V. i960. — Yremos pour yriemos. Ici le
poète a employé le futur pour le conditionne'.
Y. 1966. — Pourquoi donc Sanchez met-il un point à la fin de ce vers? Le poète va nous dire le résumé de la lettre.
Y. 1971. — Destas tres semanas. Voyez le vers i4 18.
Délia part è délia pora las vistas se adobaban.
1975 Quien vio por Castiella tanta muía preciada,
E tanto palafró que bien anda?
Caballos gruesos è corredores sin falla?
Tanto buen pendón meter en buenas hastas ?
Escudos boclados con oro è con plata?
1980 Mantos è pielles è buenos cendales d’Adria?
Conduchos largos el Rey embiar mandaba A las aguas de Taio, 0 las vistas son apareiadas.
Con el Rey ha tantas buenas compañas.
Los infantes de Carrion mucho alegres andan.
1985 Lo uno adebdan è lo otro pagaban;
Como ellos tenien crecerles ya la ganancia ,
Quantos quisiesen haberes d’oro è de plata.
El rey don Alfonso apriesa cavalgaba.
Cuendes è potestades è muy grandes mesnadas.
1990 Los infantes de Carrion lieban grandes compañas.
Con el Rey van Leoneses è mesnadas galicianas.
Non son en quenta, sabet, las castellanas.
Sueltan las riendas, à las vistas se van adelinadas. Dentro en Valencia, Mió Cid el Campeador 1995 Non lo detarda, pora las vistas se adobó.
Tanta gruesa muía è tanto palafré de sazón!
Tanta buena arma, è tanto buen cavallo corredor! Tanta buena capa è mantos è pellizones!
Chicos è grandes vestidos son de colores.
2000 Minaya Alvar Fañez è aquel Pero Remuez,
Martin Muñoz è Martin Antolinez, el Púrgales de pro, El obispo don Hieronymo, coronado meior,
Alvar Alvarez è Alvar Salvadores,
V. '979- — Au mot boclado , Sanchez interprète : guarnecido (garni). Le mot boclado, comme le provençal blocat, signifie bouclé. — Voyez, plus loin, les Notes historiques et littéraires.
V. 1980. — Il s’agirait ici, d’après Sanchez, de la ville d’Adria, dans les Etats de Venise , laquelle , dit-il , paraît avoir été célèbre par ses fabriques de cendal. Pour ma part, je suis tenté
de croire qu’il s’agit d’Alexandrie, ville d’Egypte , qui, au moyen âge, était réellement très-renommée pour ses soieries. (Voyez les Notes historiques et littéraires.) Sanchez aurait pu se rappeler qu’aux xue et xme siècles, les poètes espagnols se donnaient le droit d’abréger les mots qui étaient trop longs pour la mesure de leurs vers, et que l’on trouve parfois chez eux des abréviations non moins
De l’une et de l’autre part on s’équipa pour l’entrevue.
1975 Qui vit [jamais] en Castille tant de mules de prix,
Et tant de palefrois bien allants?
[Tant] de chevaux de haute taille et coureurs sans défaut?
Tant de beaux pennons mis à de belles hampes ?
[Tant] d’écus à boucles d’or et d’argent?
1980 [Tant] de manteaux, et de fourrures, et de beaux taffetas d’Adria?
Le Roi fit envoyer des vivres considérables
Vers le fleuve du Tage, où doit avoir lieu l’entrevue.
Avec le Roi, il y a maintes bonnes compagnies.
Les infants de Carrion vont très-joyeux.
1985 Ils payaient ceci, et prenaient cela à crédit;
Car déjà ils voyaient s’accroître leurs revenus,
[Et pensaient qu’ils auraient,] autant qu’ils en voudraient, des biens d’or et d’argent.
Le roi don Alphonse chevaucha promptement ,
[Avec] les comtes et les podestats, et de très-grandes mesnies.
1990 Les infants de Carrion mènent de grandes compagnies.
Avec le Roi vont les Léonais et des mesnies galiciennes.
Quant aux castillanes , sachez , on ne pourrait les compter.
Ils lâchent les brides, [et] se dirigent vers le lieu de l’entrevue.
Dans Valence , Mon Cid le Campéador,
1995 Sans perdre de temps, s’équipa pour l’entrevue.
Que de fortes mules , et que de palefrois bien à point !
Que de belles armes , et que de bons chevaux coureurs !
Que de belles capes , et de manteaux , et de fourrures !
Petits et grands portent des vêtements de couleur.
2000 Minaya Alvar Fañez et ce Pero Rermuez,
Martin Muñoz et Martin Antolinez , le Rurgalais de distinction ,
L’évêque don Hiéronyme, le meilleur tonsuré,
Alvar Alvarez et Alvar Salvadores ,
étranges : ainsi l’auteur du Poema de Alexandro dit xano pour christiano , et xanismo pour christianisme. Cela vaut bien Adria pour Alexandria! ( Voyez aussi , au vers 1 kkk , la note.)
