ENSEIGNEMENT DES FILLES
Nous avons voulu envisager à part la question de l'enseignement des filles; c'était pour en mieux marquer toute Ui
valeur autant que pour simplifier notre exposition et pour en dislinjïuer toutes les parties.
L'enseignement des filles est une branche de l'enseignement général dont les amis de la démocratie et du progrès sentiront toute la portée. Il ne nous paraît pas douteux, quant à nous, que les principales difficultés de la transition de Tordre ancien à l'ordre nouveau, depuis soixante ans, n'aientleur racine dans la profonde inégalité de culture intellectuelle de l'homme et de la femme. Il s'exerce dans lu société nombre d'influences cachées, dont l'analyse est difficile, et qu'un observateur superficiel n'aperçoit ])as; mais on conçoit facilement à priori que, lorsque la moitié de l'humanité obéit à des lois surannées et se montre hostile ou pour le moins demeure étrangère aux pensées de l'autre moitié, celle-ci, quoique disposant seule, en apparence, de la vie publique, se trouve liée sans le savoir, entravée par mille obstacles et forcée enfin de se détourner de sa route.
La grande majorité des femmes, à toutes les époques critiques de l'humanité, s'est trouvée retenue par l'esprit de famille, par les intérêts qui s'y rattachent et par la prédominance de certains sentiments de religion qu'un ordre nouveau, durant son ère d'élaboration, ne saurait jamais satisfaire aussi pleinement (ju'un ordre ancien, en possession des formes et des coutumes, s'est trouvée, disons-nous, retenue dans les langes du passé. Cette différence dans les dispositions morales des deux sexes aurait cessé d'exister le jour où l'instruction générale leur serait commune.
S'il arrive qu'une question d'économie, quelque grave (ju'elle paraisse, arrête ici le législateur démocrate, arrête, pour mieux dire, le peuple, seul vrai législateur, les destinées humaines seront relardées.
Ainsi, nous voudrions que Tinstruction obligatoire teUe (jue nous l'avons définie fût exigée d'un sexe aussi bien que d'un autre ;
Que les moyens de la constater fussent les mêmes à l'égard de tous deux;
Que les collèges communaux, organisés ])()ur l'entretien et pour l'instruction des deux sexes, s'ouvrissent aux mêmes conditions pour eux, soit internes soit externes ;
Que l'instruction générale ne fût pas autrement entendue pour l'un que pour l'autre, mais seulement que l'exposition, le choix, les développements divers des sujets de l'enseignement fussent adaptés aux facultés et à la destination spéciale en société de chacune des deux catégories d'élèves ; que certains travaux distincts, certains arts industriels ou d'agrément, fussent substitués, quand il s'agit des fdles, à la partie pénible des exercices des garçons ;
Enfin, que des institutrices fussent jointes aux instituteurs, en nombre égal, pour la surveillance et la première partie de l'instruction; en nombre convenable pour les branches de l'enseignement plus élevé auxquelles des femmes seraient aptes.
Nous ne nous arrêterons pas sur les nouvelles questions de discipline que soulève l'accession des filles à l'enseignement communal ; mais qu'il soit entendu seulement que toutes les précautions exigées par la réunion des deux sexes dans un même collège seront prises et observées scrupuleusement : il n'y a rien là de difficile.
La manière dont nous avons conçu l'enseignement spécial, soit départemental soit central, nous dis[»ense de rien stipuler sur la part que les femmes pourraient y prendre. Liberté pour tous et pour toutes, ce mot répond à tout ; mais il ne nous parait pas que, dans l'état actuel des mœurs publiques ou privées, il y ait lieu de songer à accorder l'entretien gratuit à des filles pendant la durée de leurs études spéciales.
ENSEIGNEMENT PBIVÉ.
L'exposition de nos vues sur l'enseignement public se termine ici, et nous pouvons passer aux articles qui les résument. L'enseignement privé ne serait ici mentionné ([ue pour mémoire après les principes que nous avons poses, s'il n'était nécessaire de rappeler que l'indépendance entière dos écoles et des professeurs doit avoir, pour la garantie des citoyens et de la République, une contre-partie, à savoir : la publicité tout aussi entière des méthodes et des leçons.
PROJET SOMMAIRE