;

au 3% le dîner des Harpies ; au 5% en l'honneur d'Anchîse ; au 7", pour accomplir la prophétie :

Heus ! etiam mensas consumlmus ^ !

et au 8«, le sacrifice d'Évandre. Voilà, ce me semble, tous les endroits où il est parlé de manger dans Virgile. Mais dans Homère il [en] est fait mention presque partout, et plus encore dans XOdjssée que dans Y Iliade^ parce qu'ici Homère ne parle presque que d'affaires domestiques, au lieu que X Iliade est pour les actions pubhques. En cet endroit, on recommence par trois fois à boire, à l'occasion d'Ulysse et des libations qu'on faisoit aux Dieux; en suite de quoi chacun se va coucher. Ulysse demeure seul, et Arété et Alcinoûs auprès de lui. Arété reconnoît le vêtement que sa fdle lui avoit donné, et qu'elle-même avoit fait de ses mains. Elle lui demande donc qui le lui a donné : Ne dites-vous pas que vous avez [été] jeté par l'orage en ce pays-ci ? Et Ulysse lui répond, et lui dit de quel pays il vient. Il y a assez loin d'ici une île qu'on appelle Ogygie, où demeure la nymphe Calypso, fille d'Atlas,

IVlfayeTai, oîJie Bswv, q^zz Ovrjxwv àvÔpt&Tttov. OTov. [Vers 246-249.]

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