V. 1985. — Deux observations sur ce vers. — 1 0 Le poète , pour le besoin de l’assonance , a interverti l’ordre des idées. Le mot adehdan ne pouvait finir son vers. — a0 Sanchez met un
point à la fin de ce vers. Ce point coupe malheureusement la phrase, et empêche de saisir la malice qui est dans la pensée du poète.
V. 1996. — Cette expression palafré de sazón. pour dire, je crois , des palefrois qui ont acquis tout leur développement , qui sont arrivés à maturité, se représente encore aux vers 2 1 a5, 258i et 3a55.
Muño Gustioz , el cavallero de pro ,
Galind Garciaz, el que fue de Aragon,
Estos se adoban por yr con el Campeador,
E todos los otros que y son.
Alvar Salvadores è Galind Garciaz el de Aragon ,
A aquestos dos mandó el Campeador Que curien à Valencia d’alma è de corazón,
E todos los que en poder d’esos fosen ;
Las puertas del Alcázar que non se abriesen de dia nin de noch.
Dentro es su mugier è sus fijas amas à dos,
En que tiene su alma è su corazón,
E otras dueñas que las sirven à su sabor.
Recabdado ha como tan buen varón ,
Que del Alcázar una salir non puede,
Fata que se torne el que en buen ora násco.
Salien de Valencia, aguijan è espolonaban.
Tantos cavallos en diestro gruesos è corredores,
Mió Cid se los ganara, que non gelos dieran en don.
Hya s va pora las vistas que con el Rey paró.
De un dia es legado antes el rey don Alfonso.
Quando vieron que vinie el buen Campeador,
Recebirlo salen con tan grand onor.
Don lo ovo à oio el que en buen ora násco,
A todos los sos estarlos mandó ,
Sinon à estos cavalleros que querie de corazón.
Con unos quince à tierra s firió ,
Como lo comidia el que en buena ora nació.
Los hinoios è las manos en tierra las fincó ;
Las yerbas del campo à dientes las tomó;
Lorando de los oios tanto avie el gozo mayor.
Así sabe dar omildanza à Alfonso so señor.
V. 2011. — Ici à la fin du vers, le copiste a fort bien écrit fosen et non la forme, moderne, fuesen.
Y. 2017. — L’assonance autorise à supposer que, au lieu de non puede, le manuscrit primitif portait non pode, ou mieux encore, non poda.
De aquesta guisa à los pies le cayó.
V. 2008. — Le poète supprime la préposition à, devant Alvar, pour l’euphonie.
V. 2010. — Le poète, pour la syntaxe, aurait dû dire curiasen. Mais il lui fallait faire son vers. Peut-être, aussi, n’en savait -il pas davantage.
Muño Gustioz, le chevalier de distinction, aoo5 Galind Garciaz, celui qui était d’Aragon,
Ceux-là s’équipent pour aller avec le Campéador,
Ainsi que tous les autres qui sont là.
A Alvar Salvadores et à Galind Garciaz d’Aragon ,
A ces deux-là ordonna le Campéador aoio Qu’ils veillassent sur Valence d’âme et de cœur,
Avec tous ceux qui étaient en leur puissance ;
Que les portes de l’Alcazar ne s’ouvrissent de jour ni de nuit.
Dedans est sa femme ainsi que ses deux filles ,
En qui il a mis son âme et son cœur, aoi5 Et d’autres dames qui les servent à leur souhait.
Il a disposé prudemment , comme très-bon baron ,
Qu’aucune [d’elles] ne pourra sortir de l’Alcazar
Jusqu’à ce que soit de retour celui qui en bonne heure naquit.
Ils sortaient de Valence, ils piquaient des deux et éperonnaient.
U020 Tous ces destriers forts et coureurs,
Mon Cid les avait gagnés; car on ne les lui avait pas donnés en don.
Il va maintenant à l’entrevue dont il est convenu avec le Roi.
Un jour avant [lui] est arrivé le roi don Alphonse.
Lorsqu’ils virent venir le bon Campéador,
2 02 5 Ils sortent le recevoir avec très-grand honneur.
Dès qu’il l’eut devant ses yeux, celui qui en bonne heure naquit,
Il ordonna à tous les siens de demeurer en place ,
Hormis à ces chevaliers qu’il aimait de cœur.
Avec quinze d’entre eux il mit pied à terre , ao3o Comme l’avait prémédité celui qui en bonne heure naquit.
Il licha en terre les genoux et les mains ;
Il prit entre ses dents les herbes du champ ;
Pleurant de ses yeux, tant il avait grande joie.
C’est ainsi qu’il sait faire acte de soumission devant Alphonse son seigneur. ao35 De cette manière il tomba à ses pieds.
V. 2019. — Pour l’assonance il faudrait, je crois , lire aguijan à espolon.
V. 2025. — Là où il emploie ordinairement le mot honra (ou ondra ) le poëte emploie ici sans façon le mot onor. Il en avait besoin pour l’assonance.
