Il y a e^, au lieu de il^ dans le manuscrit
SUR L'ODYSSÉE D'HOMERE. i3i
cachoit encore pour pleurer. Personne n'y prenoit garde ; mais Alcinoûs, qui étoit auprès de lui, s'en aperçoit et l'entend soupirer. Il fait donc cesser, et dit qu'il faut aller s'exercer aux jeux, afin que l'étranger puisse réciter à ses amis combien les Phéaques sont excellents à la lutte, au combat de main, à la danse et à la course. Tout le monde va donc pour voir les jeux, et le héraut, prenant le chantre par la main, l'amène avec les autres. Toute la jeunesse , dont Homère conte les noms, s'apprête à combattre, et entre autres trois enfants d' Alcinoûs, Halius, et Clytoneus, et le beau Laodamas, qui étoit le mieux fait de tout le peuple. On commence par la course :
Toîat 8' fitTcb viiaar)ç * zItoxo 8p6[jLoç • o t 8' S[xa îuâvtsç Kap7raX{[Jiwç ItcItovco Kovfovxeç TceSfoio. [Vers 121 et 122.]
Clytoneus passe les autres de beaucoup. Ensuite on joue aux trois autres jeux, et Laodamas est vainqueur aux poings^, pugilatu ; et il dit à ses amis qu'il faut demander à l'étranger s'il sait quelqu'un de ces jeux, y étant assez propre de son corps, soit pour les cuisses et les jambes, les mains et le cou robuste, et outre cela étant encore dans la force de la jeunesse , si ce n'est que ses travaux ne l'aient beaucoup affoibh : Car, dit-il, je ne crois pas que rien afFoiblisse plus un homme que la mer, si fort qu'il soit. Euryalus, le vaillant, loue son dessein. Ainsi Laodamas vient prier Ulysse de montrer son adresse : Car, dit-il, il n'y a point de plus grande gloire à un homme que d'être adroit des pieds et des mains. Et en cela il parloit sans doute comme un jeune homme qui n'est jamais sorti de son pays. Aussi Ulysse lui répond qu'il le prie de l'excuser :
KrJSEdc [xoi xa\ piaXT^ov h\ 9p£a\v, ^^xep à'sGXoi [Vers i54-]
Et maintenant que je suis ici pour obtenir le secours dont j'ai besoin, il me siéroit mal de me jouer et de combattre contre vous autres. Euryalus lui dit incivilement qu'il n'a point l'apparence
1. A carcere. (Note de Racine.) — 2. Dans le manuscrit : poîns.
3. En tête de la page 89 du manuscrit, qui commence par ce vers, et où se trouve le passage grec suivant (vers 169-173), sur l'homme éloquent, Racine a écrit : « iV*. Eloquence. »
REMARQUES
d'un galant homme ; mais que c'est sans doute quelque marchand qui ne sait que trafiquer sur mer, puisqu'il ne sait pas les exercices des honnêtes gens. Ulysse se sentant piqué, lui répond qu'il parle un peu trop en étourdi :
OuTwç où ;rdtVT£aai 0sbç )(ap(evTa S{8toatv 'AvBpdcatv, oSte tpu/jV, o3t' (2p ©pivaç, o^x' dcYOpriTuv "AXXoç |i.èv yd^p t' sTSoç dxiBvoTSpoç TcéXei dtvïjp, 'AXXà 0ebç {j.opcpr]V l'Tceori a-técpsr 8é t' Iç aiiTOV Tep7:6[j,evoi Xeuoaouaiv • 6 ô' (âacpaXitoç dcYope'iei AîooT [xeiXt^iri, [izza hl TupÉTrei dcYpo[j.évoiaiv, 'Ep/6jj.evov ô' dvà à'atu, Gsbv àç, e?aop6toaiv 'AXXoç 8' au eTBoç [kh àXl-^y.w<; 'AôavdtToiaiv 'AXX' où' ol x.«^piç (âiicpiTiEpiaT^tpeTai luésaaiv. [Vers 167-175.]
