‹ Organisation communale et centrale de la républiqueChapitre 15 sur 106 · SI · texte numérisé non relu

SI

Liberté de renseignement.

La liberté de l'enseignement est, selon nous, le droit que tout homme doit avoir d'enseigner ce (ju'il veut el comme il veut (sous la garantie de la publicité), soil à des hommes soit à des enfants confiés à ses soins par leurs pbres ou tuteurs. Nous ne voulons ])0ser aucune limite à cette liberté.

Obligation de l'enseignement.

L'obligation de l'enseignement est le devoir imposé aux p^res de famille de faire instruire leurs enfants à un certain degré que peut déterminer la loi. Nous regardons cette obligation comme sacrée. La société y a un intérêt majeur, puisque les enfants doivent CAre un jour des citoyens. Les enfants eux-mêmes sont inévitablement sacrifiés s'ils demeurent dans l'ignorance; sacrifiés aujourd'hui par d'autres travaux qu'on leur impose et dans lesquels ils s'abrutissent, si ce n'est pis encore ; sacrifiés toute leur vie parce qu'ils sont des lors incapal)les de connaître leurs droits et de remplir leurs devoirs. En un mot, la véritable liberté des enfants périt par l'abus de la liberté des p^res.

Enseignement public.

Les p^res seront donc tenus do donner on faire donner l'instruction à leurs enfants, et pourvu (pie le but soil atteint, le choix des moyens leur sera laissé. Est-ce à dire que renseignement public, à proprement j^arler, n'existera pas, que la lU'publi(|ue devra s'interdire d'ouvrir des écoles, d'intervenir h aucun titre dans l'éducation de la jeunesse? Nous sommes loin de le penser.

Il fimtd'al)ord,il faut nécessairement que la Képubliipie intervienne par des agents spéciaux, pour eon>;taler ipie

l'instruction obligatoire a été acquise par les enfants et acquise à l'âge voulu. C'est une première intervention.

Mais ce qui est principal, c'est que la République a le droit incontestable de donner l'instruction, du consentement de leurs pères, à des enfants qui sont aussi les siens. Qui osera nier cette paternité en quelque sorte supérieure, quoique moins étroite, que tous les souverains, tous les Etats du monde ont reveridi([uée et qui a toujours été reconnue à chacun d'eux par ses partisans"? Mais on dit : la République n'a point de doctrine, la République n'a point de science qu'elle puisse transmettre. Nous répondrons que la Répul-ilique n'est point une fiction. La République est une communauté libre et spontanée des hommes à l'égard de toutes les choses sociales. Cette communauté se manifeste à deux degrés, le premier, que nous avons appelé ])roprenient la commune, l'autre qui est la nation. ïoutesdeux ont des délégués, des représentants, et comment pourraitil se faire que les hommes, individuellement, eussent la science et que, réunis, ils ne la possédassent plus ou que leurs représentants n'en fussent pas pénétrés comme ils le sont eux-mt'mes. Eloignons donc le sophisme de ceux qui font de VEtat soit une sorte d'entité chimérique, soit une force brute, et concluons que la commune et la nation, possédant parfaitement l'instruction, peuvent par là m<jrae la transmettre.

Non -seulement elles le peuvent, c'est une puissance réelle et c'est un droit; mais elles le doivent, c'est un devoir. Que l'on considère la multitude de ces pauvres enfants que l'ignorance de leurs parents, ou l'éloignement de tout centre d'instruction, ou des sacrifices pécuniaires impossibles, vouent fatalement à l'ilotisme intellectuel. 11 y a un remède à cet état de choses, et ce remède est entre les mains de la République. Que si elle ne veut ou ne sait remployer, elle périra. Lcikanal disait à la Convention nationale, il y a soixante ans : « Jusqu'au jour où vous aurez .organisé l'instruction publique, ne regardez pas la révolution comme sauvée. » On sait si Lakanal avait raison.

Craindrait-on maintenant que l'organisation sérieuse et complètcderinstruction publique n'amenât renvahissoment

de l'enseignement privé par l'enseignement national? Mais alors, c'est que les citoyens libres de choisir le premier préféreraient le second. Où est le mal? C'est encore que ce dernier serait le meilleur, et il y a de grandes raisons pour (|u'il en soit ainsi. Qui pourrait s'en i^iaindre? Est-ce enfin la puissance d'un grand corps enseignant que l'on redouterait, est-ce la routine d'une nouvelle université 1 La liberté remédierait à ces abus, si d'ailleurs il n'était pas possible de les prévoir et d'y mettre obstacle en plaçant les professeurs individuellement dans la dépendance du peuple.

%^' Gratuité de rinstruction.

Nous avons dit que le devoir de la République, aussi bien que son droit, était d'organiser l'enseignement et de le mettre à la portée de tous les citoyens. C'était dire que cet enseignement devait être gratuit. Et, en eftct, la solidarité de toutes les familles dans les frais d'instruction public {ue est un principe éminemment démocratique; il est juste ([uc la communauté participe tout entière à la dépense d'un établissement fondé pour tous et, en particulier, pour ceux qui ne sont pas en état de se donner le luxe d'uLie éducation privée. De jtlus, la gratuité doit être sans réserve et sans distinction aucune : gardons-nous d'établir des catégories d'élèves payants et non payants. La séparation des classes, fâcheuse partout, le serait plus ([u'ailleurs sur les bancs de l'école, il vaut mieux que les citoyens indistinctement payent, avec leur quote-part des contributions, les frais d'un collège ouvert à tous leurs enfants, (jue si les riches [)ayaient directement pour l'instruction des leurs, puis indirectement pour celle des pauvres portée au budget.

Mais il est bon de remarcpier que nous ne confondons pas avec les frais d'instruction les frais d'entretien des enfants pendant sa durée. Ceux-ci restent à la charge des familles, sauf le cas iVassistanve publique.

Tels sont nos principes généraux, qui se résument brièvement dans ces deux formules connues, qu'il fallait déli-

nir : liberté de l'enseiffueihent, instruction gratuite et obligatoire. Maintenant passons à l'application.

DIVISION DE L ENSEItiKEMK.M.

Avaiitde distinguer des degrés dans l'enseignement, nous y reconnaissons, pour ainsi dire, deux espèces: l'enseignement général, l'enseignement spécial.

Enseignement général.

L'enseignement général est celui qui est utile en totalité, nécessaire en partie à tous les citoyens sans ex.cei>tiou. Il a ce double caractère, de fournir un instrument indispensable pour l'acquisition des connaissances spéciales des divers états, puis de transmettre un ensemble de notions qu'il est bon que toutliomnje possède, tant pour sa perfection proi)re que pour l'avantage social. Il commence par s'appliquer aux données les plus usuelles du mouvement de rintelligence et il ai)prend, pour ainsi dire, à apprendre (lecture, écriture, langage); ensuite, il passe à celles qui servent plus ou moins dans toutes les conditions sociales ( calcul, géométrie pratique, etc., dessin, machines, etc., etc.); à celles qui transmettent et perpétuent la vie humanitaire et civile (géograjthie, histoire, littérature, économie publique, etc. * etc.), à celles enfin qui, outre l'utilité dont elles sont souvent dans la i)ratique, initient riiomme à la connaissance de la nature ([)hysique, astronomie, histoire naturelle, etc., etc.). Les sciences les plus élevées ont une partie, celle des grands faits acquis, des résultats, qui peut êlr« transmise d'une manière indé- ])endanle des méthodes de découverte et de démonstration, trest sous ce rapport qu'on peut les ranger dans l'enseignement général ; elles ai)partiein»ent à renseignement spécial quant à leurs méthodes.