Y. 2026. — N cuco. Nous reproduisons l’orthographe de Sanchez, en faisant remarquer que, à cet endroit, l’accent devrait plutôt se placer sur la seconde voyelle , à cause de l’assonance.
V. 2028. — Sanchez ne met qu’une simple virgule à la fin de ce vers.
Tan grand pesar ovo el rey don Alfonso.
Levantados en pie, ya, Cid Campeador.
Besad las manos , ca los pies no.
Si esto non feches , non avredes mi amor. aoito Hinoios fitos sedie el Campeador.
Merced vos pido à vos , mió natural señor.
Así estando, dedesme vuestra amor que lo oyan quantos aqui son. Dixo el Rey : esto feré d’alma è de corazón.
Aqui vos perdono, è dovos mi amor,
2045 En todo mió regno parte desde oy.
Fabló Mió Cid è dixo : merced! yo lo recibo, Alfonso mió señor ! Gradescolo à Dios del cielo è despues à vos ,
E à estas mesnadas que están aderredor.
Hinoios fitos, las manos le besó.
ao5o Levés’ en pie è en la bocal’ saludó.
Todos los demas desto avien sabor.
Pesó à Alvar Diaz è à Garci Ordoñez.
Fabló Mió Cid è dixo desta razón : esto gradesco al Criador! Quando be la gracia de don Alfonso mió señor, ao55 Valerme ha Dios de dia è de noch.
Fuesedes mi huésped, si vos ploguiese, señor.
Dixo el Rey : non es aguisado oy :
Vos agora legastes, è nos veniemos anoch.
Mió huésped seredes, Cid Campeador,
3060 E eras feremos lo que plogiere à vos.
Besóle la mano, Mió Cid lo otorgó.
Esora se le omillan los infantes de Carrion :
Omillamosnos, Cid, en buen ora nasquiestes vos.
En quanto podemos andamos en vuestro pro.
3o65 Respuso Mió Cid : así lo mande el Criador !
Mió Cid Ruy Diaz que en ora buena násco,
En aquel dia del Rey so huésped fue.
V. aoi3. — Remarquer ce mot feré, i'cpers. singul. du futur de l’indicatif du verbe fer. Nous avons vu déjà plusieurs fois, notamment au vers 1967, le mot ferá, à la 3e pers. singul. du même temps. Sanchez, qui a signalé le verbe provençal
far, n’a fait aucune attention aux formes que nous signalons en ce moment, et qui toutes appartiennent au français du nord.
V. 2o5o. — Voilà le baiser de paix dont nous avons parlé plus haut, à la note du vers 1673.
Le roi don Alphonse en eut un très-grand ennui.
«Levez-vous debout, or çà, Cid Campeador.
«Baisefc les mains; quant aux pieds, non.
« Si ainsi vous ne faites , vous n’aurez pas mon amour. »
•>o4o Les genoux en terre se tenait le Campeador.
« Je vous demande merci à vous, mon naturel seigneur.
-• Moi ainsi étant, donnez-moi votre amour de façon que l’entendent tous ceux qui sont ici.»
Le Roi dit : tf Je le ferai d’âme et de cœur. ffJe vous pardonne ici, et vous donne mon amour,
:!o/i5 ff f Et] dès aujourd’hui, accès en tout mon royaume.»
Mon Cid parla et dit : ff Merci! je l’accepte, Alphonse mon seigneur! ffj’en rends grâces au Dieu du ciel, et ensuite à vous, fffEt] à ces mesnies qui sont [ici] autour.»
Les genoux en terre , il lui baisa les mains.
?o5o II se leva debout et le salua sur la bouche.
De cela tous les autres furent contents.
Alvar Diaz et Garci Ordoñez [seuls] en eurent de l’ennui.
Mon Cid parla et dit de la sorte : ff J’en remercie le Créateur!
« Puisque j’ai la grâce de don Alphonse mon seigneur, io55 ff Dieu me protégera de jour et de nuit.
» Veuillez être mon hôte, s’il vous plaît, seigneur.»
Le Roi dit : «Pour aujourd’hui cela n’est pas juste :
-•Vous arrivez à l’instant, et nous, nous sommes arrivés hier.
«Vous serez mon hôte, Cid Campéador,
2060 «Et demain nous ferons ce qu’il plaira à vous.»
Mon Cid y consentit, [et] lui baisa la main.
Alors s’humilient devant lui les infants de Carrion :
«Nous nous humilions, Cid; en bonne heure vous êtes né.
«Autant que nous pouvons nous allons à votre bien.»
•îo65 Mon Cid répondit : «Ainsi plaise au Créateur!»
Mon Cid Ruy Diaz, qui en bonne heure naquit.
Fut en ce jour l’hôte du Roi.
V. 2 061 .—Ici encore, préoccupé de l’assonance, le poète a négligé l’ordre logique.