On voit bien que Dieu ne donne pas ses grâces à tout le monde, ni le bon naturel, ni l'esprit, ni l'éloquence ; car l'un n'aura point de beauté sur le visage, et Dieu en donne à ses discours; tout le monde l'écoute et le regarde avec plaisir; et lui, parle avec assurance, et néanmoins avec une modestie charmante, et il fait ce qu'il veut de son assemblée ; et lorsqu'il va par la ville, on le regarde comme un dieu. Cet endroit est admirable sans mentir, et l'éloquence ne sauroit pas être mieux décrite. Surtout cette belle pensée : ô â' àa'ûotXswç 1 ayopsust AiSot [ji.çtXi-/^ty). .., qui montre bien qu'il faut toujours j parler avec confiance, mais néanmoins avec une agréable mo- j destie qui gagne les cœurs. Au contraire, d'autres ont fort | bonne mine ; mais ils n'ont point de grâce dans leurs discours. ] Vous êtes de ceux-là, dit-il; car vous êtes beau et bien fait, mais vous n'êtes pas assez sage : 6u(j!.o8ax7)ç yocp (xuôoç', car vos discours sont offensants. Cependant je suis plus habile que vous ne pensez, et, tout fatigué que je suis, je ne laisserai pas de vous le montrer. Disant cela, il prend un palet ^, et le jette extrêmement loin. Pallas, déguisée en homme, y met une marque, afin qu'on le voie, et l'assure de la victoire. Ulysse s'en réjouit, étant bien aise d'avoir là treuvé un homme qui lui fût favorable.
Ka\ T6t£ xou©6T:£pov |jL£T£cpcx)V££ 4>ai4x£aai. [Vers 201.] 1, Vers i85. — 2. Racine a écrit : un palais.
SUR L'ODYSSÉE D'HOMÈRE
Il dit qu'il combattra à toute sorte de jeux contre qui voudra, excepté contre Laodamas, parce qu'il est son hôte. Et qui voudroit, dit-il, se battre contre son ami? ce seroit une sottise, et ce seroit brouiller toutes ses affaires. Pour les autres, il n'en refuse pas un, et croit être plus vaillant que pas un homme de son temps.
'AvBpdcai SI ;:poTépoiaiv Ipt^lasv oùx lÔsXv^ow. [Vers 228.]
Cela montre le respect qu'on doit [avoir] pour les anciens. Et il ajoute qu'il ne voudroit pas disputer à la course, parce que la mer a affbibli ses genoux.
Alcinoûs prend la parole, et dit qu'on ne trouve point à redire à ce qu'il dit de lui-même, parce qu'il a été injustement attaqué, et qu'il se loue avec raison. Mais il lui dit de trouver bon que ces jeunes gens dansent devant lui, afin qu'il en puisse faire quelque jour le récit à ses amis ; car nous autres, dit-il, nous ne mettons pas toute notre étude aux combats et aux exercices pénibles.
Ah\ B' Tjpv 8a(ç te cpfXri, x(8ap(ç xe x.opof Ei|xaTdc x' l^y][JL0i6à, loezpd xe Gspixà y.a\ eùva?. 'AXX' dcye, ^aiTjxwv [3r)x<£p[jL0V£ç, 5aaoi à'ptcxot, Ilataaxs. [Vers 248-251.]
Alors on va quérir un luth* pour Démodocus ; on élit neuf juges pour mettre l'ordre à la danse; on nettoie la place, et on la fait spacieuse. Démodocus se met au milieu avec son luth; et les jeunes gens, TcpwÔ^êai^, c'est-à-dire qui entroient en adolescence, se mettent autour de lui.
Ili7:).riYov 8è )(pçiO'i ôeîbv Troafv • aùxàp 'OSuaaeùç
Mapixapuyàç Ôrjeîxo ttoSwv, 6au(j.a^£ oè 0u[ji.a). [Vers 264 et 265.]
Cependant le musicien chantoit les amours de Mars et de Vénus, qui ont été tant chantés par tous les poètes. Lucrèce les a décrits en cinq ou six vers, au commencement de son poëme :
BelU fera munera Mavors Jrmipotens régit ^ in gremlum qui sœpe tuum se