On voit que renseignement ([ue nous appelons général n'est autre ({ne celui qu'on désigne habituellement sous le nom <le primaire. Nous n'y distinguons [)as à proprement parler de degrés, car il serait à désirer que tous les hommes reçussent la coiinnunication de l'ensemble des connaissances actuelles et de fait qui sont en la possession de l'humanité, sauf à se les assimiler plus ou moins complètement et à les développer ou non par des études spéciales. Toutefois, nous détachons de cet ensemble une partie strictement obligatoire que nous ne nous arrêterons pas à définir dans ces préliminaires, parce qu'elle n'olfrc guère matière à conteslaliou. Et nous voudrions fiue le surplus fût enseigné, dans les collèges, à tous ceux qui se présenteraient, quel que fût leur âge, et aux jeunes gens qui continueraient à suivre les cours après avoir acquis l'instruction proi>rement obligée.

Enseignement spécial.

Il est inutile d'énumérer ici les branches de l'enseignement spécial. Disons seulement (ju'on peut l'envisager sous deux points de vue : enseignement de théorie pure, enseignement de praiique ou de théorie appliquée. Ce dernier convient euimemnient aux c<tlléges destinés à l'aiv prentissage des professions qui exigent une ou [)hisieurs sciences. L'autre, encore utile en lui-même, utile surtout pour entretenir la curiosité scientifique et l'esprit des découvertes (si souvent liés à la spéculation pure) forme une sorte de degré supérieur ou de haut enseignement, qui, s'il n'est jamais nécessaire à aucun citoyen en parti- (Hilier, l'est au moins incontestablement à la nation prise dans son ensemble et aux progrès de la société en tout genre. C'est de ces hauteurs de l'enseignement spécial , dont tout savant qui produit est lUi urganc, quoiqu'il puisse n'être pas officiellement ])rofesseur, que descendent de temps à autre les connaissances destinées à prendre rang dans la somme des grandes données de l'enseignement général.

De renseignement secondaire actuel.

On se demandera sans doute ici, co (jue devient, tians notre plan, cet enseignement dit secondaire, actuellement existant, dont le caractère particulier, le seul qui le distingue de notre enseignement général, consiste dans la tradition des langues mortes. Il est bon d'entrer à ce sujet dans quelques explications.

Et d'abord, qu'il y ait aujourd'hui deux enseignements généraux, l'un primaire, destiné à tous, l'autre secondaire, ([ui est le privilège de quelques-uns, on aurait tort de s'en étonner puisqu'il existe deux classes. Mais comment comprendre qu'un démocrate admette deux natures d'instruction et travaille à perpétuer la distinction des Français en lettrés grecs et latins et en citoyens naturels, ne s'élevant pas au-dessus des connaissances de leur temps et de leur patrie"? Le simple bon sens indique assez à quiconque n'entend point conserver deux nations dans une , que l'instruction doit former un système unique, ))lus développé sans doute pour les uns et moins pour les autres,' mais sans aucune solution de continuité.

La f[ueslion se réduit donc à savoir si l'étude des langues mortes doit être introduite dans l'enseignement général destiné à tous (car à titre d'enseignement spécial et très-spécial on n'en saurait contester l'utilité pour la nation). Nous ne connaissons que deux motifs considérables qu'on a[)portc pour l'affirmative : cette étude est essentielle, dit-on, dans un pays de race néolatine, à cause de l'intérêt que toute nation a d'être versée dans la connaissance de ses propres origines, et surtout à cause de l'importance qu'on trouve à entretenir, par la lecture des auteurs anciens, historiens ou poètes, la tradition des idées des païens et de cette foi dans la liberté dont ils nous ont donné les leçons et l'exemple. Ensuite, on assure que nul exercice intellectuel n'est comparabli^ à celui ([ue procure l'effort d'attention et de comparaison nécessaire à l'étudiant qui veut pénétrer dans les formes d'une langue perdue, et saisir les

nuances d'une pensée vieille de deux mille ans et plus.

Nous n'affaiblissons pas les raisons de nos adversaires. Néanmoins elles ne nous paraissent pas déterminantes.

L'intérêt de la France à connaître les origines latines, par l'histoire, par les monuments, par les langues, est incontestable; tout ce que nous en concluons, c'est que l'enseignement spécial, le haut enseignement, doit donner une place plus inqiortante à l'étude de Home et do tout eu qui la louche qu'a l'étude du rEgy[)te, de la Perse ou de l'Inde, quoiqu'on vérité cette dernière ait une haute ulihlé pour l'humanité désireuse de s'informer de sa vie passée et de se rendre com[)lu des lois qui la dirigent. L'histoire et l'archéologie sont une sorte de mémoire du genre humain; mais il suffit que certains hommes la cultivent; tous les autres profitent de leurs travaux.

Les traditions d'indépendance, duJiberté, de patriotisuju que la Grèce et Rome nous ont transmises, ont été infiniment j)récieuscs à celt(} époque a[)jielée Renaissance, oii le principe de l'autorité catholique a été si vigoureusement attaqué pour être vaincu aj)rès trois siècles de combats. Encore aujourd'hui nous ne les croyons pas méprisables. Cependant, il faut avouer que l'histoire, telle qu'elle se développe et se déve]opi)era de plus en plus parmi nouS; l'histoire, api)elée à jouer un grand rùle dans noire enseignement général; peut suppléer à cet égard l'étude des langues mortes. D'ailleurs la démocratie moderne a pris, (juoi qu'on en puisse dire, un tel accroissement, une vitalité si énergique; les liens de la foi théocraliquc sont si relâchés; les traditions révolutionnaires se sont si bien substituées parmi nous à celles de l'ancienne Europe, que nous pourrions, au l)esoin, nous dispenser d'aher chercher à Sj)arte ou à Rome rexcnq)le de républlcjnes à esclaves, de républiques vivant pour la guerre et fondées sur le mépris <lu travail.

Enfin l'élude des langues mortes , considérée comme exercice intellectuel, nous i)araîl pouvoir être remplacée, et même avantageusement, j>ar celle des sciences lorsi]ue celle-ci n'est point exclusive, lorsque la littérature nationale, l'histoire, la i)hilosophie élèvent ut agrandissent des

esprits formés en même temps à la rigueur, à la logique, au bon sens, à l'observation, et pourvus de connaissances utiles et pratiques, par une application sérieuse aux éléments des mathématiques, des sciences naturelles et des arts. Joignons à cet ensemble déjà si fortifiant l'étude d'une langue moderne : si cette langue est l'allemand, les élèves trouveront dans l'effort qu'exigera de leur part l'intelligence d'une grammaire nouvelle, d'un vocabulaire nouveau, et même d'une pensée étrangère au moins par sa tournure, un véritable équivalent à l'exercice vanté de Texplication des auteurs anciens. Et cette compensation ne sera pas sans utilité. On voitque nous prenons au sérieux Tétude du grec et du latin pour la combattre: et cejjendant combien d'élèves dans nos collèges en retirent un fruit qui ne soit trop payé par huit années de la vie consacrées à des travaux par eux-mêmes stériles? N'est-ce pas une grande pitié de voir pâlir sur ce grec aI:»horré, courbés d'ailleurs par une discipline que le dégoût de l'étude appelle iuq)érieusement, tant d'esprits passionnés pour les doctrines vivantes, et d'autres, en plus grand nombre; que la nature a doués d'attrait pour les métiers plus que pour les sciences !

