LIVRE VIIL
Dès le matin, Alcinoiis et Ulysse se lèvent , et s'en vont à l'assemblée ; et Pallas, déguisée en héraut, va appeler tout le monde par la ville, et leur inspire de bons sentiments pour Ulysse, et le fait paroître plus beau lui-même , et lui donne l'art de vaincre dans tous les jeux où les Phéaques l'éprouveroient. Alcinoiis ouvre l'assemblée, et exhorte le peuple à préparer un vaisseau et à éhre cinquante-deux jeunes hommes pour reconduire Ulysse ; et cependant il prie les principaux et les plus anciens, qu'il appelle (7)cyi7CTou;^oi paoriXTis;', de venir à son logis, afin de festoyer cet étranger : Et que personne n'y manque, dit-il. Faites venir aussi le divin chantre Démodocus, à qui Dieu a donné la grâce de chanter agréablement tout ce qu'il veut :
Tw ydtp pa ©sbç «epiBwxev àoiSrjV Tsprw^iv, 87c;rri ôupç iTioTpiSvrjaiv âefôsiv. [Vers 44 et 4^-1
j. Vers 4t.
SUR L'ODYSSÉE D'HOMERE
A l'heure même, on va équiper le vaisseau, et puis tout le monde vient chez Alcinoûs, jeunes et vieux :
UoXkoi 8' àp' laav vioi, ■?ilï ;caXaio(. [Vers 58.]
Alcinoûs fait tuer une douzaine de brebis et sangliers, ou plutôt des porcs, àyptoSovTaç uaçS et deux bœufs. Le héraut amène le chantre. Il semble qu'Homère se soit voulu dépeindre sous la personne de ce chantre , s'il est vrai qu'il étoit aveugle, comme on dit : Car les Muses, dit-il, Taimoient uniquement et lui avoient donné du bien et du mal. Elles l'avoient privé de la vue, et lui avoient donné l'art de bien chanter :
Kiîpu^ 8' l-('{<>^a ^X6sv, d^Y^^ IpfTjpov (Joi86v •
'OcpGaXfJiGiv [ih (^[xepae, 8(8ou 8' rjBsfav dcoi8v^v. [Vers 62-64.]
Le héraut lui donne un siège , 6povov apyupoviXov ^, au milieu de !a salle, contre un pilier où étoit pendu un luth , qu'il lui met entre les mains, et met une table auprès de lui, garnie de viandes et de vin, afin qu'il bût quand il voudroit. Sur la fin du dîner, il commence à chanter :
Moug' àp' dcoi8bv àv^xev dsi8l[xsvat xXéa dtv8ptov,
Ol'[J.r]ç, TÎjç t6t' à'pa xXsoç oOpavbv eùpuv "xavs*
Nstxoç 'OSuao^oç y.a\ n7]X£(8ew 'A/^iX^oç. [Vers 73-75.]
C'étoit la coutume de ce temps-là de toucher le luth et de chanter tout ensemble ; et les chansons ordinaires étoient la louange des belles actions. Ainsi, au [livre] 9. de V Iliade, Homère représente agréablement Achille qui jouoit du luth , lorsque les principaux des Grecs le vinrent voir dans sa tente. Il semble que les autres poètes aient tenu cela au-dessous de leurs héros, car ils ne leur donnent jamais cette qualité, qui étoit néanmoins affectée des grands hommes, comme Cicéron remarque de Tliémistocle, qui, ayant déclaré en bonne compagnie qu'il n'en savoit pas jouer, hahitus est indoctior^. Cela convient fort bien à Achille, pour le divertir durant tout le temps qu'il demeuroit seul dans son vaisseau.