V. 2208. — On se rappelle le double sens
du mot onor , considération et fief. Malgré le vers 1914, je crois que le poète l’emploie ici avec la signification qu’a actuellement le mot honneur.
Tous cette nuit allèrent à leurs logis.
Mon Cid le Campéador entra dans l’Alcazar.
Doña Chimène le reçut, ainsi que ses deux filles.
3195 « Venez, Campéador; en bonne heure vous avez ceint l’épée.
« Puissions-nous longtemps vous voir des yeux du visage ! »
— «Grâces au Créateur, je reviens, femme honorée!
«Je vous amène des gendres par qui nous aurons de l’honneur.
« Remerciez-m’en , mes filles, car bien je vous ai mariées. »
3300 La femme et les deux filles lui baisèrent les mains.
Ainsi que toutes les dames qui les servent.
« Grâces soient rendues au Créateur, et à vous , Cid belle-barbe !
«Tout ce que vous faites est de bonne sorte.
«Elles ne seront point nécessiteuses tant que vous vivrez. 75 32o5 — «Lorsque vous nous marierez, bien nous serons riches. »
— «Femme doña Chimène, je rends grâces au Créateur!
«A vous je dis, mes filles doña Elvire et doña Sol,
«Par ce votre mariage nous croîtrons en honneur.
«Mais sachez bien la vérité : que ce n’est pas moi qui en ai eu l’idée.
3310 «Mon seigneur Alphonse vous a demandées et sollicitées,
«Avec tant d’autorité et d’un tel cœur,
« Que je n’ai su en rien lui dire non.
«Je vous ai mises en ses mains, mes filles, toutes les deux.
«Bien m’en croyez, c’est lui qui vous marie et non pas moi.»
331 5 On pensa pour lors à préparer le palais.
Du plancher jusqu’en haut [il est] très-bien couvert de tentures^
[Il y a] tant de pourpre, et tant de satin, et tant de drap précieux,
Que vous auriez eu plaisir à être et à manger dans le palais.
Tous ses chevaliers sont promptement assemblés.
3 330 On envoya pour lors après les infants de Carrion.
Les infants chevauchent en avant , ils cheminent vers le palais ,
Avec de beaux vêtements et parfaitement équipés.
A pied et avec plaisir, Dieu! comme tranquillement ils entrèrent!
Mon Cid les reçut au milieu de tous ses vassaux.
V. 2213. — Nulla cosa. Nous avons déjà vu (v. 873) l’adjectif nullo, la. — Decir de no. Manière de parler toute provençale, qui se représente plusieurs fois dans notre Poème.
V. 2317. — Sanchez met un point à la fin de ce vers. Il est intimement lié avec celui qui le suit par la conjonction que sous-entendue , comme dans l’ancien provençal.
3395 A él è à su mugier delant se le omillaron,
E yban posar en un precioso escaño.
Todos los de Mió Cid tanbien son acordados :
Están parando mientes al que en buen ora násco.
El Campeador en pie es levantado :
323o Pues que à facerlo avernos, porque lo irnos tardando? Venit acá, Alvar Fañez, el que yo quiero è amo.
Afe amas mis fijas : metolas en vuestra mano.
Sabedes que al Rey así gelo he mandado.
No lo quiero falir por nada de quanto ha y parado. 9235 A los infantes de Carrion dadlas con vuestra mano,
E prendan bendiciones ; è hayamos recabdando. Estonce dixo Minaya : esto faré yo de grado. Lebantanse derechas è metiógelas en mano.
A los infantes de Carrion Minaya va fablando :
2260 Afevos delant Minaya, amos sodes hermanos.
Por mano del rey Alfonso que à mi lo ovo mandado , Dovos estas dueñas, amas son fijasdalgo ,
Que las tomasedes por mugieres à ondra è à recabdo. Amos las reciben d’amor è de grado.
2 2 4 5 A Mió Cid è à su mugier van besar las manos.
Quando ovieron aquesto fecho, salieron del palacio, Pora Sancta María apriesa adelinando.
El obispo don Hieronymo vistió s tan privado.
A la puerta de la eclegia sediellos sperando.
2 2 5 o Dióles bendiciones, la misa ha cantado.
Al salir de la eclegia cavalgaron tan privado.
A la glera de Valencia fuera dieron salto.
Dios , que bien tobieron armas el Cid è sus vasallos l Tres cavallos carneó el que en buen ora násco.
2255 Mió Cid de lo que veye mucho era pagado.
Los infantes de Carrion bien an cavalgado.
Tornanse con las dueñas, à Valencia han entrado.
V. 2299. — Cette expression se lever en pied se présente fréquemment dans nos poètes des xiie et xme siècles. Mais nous évitons les archaïsmes.
V. 2 233. — Ms. et texte de Sanchez : sic. Nous sommes disposé à croire qu’il y aurait ici une erreur du copiste , et qu’il faut lire : Sabedes que el Rey así gelo ha mandado (Vous savez que le
2225 Devant lui et sa femme ils s’humilièrent,
Et allèrent s’asseoir sur un précieux banc à dossier.
Tous ceux de Mon Gid sont fort bien recordés :
Ils se tiennent attentifs à celui qui en bonne heure naquit.