En résumé, nous ne plaçons pas l'étude des langues mortes dans l'enseignement général, jiarce que nous n'y trouvons nullement le caractère d'une utilité directe, ni celui d'un instrument nécessaire au progrès de l'esprit cl à la connaissance de toutes les professions indistinctement ; nous ne la plaçons pas dans l'enseignement spécial professionnel, parce qu'aucune des liranches de ce dernier, pas même la médecine, quoiqu'on en ait dit, ne l'exige. Nous la reléguons, ou, si l'on aime mieux, nous l'élcvons dans la sphère des connaissances humanitaires cultivées [)ar un groupe tout particulier d'hommes de chaque nation.

ÉlABLISSEMENT DES COLLEGEi.

Collèges d'enseignement général.

Doux méthodes se présentent à nous pour arriver à la dissémination de l'enseignement général. On peut en effet répandre les instituteurs sur toute la surface du sol ou les réunir sur de certains points, aller trouver les élèves ou les appeler. Chacun de ces deux systèmes a ses avantages particuliers: le premier est d'une exécution plus aisée de prime abord, i)lus conforme aux usages reçus; il n'éloigne pas les enfants de leurs familles, il ne les interne pas, et il jette sur la France 100,000 instituteurs qui ne se rendent pas moins utiles pour former l'esprit démocrati([ue des hommes dans les moindres sections de commune et dans les sections Je section que pour donner l'instruction indispensable à des millions d'enfants (1). L'autre est plus économique (2); avec une dépense moindre il donne un enseignement plus fort et plus développé, parce (jue jamais des maîtres isolés n'équivaudront à un groupe de professeurs, ni une petite école à un grand collège; il est, de plus, extrêmement favorable au progrès des élèves, à leur stimulation constante, à leur éducation mutuelle, suite nécessaire de la communauté de vie et d'études, et il offre de grandes ressources aux instituteurs eux-mêmes, qu'il soustrait à la fatigue et

(1) Il faut à peu près co nombre d'instituteurs pour qu'aucune partit^ du torritoh-c habité no roste privée do moyens d'iiislruction. En effet, dans cette supposition , chacun d'eux a encore plus «le 5 kilomètres carrés à desservir eu moyenne, et comme l'abondance des élèves sur certains points exige un nombre d'instituteurs proportionnellement plus grand, il s'ensuit que les autres ont un ressort beaucoup plus étendu daus les lieux oîi la population est 1res éparse.

(2) Moins de 40,0J0 professeurs suflisent dans le système de reusei;:nemeut concentré.

à la monotonie de leurs fonctions actuelles pour les placer dans un milieu où leur mérite, au lieu de s'éteindre graduellement comme aujourd'hui, ne peut que se perfectionner. Mais surtout, dès qu'il s'agit d'enseicrner, au delà de cet indispensable instrument qui fait la matière de l'instruction obligatoire, une somme de faits et de notions n'embrassant certes pas toutes les sciences, mais au moins les touchant toutes, car c'est là notre enseignement général, il est incontestable qu'un simple maître d'école y parviendra rarement aussi bien qu'un collège de professeurs. Les considérations qui militent en faveur du second système nous paraissent tout-à-fait décisives, et nous concluons que l'instruction publique, comme les autres grandes institutions communales, doit être concentrée au chef-lieu de la commune-canton. Il restera seulement à faire en sorte, en organisant ce vaste enseignement collectif, de lui approprier les avantages particuliers que nous avons reconnus à l'enseignement morcelé. C'est un problème qui n'est point insoluble de tous points, comme nous allons le voir.

Question de l'inlernemcnt.

La plus grande oI)jection qu'il y ait à opposer au système de la concentration de l'enseignement général à la commune est assurément la nécessi lé d'interner les élèves. Constatons d'abord qu'il existe à cette nécessité une exception considérable: il est établi par les statistiques officielles que le quart de la population française se trouve aggloméré dans des communes de 3,000 Ames et au-dessus; il s'ensuit de là que le quart des enfants à qui nos collèges sont ouverts pourront déjà suivre les cours en qualité d'externes. Mais ces communes de 3,000 âmes sont au nombre de 1,102 seulement, tandisque nous avons 2,800 cantons que notre théorie ne réduit qu'à 2,000. Cr. n'est pas trop de suppcjser dans les 898 chef-lieux de canton autres que les 1,102 déjà signalées une population totale égale au quart de celle de ces derniers. Le quart de nos externes monte de la sorte

aux cinq soizil'mes, et il faut encore ajouter à ce nombre les élèves qui, sans faire partie de la population agglomérée proprement dite, ne sont cependant pas assez éloignés (le l'école pour ne pouvoir s'y rendre journellement sans danger et sans fatigue. Nous ne sommes peut-être pas bien loin de la moitié : c'est ce nombre ({u'il s'agit encore de diminuer.

Nous osons penser qu'il ne serait pas impossible d'établir dans une grande partie des cantons des voitures publiques destinées, entre autres usages, à parcourir, tous les jours de classes, matin et soir, le territoire d'un certain nomljre de sections, de hameaux et de fermes isolées, à recueillir les enfants sur de certains points désignés, à les mener au collège et à les ramener. La commune-canton n'a moyennement que 9 kilomètres de rayon dans tous les sens autour de son centre, soit 5G kilomètres de périphérie. Douze ou quinze voitures peuvent aisément parcoui-ir cet espace en se le partageant, et cela dans un temps assez court, et transporter environ 250 à 300 enfants. Le nombre de ces véhicules devrait, au surplus, être multiplié en raison dos besoins. La dépense est considérable sans doute: mais si l'on songe, d'une part, à celle que des instituteurs disséminés sur la surface du canton en nombre suffisant réclameraient ; de l'autre, à l'utilité d'un moyen commun de transport dans la commune, car le service des collèges n'emploierait ni tous les jours, ni durant toute la journée, les voitures et les chevaux (1); enfin à la ressource que l'on peut tirer pour ce travail de;> nombreux équipages de guerre, aujourd'hui improductifs, on trouvera sans doute que noire idée mérite (juelque attention (-2).

I) C.oUr^ do rps voilur(\s qui dosscrviraieni dos Inralilns à populalion Irès-ilisséminéo, auraient relativemont un petit nombre d'onrants h transporter; elles pourraient donc se charger aussi do voyageurs payants. Toutes, sans distinction, consacreraient leur partie supérieure au transport dos olTels ou marchandises. Ce sont là pour les communes des objets d'utilité réelle et qui deviendront un jour indispensables.

(2) Il est peui-êtro bon do signaler à ce sujet l'usage, maintenant très-répandu, des omnihus spéciaux pour le service institutions de Paris.

