L.XIV
INTRODUCTION
parcourt tous nos monastères du midi et du centre ; il y recrute les hommes les plus vertueux, les plus capables; puis, à la tête de cette pieuse milice, il repart pour la Péninsule. Ce moment a quelque chose de solennel. Un grand orateur de la chaire chrétienne, parlant des prêtres des missions, et racontant leur marche à travers les contrées qu’ils évangélisent, s’écrie dans le langage des prophètes : «Qu’ils sont beaux les pieds de ces hommes !...■» Cette parole enthousiaste s’appliquerait aussi bien à nos missionnaires français du xie siècle s’avançant vers les Pyrénées : oui, ils sont beaux les pieds de ces hommes qui s’en vont porter dans l’Espagne à moitié arabe la doctrine plus pure, la science plus forte, les mœurs plus sévères du clergé français, et en même temps la civilisation et le génie de la France!
Ils arrivent, et aussitôt on les emploie. Raymond, de Salviac, est appelé à une haute position dans le diocèse de Tolède. Saint Giralde, de Moissac, aura le siège archiépiscopal de Braga; un autre Bernard, d’Agen, sera porté à l’évêché de Siguenza; à Pierre, d’Agen également, on donne l’évêché de Ségovie; à un autre Pierre, de Bourges, l’évêché d’Osma; à Maurice Burdin, de Limoges, l’évêché de Coïmbre; à un troisième Bernard, de Périgueux, l’évêché de Zamora; à Jérôme, aussi de Périgueux, l’évêché de Valence et, plus tard, l’évêché de Salamanque. (Ce Jérôme est le Hiéronyme qui joue dans le Poëme du Cid le rôle original de prêtre-guerrier.) Enfin ces pasteurs habiles et fidèles ont tous une portion du troupeau chrétien de l’Espagne à diriger1. Et lorsque nous aurons ajouté qu’ Alphonse VI fonda plusieurs monastères et les remplit de moines bénédictins venus de France2, on verra pleinement la situation : ce sont les deux Castilles et le Portugal confiés à la prudence, à la sagesse, à la tutelle vigilante du clergé français.
Cette foule de Français, ecclésiastiques ou laïques, animés de l’esprit de prosélytisme qui caractérise notre race, ne pouvaient manquer d’établir en Espagne nos institutions, nos coutumes, nos usages.
1 Roder. *Tolet. Chronicon, Ub. VI, cap. xxvii et suiv. — Crónica general, fol. 3ia, au verso. — Ckronica del Cid, cap. cxxvm. — Antigüedades de España, iib. V, cap. xvm. •— Yepes, t. VI, escrit. h 2.
5 Paleogr. española, p. 19. — Antig. de España, Iib. V, cap. xvm.
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