Au reste, les inconvénients de l'internement ne sont pas tels aujourd'hui même, que beaucoup de përes de famille ne les subissent volontairement dans l'intérêt de l'instruction de leurs enfants et en considération des divers avantages de la communauté dans les écoles. Il se trouvera certainement un plus grand nombre encore de ces pères, orsqu'un tout autre système de discipline, un travail plus varié, plus attrayant, quelques exercices corporels, et une bonne répartition des congés et des vacances, seront venus remédier aux vices des communautés actuelles. Ajoutons maintenant à nos internes volontaires ceux que l'administration communale devra faire élever et entretenir à ses frais par mesure d'assistance publique, à leur grand bénéfice et au bénéfice de leurs familles. Rappelons-nous combien d'élèves sont à ])ortée de l'externat, songeons aux moyens, fussent-ils d'abord incomplets, que nous avons d'en rapprocher les autres, et il se trouvera que l'internement ne sera une condition absolument impesée à l'enseignement public que pour ces familles de domiciles tout-àfait excentriques, que l'instituteur, en tout .état de choses, atteint très-difficilement.

Un autre avantage cjui nous paraissait attaché au système de l'enseignement morcelé, c'est l'action éclairante et moralisante de 100,000 instituteurs disséminés sur la surface entière de la France. Mais nous trouvons une belle compensation, si ce n'est rien de plus, dans l'établissement d'un vaste foyer de lumière tout autrement puissant et rayonnant au chef-lieu de chaque canton.

En résumé, nous concluons à ce que l'enseignement général soit concentré dans toute commune-canton dans un vaste collège, disposé pour recevoir des internes et des externes. L'enseignement , que nous avons nonmié général, à raison de sa nature, ne sera donc autre choses pour nous que l'enseignement communal , eu égard à son mode de distribution.

Collèges d'enseignement spécial.

Ces collèges doivent embrasser évidemment une spliërt' plus vaste que celle de la commune. La silualinn qui leur convient ne peut gubre se déterminer a priori d'une manière exacte. Toutefois, nous dirions volontiers qu'elle doit être déijarlementale, en désignant ])ar ce mot ilrparlement tout autre chose qu'une circonscription politique, à savoir un groupe assez considéral)]e de communes dont l'instruction spéciale serait centralisée dans l'une d'elles. Mais, en ])ratique, il est clair que les collèges spéciaux doivent s'établir dans des localités indiquées en partie dès à i)résent, soit que l'usage ail déjà consacré certaines villes, soit que tel genre de spécialité demande un lieu particulier, comme la marine un port de mer, et les mines un pays de montagnes.

11 ne faut pas que les collèges spéciaux soient des monopoles. Nous les concevons donc comme libres et ouverts à tous. Mais les cours ne seraient pas vraiment publics s'ils n'étaient gr,ntuits : l'instruction spéciale sera donc, comme l'instruction générale, donnée gratuitement. Tous les élèves sans condition d'âge ni d'études antérieures y seront admis en qualité d'externes, et participeront aux soins des professeurs.

Mais la gratuité des leçons ne suffit pas encore pour que l'instruction spéciale et les carrières dont elle ouvre l'entrée ne demeurent point le privilège d'une classe de la nation, car toute étude un peu prolongée, surtout à l'âge où l'homme commence ordinairement à vivre de son travail , exige une avance de capital que la plupart sont hors d'état de faire. Il y a là une injustice et un danger auxquels la Rè|»ublique démocratique doit parer. Or. quel estletlevoir strict , et (|uel est rinlèrét véritable de la société? L'un et l'autre sont faciles à apercevoir et tous deux sont d'accord. Dans un ordre social juste, aucun homme ne doit pouvoir se plaindre avec raison de ce ipie les facultés qu il tenait de

la nature et qui le rendaient éminemment propre à tel travail, à telle fonction attrayante pour lui, soient demeurées sans culture faute d'encouragement ou de fortune , tandis qu'un citoyen inapte a trouvé dans le capital amassé par son père un moyen, et le seul, de façonner, à force de temps, son intelligence rebelle, et d'atteindre à quelque profession enviée. C'est donc un devoir de la République d'organiser l'enseignement spécial de telle sorte que les études puissent être suivies par les jeunes gens d'une aptitude remarquable , et cela à ses frais. D'autre part, l'intérêt de la société est douljle : il veut que le choix pour les fonctions jiubliques et aussi que la distribution des professions privées, quand elles demandent une instruction étendue, porte sur le plus grand nombre possible de citoyens capables; c'est ce qui n'a point lieu lorsque des classes entières demeurent à l'écart de tout enseignement spécial ; et il veut de plus que l'égalité règne entre toutes les parties de la nation dans la mesure compatible avec la liberté.

La conséquence de ces principes se tire aisément: il faut qu'à l'issue de l'enseignement général, tous les élèves qui en ont suivi les cours soient examinés, et que les plus capables, les plus instruits, et ceux qui révèlent une aptitude sérieuse pour un objet déterminé, soient appelés dans les collèges spéciaux et entretenus aux frais de la République pendant la durée de leurs études.

Au surplus, nous n'entendons nullement que les élèves sortants des collèges spéciaux, quel que soit leur mérite, aient la garantie d'un emploi conforme à leur instruction, ce qui nous conduirait à établir une sorte d'aristocratie des capacités, et de proche en proche, par l'extension du principe, une véritable communauté aristocratique. Sans doute nous reconnaissons le droit au travail, mais d'une manière générale et non dans chaque profession. C'est à nos communes, dans leur liberté, c'est à l'administration centrale dans la sienne, à choisir les divers fonctionnaires parmi les hommes qui leur inspireront le plus de confiance; c'est de même aux particuliers à s'adresser pour leurs besoins là oîi ils croiront trouver le plus d'instruction et d'habileté. Nul dfiute que les diplômes délivrés dans les col-

léges spéciaux ne soient pris en sérieuse considération par les uns et par les autres ; mais la démocratie exige une pleine liberté, et si, après avoir voué leur jeunesse à de longues études, des citoyens ne [HMivent tiier parti de leur instruction spéciale , il leur restera la ressource de ceux qui sont moins instruits qu'eux , en attendant des circonstances ])lus favorables.

Collège central.

C'est le nom que nous donnons au vaste syst^me d'enseignement spécial supérieur que toute nation doit organiser dans sa capitale pour servir et régulariser le progr^sdes sciences et <les arts, et pour entretenir les études humanitaires ou de spéculation pure. Le collège de France actuel, agrandi, développé, institué avec une base immense sur les ruines de la Sorhonne et de toutes les académies, peut donner une idée de ce que nous entendons. Même organisation, .lU surjilus, que les collèges spéciaux, quant à la publicité, à la gratuité et à la condition des élèves.

ORGANISATION DFS ETUDES.

Enseignement général.

Le principe de l'obligation du minimum crinstruclion, joint à ce l'ait malheureusement certain, (pie beaucoup d'élèves seront obligés de s'en Www à ce minimum, nous force à distinguer dans l'enseignement général deiix durées différentes d'études. (Cependant la jiremière série, la série obligatoire des études, devant être franchie i)ar tous indistinctement, les mêmes professeurs et en partie les Hièmes cours conviendront aux deux classes d'élèves.

Voici d'abord comment nous concevons l'enseignement général dans toute son extension. Il prendrait les enfants à l'âge de neuf ans, parce qu'au-dessous de cet âge l'instruction qui leur convient le mieux est celle f{ue donnent les parents, ou, à leur défaut, ces écoles maternelle!! (salles d'asiles) , laissées à l'initiative des individus ou des sections de communes. Que si pourtant cette instruction leur manque, rien encore n'est perdu. De cet âge de neuf ans révolus , il conduirait jusqu'à l'âge de douze révolus , ceux dont les parents ou tuteurs déclareraient se contenter pour eux de l'instruction obligatoire, et il garderait les aulrfs jusqu'à l'âge de seize ans. Ainsi la durée des cours serait de sept ans, dont trois suffiraient pour satisfaire à l'obligation légale de cette manière.

Le nombre des enfants du sexe masculin , depuis neuf jusqu'à douze ans révolus, dans la commune-canton , s'élève moyennement à .W5 , et de douze jusqu'à seize à G'i5; total l.UO.

Il n'est guère permis d'espérer que, sur les 495 enfan'^-. de neuf à douze ans, il s'en présente plus de 300 à l'enseignement public , surtout durant les premières années de l'exercice. Les autres s'adresseront sans doute à l'enseignement privé, pour ne rien dire des exceptions motivées par la santé des élèves ou par d'autres raisons valables. Il nous paraît donc que 6 instituteurs (1 pour 50 élèves), suffiront pour les éléments de l'instruction obligatoire dans le collège communal , d'autant plus qu'ils seront en partie soulagés dans leur travail par divers cours à la portée des enfants dont les autres professeurs seront chargés. Ceux-ci pourront être au nombre de 10 environ, dont on trouvera le tableau dans nos articles, et ils se partageront l'enseignement des premiers éléments des arts, de la littérature et des sciences. Ainsi 32,000 professeurs suffiront aux besoins de l'instruction générale dans la France entière. Nous ne parlons maintenant que de l'enseignement des garçons ; celui des filles, qui n'existe pour ainsi dire pas aujourd'hui, sera pour nous l'objet d'un examen particulier.

Nos professeurs auront une i)elle tâche à remplir , mais pénible, et qui leur laissera peu d'heures disponibles. C'est

peut-être ici le lieu de remarquer que la démocratie ne doit pas souffrir le parasitisme dans le corps enseignant, non plus que dans les autres fonctions publiques. La journée de travail des fonctionnaires appartient à la communauté qui les rétribue.

Nous ne détaillerons pas ici le tableau des cours contenu ci-dessous dans notre projet, mais il n'est pas inutile de répondre à une objection qui ne manquera pas d'être faite. Les noms graves, imposants, de certaines sciences qui foni partie de l'enseignement général s'allient rarement aux idées, qu'on se fait de l'instruction de l'enfance. Mais si nos lecteurs connaissaient toutes ces sciences, au moins dans leurs généralités, ils sauraient qu'il n'en est pas une seule dont la substance réelle, le résultat et le principal contenu ne puissent être inculqués à une intelligence quelconque. La méthode a toujours ses difficultés et exige une vocation proprej mais le fait concret, pour ainsi parler, la conséquence reconnue, la donnée admise, Tinconnu trouvé , quand ils ont une importance notable et une certaine positivité, sont de nature à être saisis sans exiger de grands efforts d'attention et de mémoire. L'enfant est d'ailleurs plus philosophe qu'on ne pense; mille observations journalières le démontrent à qui sait l'étudier. Qu'on l'intéresse et qu'on ne le fustige pas, on pourra le mener loin à petites journées. Dès aujourd'hui, des enfants de 12 ans qui lisent un recueil bien modeste , le Magasin pittoresque , sont en état d'en remontrer à leurs parents sur le système du monde. Toutes les sciences naturelles avec leurs principales applications, les mathématiques usuelles , prati(|ues, puis, dans un autre ordre d'idées , la morale et la philosophie même et l'économie sociale sont à la portée des enfants par de certains abords. Le travail de Tinslituteur consistera, dans beaucoup de cas, moins à faire un cours régulier qu'à réunir et à sysl(;maliser les réponses exigées par des questions (jui ne mancjuenl jamais , car on sait combien Fen- 'fanceesl questionneuse. Et la nature n'aurait pas mis tant d'interrogations sur ces jeunes bouches , si ces jeunes cervelles ne pouvaient pas apprentlre. Enfin il se trouvera parmi ces questionneurs intrépides quelques esprits péné-

trants, qui montreront des dispositions à aller plus loin que le fait, plus loin que la cause assignée, à se rendre corapto des procédés et à savoir par eux-mêmes. Ceux-là , renseignement spécial les attend.

Eûseignemenl des adultes.

Quelque occupés que soient nos professeurs, si les col léges communaux sont bien suivis, il faudra cependant qu'une partie de leur temps soit consacrée à l'enseignement des lettres et des sciences pour les auditeurs libres. Le corps enseignant doit former dans chaque communecanton ce qu'on appelle aujourd'hui une faculté, et faire les plus grands efforts pour instruire les citoyens de tous états, entretenir et perfectionner les jeunes gens qui sortent du collège et demeurent ou reviennent au chef-lieu de la commune, dans les connaissances ([u'ils ont acc[uises.

Enseignement spécial.

Les collèges spéciaux sont destinés à transmettre les divers ensembles de connaissances nécessaires à l'administration, aux travaux pul)lics, aux raines, aux arts et métiers en général, à l'armée (1), à la marine et à l'exercice de l'art médical. La nature des études est déterminée dans chaque section par la destination que se donnent les élbves, mais elles doivent évidemment leur être communes en partie. L'enseignement spécial serait la mort des intelligences s'il devait les éloigner de toute préoccupation supérieure et les confiner dans la technie. Loin donc de vouloir exclure de cet enseignement les études morales et littéraires, par la raison qu'elles ne seraient point d'un usage positif dans la plupart des fonctions publiques et

(f) Nous traitons spécialement de rinstruclion militaire à rarticle de l'organisation de la force publique.

surtout des professions privées, nous posons ce principe, que renseignement général sera continué dans les collèges spéciaux , c'est-à-dire que les élèves , sans (Jistinction de classe ou d'école , seront tous perfectionnés dans l'instruction puisée à la commune, (.'t que tout un système d'exercices intellectuels et de connaissances universelles leur sera simultanément expliqué. Avant de vouloir des ingénieurs ou des médecins, nous voulons des hommes.

Rien de difficile, au surplus, ni do nouveau dans rallèclation à faire de chaque étude particulière à la préparation de chaque ordre de fonctions et de travaux. Il faut ici itlus (.le mathématiques , là plus d'histoire naturelle ou de chimie, ailleurs des exercices plus mécaniques, etc. , etc.

L'nc grande question , longuement controversée dans ces derniers temps , est celle-ci : la théorie doit-elle dominer dans les études, ou bien est-ce la pratique? Faut-il avant tout former et fortifier l'esprit, ou transmettre |)rinci paiement des notions de fait propres à être immédiatement appliquées? Nous avons déjà dit qu'il fallait élever rintelligence de l'élève , agrandir la sphère de son action, et par l'enseignement de l'histoire et des lettres françaises , !'t par celui de la morale, de la politique et da l'économie. Nous dirons à i)lus forte raison qu'il faut insister fortement sur l'esprit, sur les principes , sur la méthode des sciences (jui font l'objet d'une étudi; particulière, ([u'il faut abstraire et généraliser chaque sujet, pour mieux l'embrasser, de même qu'il faut le diviser et le particulariser au tesoin p(jur en mieux saisir chaque jjartie. Ce dernier point est essentiel aussi dans nos collèges spéciaux , ([ui doivent se suflire à eux-mêmes sans avoir de ce5ai)pendiecs({ui, sous l(ï nom d'écoles d'application, forment la suite indispensable de l'enseignement actuel de notre école i)olytechnique. En résumé, forte et pleine théorie, pralicjue positive et distincte, poussée à sa dernière limite, voilà ce que nous demandons. C'est donner raison tout à la fois aux deux systèmes (jui se combattent aveuglément aujourd'hui.

La durée des éludes dans chaque spécialité doit évidemment se déterminer d'après le temps nécessaire à la transmission de la théorie et à celle de la pratique. Ce lenaps

est variable ; il esl donc impossible que les collèges spéciaux soient tous soumis à la m^nie règle à cet égard, et nous ne pouvons rien dire de général.

ADMINISTBATION MATERIELLE DE L E.NSEIGNEMENT. §1.

Constatation de l'instruction obligatoire.

Un premier point à rôgler concerne la constatation de l'instruction obligatoire. Or, l'enseignement privé demeurant pour nous dans une entière indépendance de la commune et de l'État (sauf cette garantie de la publicité que nous exigeons en toutes choses), nous ne pouvons songer à rendre la fré luciilation d'une école quelconque obligatoire pour les enfonts et à vérifier leur présence sur les bancs oii leurs parents auront trouvé bon de les faire asseoir. Ajoutons que ceux (jui seraient censés recevoir l'iiistrucliou flans la maison paternelle échapperaient de la sorte à tout contrôle. Mais nous croyons que, le principe de l'obligation une fois posé sincèrement et sérieusement, on ne jieut trouver ni plus étrange ni plus contraire à la liberté u[i règlement d'après lequel tous les enfants parvenus à un certain âge devraient être présentes à un examen public destiné à vérifier s'ils ont reçu l'instruction voulue. Ensuite, il nous parait naturel de prendre pour examina-

eurs les professeurs du collège communal dans chaque rconscrii»lion. Trois d'entre eux, assistés d'un juge de la coûîmune, chargé de dresser le procès-verl)al, parcourraient, chaque année, toutes les sections et examineraient

es 150 ou 200 enfants de cha(iue génération. Si l'on redoutait (le la part de ces professeurs trop de sévérité plutôt que trop d'indulgence: si Ton réclamait une garantie extérieure de leur impartialité, on la trouverait certainement

dans Topinion du public assistant aux examens. Mais la plus grande difficulté n'est pas là.

Elle n'est pas non plus dans le règlement des conséquences de l'examen en ce qui touche l'enfant. Ce dernier, s'il n'a point suivi les cours de l'école publique ; si, présenté à l'examinateur à l'âge de onze ans révolus, c'est-à-dire deux ans après que le collège communal aurait pu le recevoir, il est reconnu ne pas savoir lire, écrire et compter, cessera de participer au bénéfice de la liberté d'enseignement ; il devra se rendre au collège et fréquenter assidûment les classes pendant une durée de deux ans. Ce n'est point là une contradiction, c'est pour les parents une première peine, liien légère, attachée à l'infraction de la loi, et pour l'enfant lui-même c'est un bienfait.

Mais cette sanction pénale de l'obligation est insufdsanle. Ici nous rencontrons, dans fétat présent des mœurs, un obstacle plus grave. Nous aurions môme reculé devant l'application de peines très-sérieuses et très-efficaces à des parents ou tuteurs coupables, selon nous, de la violation d'un devoir sacré de père de famille et de citoyen, si l'organisation de la justice comme nous l'entendons ne levait les objections qu'on [)eut nous faire. Mais que ces hommes, quoique excusables qu'on les suppose, soient obligés de comparaître devant le tribunal communal, que le jury prononce sur la valeur de leurs excuses, qu'ils ne soient enfin condamnés, s'ils le sont, ([ue par un verdict de leurs concitoyens, on ne peut, ce me semble, les plaindre raisonnablement ni accuser la sévérité (h. la loi. Ceci posé, parmi les jieines qu'on peut leur a impliquer, nous excluons l'amende et la prison (portées cependant dans la législation de certains États) comme n'ayant pas de rapport spécial à la nature du délit. Nous préférons la privation de certains droits civils pour un temps \)lus ou moins long, et celle des droits politiques, en outre, dans le cas le plus grave, celui de la résistance à l'envoi d'un enfant à l'école publique après qu'il a été ordonné.

Concours pour l'entretien gratuit aux écoles spéciales.

Après les examens dont Tobligation de l'instruction est ie motif, viennent pour nous d'autres exauiens jjien difïérents, les concours ouverts pour les places d'élèves de la République dans les collèges spéciaux. Nous voulons d'abord que les élèves des collèges communaux puissent seuls prétendre à ces places. Il est bien naturel que l'enseignement public se serve de préparation à lui-même, et la République ne saurait être raisonnablement assujettie à faciliter les abords de l'instruction, non nécessaire, émanant d'elle à ceux qui ont rejeté l'instruction générale, indispensable, t[u'elle leur otirait. Les citoyens qui se sont tout d'abord adressés de préférence à l'enseignement privé n'ont ((u'à suivre jusqu'au bout la ligne qu'ils ont jugée la meilleure. L'Elat ignore leurs enfants, en qualité d'élèves du moins. Il sait seulement qu'ils ont satisfait à l'obligation légale et ne va point au delà.

Les juges du concours pour l'entretien gratuit aux écoles spéciales sont les professeurs de ces mêmes écoles. Leur position est une garantie suffisante d'impartialité aussi bien que de lumières. Ils parcourent, cliaque année, les communes que l'administration centrale leur désigne par un partage fait entre eux. Douze élèves leur sont présentés dans chacune ; ce sont ceux que le corps enseignant communal choisit parmi les élèves âgés au plus de seize ans qui ont suivi les cours. De ces douze, ils en éliminent six en suite des épreuves, et un plus grand nombre s'il y a lieu, c'est-à-dire si les procès- verbaux comparés des concours dans la France entière établissent une infériorité notable des éludes dans celle commune. Les élèves renis se rendent aux écoles de leur choix, oii ils jouissent d'un avantage qui leur est exclusivemeul réservé, l'intcrnemenl et des soins spéciaux donnés à leurs travaux dans l'iiilérieur de ces écoles.

Diplômes. '

On a pu voir par nos principes généraux que la société, l'État enseifînant, ne donnait en aucun cas la garantie des fonctions dont elle distribue gratuitement l'étude préparatoire. Et elle ne pourrait, en ellet, la donner qu'au préjudice de la liberté des citoyens, toujours a|)pelés, dans une démocratie, à choisir les fonctionnaires qui les administrent dans les divers ordres du travail social. Nous ne nous arrêterons pas à réfuter la doctrine aussi simple qu'utopique, dont le but est d'organiser Tensemble de ce travail et d'en fonder l'organisation prétendue sur l'enseignement à l'aide d'un étroit lien établi entre trois choses: la vocation, Vinslruction professionnelle et la fonction. Indépendamment de l'étrange difficulté que présentent l'éclosion et le discernement des vocations, il est manifeste que l'on marche droit à la communauté par cette voie, et de phis à une communauté dont l'autorité est le principe orcçanisateur.

Mais ce que la société peut faire incontestablement, c'est de guider les citoyens dans leurs choix en délivrant, par l'intermédiaire de ses corps enseignants, des diplômes aux étudiants des diverses catégories, à l'expiration de cha(iue série détudes : diplômes d'instruction obligatoire, nous ne rei)arlons de ceux-ci que \K)ur mémoire, ce sont plutôt des certificats de satisfaction à la loi; diplômes d'instruction générale dans la commune; diplômes d'instruction spéciale dans les collèges spéciaux, et ces derniers aussi distincts et en même nombre que les l)ranches de l'enseignement, y compris celles du collège central.

Il est clair, d'après nos principes, que le nombre des di]ilômes doit être illimité, sans autre cause de refus ((ue l'incapacité des sujets (pii les réclament. La justice veut aussi que tout homme, à tout !\\i;o, qu'il ait ou non suivi les cours de l'enseignement public, puisse obtenir le dil)lômc qu'il demande en se présentant pour faire ses preu-

ves devant l'examinateur compétent. Mais cet examinateur, chartj:é de donner la garantie de l'Etat, ne peut être qu'un fonctionnaire, ne peut qu'appartenir à l'enseignement public.

Si *.

Nominatiou des professeurs.

Trois modes se présentent pour la nomination des i<rofesseurs : ou ce sera à Tadministralion nationale d'y pourvoir, ou ce sera aux communes, ou bien il faut que les chaires soient données au concours. Examinons successivement ces systèmes.

La nomination par l'administration centrale exige impérieusement l'emploi d'agents spéciaux versés dans la connaissance des études et du personnel enseignant. Or, il est impossible que ces hommes ne joignent pas à la direction des personnes celle des choses. La confiance que l'Etat leur donne ne saurait être soumise à toutes les fluctuations politiques, et à présent même, elle ne Test pas. Ils formeront donc une sorte d'aristocratie philosophique, scientifique, littéraire, en dehors de laquelle l'instruction publique ne pourra plus se mouvoir. On verra paraître alors les inspecteurs, les proviseurs, les recteurs, les hauts conseillers, le grand-maUrc peut-être, et le régime de l'enseignement sera exclusif de toute liberté pour les professeurs, pour les citoyens et pour les communes. Il est vrai que l'administration centrale, suivant notre plan, est dans les mains de l'assemblée nationale; mais nous ne j^ensons pas qu'il soit dans la nature des choses démocratiques que les électeurs donnent à leurs mandataires le droit de dresser pour eux des pédagogues. La centralisation du personnel de l'enseignement est à sa place dans une oligarchie, parce ({ue là les gouvernants ont la prétention de résumer la société morale et éclairée en leurs personnes, et de faire le bien du peuple sans lui et malgré lui.

Tout a été dit pour et contre le concours. Bornons- nous à rapporter en deux mots ce long débat : Les places (lui ne sont pas données au concours le sont à la faveur prescjuc

toujours; celles qui sont données au concours le sont à la faveur quelquefois, et à la médiocrité le reste du temps. Est-ce donc à dire qu'on ne puisse trouver de bons juges et des juges impartiaux? Si vraiment, on en trouverait par une méthode dont les gouvernements ont eu leurs raisons de ne pas s'aviser. Il suffirait de [)rcndre les prétendants pour juges au lieu des pairs ou des supérieurs; et quand nous disons prétendants, nous entendons tous les hommes que les connaissances actiuiscs (constatées par nos diplômes) mettraient en position officielle de pouvoir euxmêmes concourir. Le sort ou l'élection formeraient un jury parmi eux. On pourrait même procéder plus démocratiquement encore et se passer pour cela des diplômes, mais arrêtons-nous dans l'exposition d'un système qui n'est pas le nôtre; car il aboutirait sans doute à la constitution d'une caste de lettrés qui deviendraient plus tard des mandarins.

Reste donc la nomination par les communes, c'est-àdire par les assemblées représentatives communales. Tous les autres modes supposent ou produisent infailliblement quelque organisation universitaire, et l'université, qu'on le sache bien, c'est le despotisme, c'est le formalisme, c'est le pédantisme, un esprit de corps enté sur la puissance de l'Etat, quelque chose d'analogue à une corporation religieuse avec la croyance de moins ; c'est une police et une inquisition philosophique et morale; c'est enfin une pression de l'Etat sur les pensées... une religion salariée. Que si l'université procède d'une organisation démocratique, ainsi que nous avons essayé de Tindiquer, une aristocratie ne s'ensuivra pas moins, une aristocratie du talent, qui, pour être d'abord étrangère à l'Etat, n'en pèsera pas moins sur la nation.

La nomination par les communes est la seule qui procède de la liberté, qui n'impose aux citoyens aucune doctrine par en hnnt et (]ui laisse aux professeurs leur individualité, leur indépendance. 11 est vrai que l'assemblée, qui nomme ces derniers, peut les révoquer; mais nous supposons qu'elle ne le peut qu'après un débat, une sorte de jugement, et sur des motifs parfaitement publics. Après

tout, il faut bien que les citoyens aient une action sur leurs agents quelconques, et les professeurs qui occupent des chaires publiques ne sauraient faire exception. Nous connaissons les petits inconvénients d'une action de ce genre, exercée par une commune ; nous ne nions pas même le mal qui peut en résulter dans l'état actuel des croyances et dès idées en Ijeaucoup de localités. Mais faut-il donc contester la liberté de ceux qui n'en feront pas toujours l'usage que nous voudrions? Ne nous départons pas des principes; comptons d'ailleurs sur le temps, sur les lumières de plus en plus répandues, sur le bon exemple donné dans les communes les plus considérables ; comptons, s'il le faut, sur les erreurs elles-mêmes qui porteront leur enseignement avec elles, et n'oublions pas l'intérêl qu'auront les populations à appeler des professeurs capables dans leurs collèges, soit pour s'en faire honneur, soit pour assurer l'admission à l'entretien gratuit dans les écoles spéciales du plus grand nombre possible des élèves communaux.

Les motifs qui militent si puissamment en faveur de la nomination des professeurs des collèges communaux, par les communes, nous paraissent également valables pour la nomination des professeurs des collèges spéciaux; et ici les inconvénients seront moindres. Les collèges dont nous parlons sont inévitablement placés dans des centres considérables de population, où les assemblées communales auront, par elles-mêmes, assez de lumières et assez de relations pour faire de bons choix parmi les hommes connus dans chaque spécialité littéraire ou scientifique.

Les écoles normales disparaissent ainsi de notre plan aussi bien pour V enseignement primaire {généra]) que ]')ouv Venseignement secondaire {s\)écla\). Ces écoles sont une création essentiellement universitaire et concordante avec une direction centrale des doctrines et des études, ainsi qu'avec la garantie des fonctions données à qaelques-uns.Les écoles normales disparaissent devant la liberté.

Ceci ne signifie pas toutefois que, par une mesure exceptionnelle et transitoire, la République ne puisse aviser à des moyens expéditifs et sCirs dp former vingt ou trente

raille instituteurs, devenus tout à coup ncîcessaires, et de les répandre dans toutes les localités, avec la mission de donner l'impulsion première au vaste système d'instruction publique adopté par une assemblée nationale.

Direction générale des collèges.

Nous avons reconnu aux communes le droit de nommer les professeurs de leurs collèges 5 il faut bien leur reconnaître aussi celui d'exercer une surveillance sur l'éducation que leurs enfants y reçoivent; nous disons éducation et non pas imlruclion, parce que des professeurs investis de la confiance d'une assemblée communale sont d'ailleurs plus compétents que les membres de cette dernière )iour juger de tout ce qui se rapporte à la technie de l'enseignement; parce qu'il est bon, indispensable môme, qu'ils jouissent d'une lil)crté sérieuse dans l'exercice de leur profession, et que l'esprit de parti ou les préjugés locaux re puissent les déranger continuellement dans la marche qu'ils ont cru devoir adopter.

Mais, quelque part qu'on veuille faire à la liberté des communes d'un côté, et à celle des professeurs de l'autre, il est sensible qu'il existe dans la direction des études d'un collège une certaine unité que les individus livrés à euxmêmes ne sauraient produire et dont les assemblées communales ne s'empareraient ({uelqucfois qu'au détriment d'une autre unité supérieure à la première, celle de l'esprit national. Il no faut pas qu'il s'établisse une différence par trop essentielle entre l'enseignement public d'un canton et l'enseignement public d'un autre, et que la France élève plusieurs nations dans son sein.

La distribution des cours, l'emploi du temps des élèves, puis le choix des livres, enfin la délimitation des sujets de chaque ordre abordés par les professeurs, sont autant de points essentiels sur lesquels il ne doit rester que très-peu d'arbitraire. Le règlement général de toutes ces choses intéresse l'ensemble du système de l'instruction publique et

par conséquent la nation prise dans son entier ; il ne peut donc émaner que de l'assemblée nationale, c'est-à-dire du comité compétent de cette assemblée, surveillé et approuvé par elle. Quant à l'interprétation et à l'application de ce règlement, auquel les assemblées communales ont à rester étrangères, il serait impossible de les placer mieux qu'entre les mains du corps enseignant de la commune, du con- »eil des professeurs, organisé dans chaque collège et mis en relation suivie avec le comité central de l'instruction.

Dès là que les professeurs sont tenus à l'exécution d'un règlement général et que cependant leur nomination n'appartient pas à l'assemblée qui le leur prescrit, il est clair que le préfet de la commune, chargé de surveiller le collège aussi bien que les autres institutions locales, doit avoir, au besoin, le droit de les rappeler à leur devoir et même l'autorité de les suspendre. Ce fonctionnaire peut s'opposer généralement à tous actes illégaux de l'assemblée communale et provoquer de sa part l'exécution des lois ; il peut, par là même, appuyé sur 1 assemblée nationale, obliger l'assemblée communale à remplacer des professeurs qui demeureraient systématiquement hostiles à l'ordre général de l'instruction publique.

Surveillance de l'enseignement privé.

Cn mot seulement sur cette question, qui est simplifiée par nos principes. Nous avons admis l'entière indépendance de l'enseignement privé. La garantie du public contre des abus possibles et probables, est à l'égard de la liberté d'enseigner ce qu'elle est à l'égard de toutes les autres libertés ; c'est dans la pul)h ci té qu'elle réside. Mais encore faut- il que la publicité soit assurée. Si donc nous exigeons que toute école ait une place, petite ou grande, réservée au public pendant les leçons, et que les livres ou cahiers des cours soient officiellement publiés par les maîtres ou déposés à la bil)liolhèque communale, on reconnaîtra que ce n'est pas tant mettre une entrave au droit du citoyen qui enseigne que réclamer un droit appartenant à tous les autres.

Salaire des professeurs.

Nous ne voulons pas toucher ici la question générale du salaire des Ibnclionnaires publics. La société présente, qui, certes, 'se transformera et se transforme, mais qui ne peut élre détruite et rebâtie en trois jours, n'est pas d'un tempérament à sui)]:)orter l'application rigoureuse des principes en fait de salaires (1).

Ainsi donc, obligés d'accepter les données des mœurs actuelles, autant et plus sur ce point que tout autre, nous nous bornons à vouloir que les salaires des professeurs soient tous égaux entre eux, f[uels que soient leurs spécialités et leurs mérites, sauf la ditïérence exigée par les conditions locales, et qu'ils s'élèvent au niveau raisonnable des salaires dans les autres fonctions publiques, soit à 1 .500 fr. par an.

On comprend qu'il n'est ni juste ni avantageux au succès de l'enseignement que les instituteurs les plus nombreux, ceux à (jui revient la tâche la plus pénible à tous égards, demeurent dans l'état d'infériorité et presque de bassesse où les ont placés les lois de l'instruction publique jusqu'à c(^ jour.

On nous reprochera sans doute d'éteindre l'émulation des professeurs et d'ôter tout intérêt à leur avancement ; mais nous croyons que l'avancement à l'égard des fonctions de celle sorle (et il en serait di^ même jwur beaucoup d'autres) trouvera un suffisant ap[)al dans l'honneur, joint a Tavanlage éminent que l'habitation des grandes villes donne

(t) Nous voulons dini qu'il sérail insensé do songer à réiiuin^ iosnlain' tics fondions piihliquos à la valeur rnoyonnp «lu Irav.iil «lans lo pays, avant iju'un rapprochement no so soit l'ail (Milro li's deux écarls contrains do rollo nioyonno, avant que la rémiméralion d(^ oerlains travaux, les plus nécessaires do tous, no so soit considérahlonicnl ('lovéo, cl (|un rollo do plusieurs prolessions trop souv(Mit parasites ne se soit abaissée (Ml n'ait enliorcmonl di'^paru.

aux professeurs appelés à certaines chaires. Au reste, en fùt-ilautreaient, et l'instituteur, dans la plupart des cas, de meurât-il longtemps ou toujours dans la même commune, faute de stimulant pour en changer, il faudrait peut-être s'en féliciter. A la vérité, si, ne désirant pas avancer, Tinstituteur ne travaille pas, c'est un mal ; mais ce mal ne sera jamais aussi grand dans nos chefs-lieux de commune où l'exemple et les relations forcent un professeur à se tenir au niveau des études, qu'il l'est aujourd'lmi dans l'isolement où les maîtres d'école sont confinés.

Frais de l'enseignement.

La République distribue gratuitement Tinstruction : c'est donc à elle à payer les salaires des professeurs.

L'entretien des élèves dans les collèges, quand il n'est pas à la charge des familles, est un fait indépendant de l'instruction etqui fait partie des oljligations communales, comme tout ce qui regarde l'assistance. Seulement, la République, au besoin, subvient aux dépenses des communes pauvres, comme celles-ci aux dépenses des familles. Les frais d'entretien gratuit seront donc à la charge des communes. Les frais de matériel le seront également et avec la même réserve, parce qu'il s'agit encore ici d'intérêts spécialement communaux.

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