Le Campéador s’est levé debout :
2280 « Puisque nous avons à le faire, pourquoi allons-nous le retardant?
«Venez çà, Alvar Fañez, vous que je chéris et j’aime.
«Voici mes deux filles; je les mets en votre main.
«Vous savez qu’au Roi je l’ai ainsi demandé.
«Je ne veux faillir en rien à ce qu’il a disposé en cela.
2 9 35 «Aux infants de Carrion donnez-les de votre main,
«Et quelles reçoivent la bénédiction nuptiale; et procédons avec précaution.»
Alors Minaya dit : «Je ferai cela volontiers.»
Elles se lèvent droites, et il les mit en leur main.
Aux infants de Carrion Minaya parle ainsi :
2 2 4 0 «Vous voici devant Minaya : vous êtes tous deux frères.
«[Comme] par la main du roi Alphonse qui me l’a ordonné,
«Je vous donne ces dames, qui sont toutes deux de noble race,
«Afin que vous les preniez pour femmes, avec honneur et considération.» Tous deux les reçoivent de [bon] gré et avec amour.
2 2/15 A Mon Cid et à sa femme ils vont baiser les mains.
Quand ils eurent cela fait, ils sortirent du palais,
Se dirigeant sans retard vers Sainte-Marie.
L’évêque don Hiéronyme se vêtit très-promptement.
Il se tenait les attendant à la porte de l’église.
225o II leur donna la bénédiction, [et] chanta la messe.
Au sortir de l’église, ils chevauchèrent au plus vite.
Ils s’élancèrent dehors, vers la grève de Valence.
Dieu! comme ils jouèrent bien des armes, le Cid et ses vassaux!
Il changea trois fois de cheval, celui qui en bonne heure naquit.
2255 Mon Cid de ce qu’il voyait était fort content.
Les infants de Carrion ont bien chevauché.
Ils retournent avec les dames, ils rentrent à Valence.
Roi l’a ainsi ordonné). (Voyez, plus haut , les vers 2 1 4 5 et suivants , et , plus loin , le vers 2 2 4 1 .)
V. 2 243. — Le plus-que-parfait du subjonctif tormsedes, au lieu du présent lomedes. C’est une
de ces libertés que prend souvent notre poète.
V. 224g. — Sperando , pour esperando. Le copiste n’a-t-il pas altéré l’orthographe de ce mot pour le rapprocher davantage encore du latin?
Ricas fueron las bodas en el Alcázar ondrado.
E al otro dia fizo Mió Cid fincar siete tablados.
2260 Antes que entrasen à yantar todos los quebrantaron.
Quince dias complidos duraron en las bodas.
Hya, cerca de los quince dias, ya s van los fijosdalgo.
Mió Cid don Rodrigo, el que en buen ora násco,
Entre palafrés è muías è corredores cavallos ,
2265 En bestias fines al C. ha mandados;
Mantos è pellizones è otros vestidos largos.
Non fueron en cuenta los haberes monedados.
Los vasallos de Mió Cid así son acordados :
Cada uno por si sos dones avien dados.
2270 Qui haber querie prender bien era abastado.
Ricos tornan à Castiella los que à las bodas legaron.
Hy as’ iban partiendo aquestos ospedados ,
Espidiendo s de Ruy Diaz el que en buen ora násco,
De todas las dueñas è de los fijosdalgo.
2275 Por pagados se parten de Mió Cid è de sus vasallos.
Grant bien dicen dellos , ca será aguisado.
Mucho eran alegres Diego è Ferrando :
Estos fueron fijos del conde don Gonzalo.
Venidos son à Castiella aquestos ospedados.
2280 El Cid è sus yernos en Valencia son rastados.
Hy moran los infantes bien cerca de dos años.
Los amores que les facen mucho eran sobeianos.
Alegre era el Cid è todos sus vasallos.
Plega à Sancta Maria è al Padre Santo 2285 Que s page d’es’ casamiento Mió Cid 0 el que lo ovo en algo. Las coplas deste cantar aqui s van acabando.
El Criador vos valla con todos los sos Sanctos.
V. 2259.— Sur le mot tablado, voyez au vers 1610 la note. — Sur le mot ou , pour mieux dire , sur le nombre sept, voyez les Notes historiques et littéraires.
V. 2265. — Texte de Sanchez : En bestias s mes’ alC. son mandados. Avec le mot sines’ (sans), et malgré l’apostrophe , si étrangement placée à cet endroit après la consonne finale , il est im¬
possible de construire cette phrase, et elle ne présente aucun sens admissible. La préposition fins, par nous empruntée au dialecte catalan , signifie précisément le mot dont nous avons besoin : jusque. Toutes les personnes qui se sont occupées un peu sérieusement de l’histoire d’Espagne , connaissent le recueil de Carbonell intitulé Chroniques d’Espanya fins aci no divulgades (Chroniques d’Es-
Riches furent les noces dans l’Alcazar honoré.
Et, le jour suivant, Mon Cid fit dresser sept tablados.
2260 Avant qu’on rentrât pour le dîner on les brisa tous.
Ils passèrent aux noces quinze jours accomplis.
Déjà l’on approche des quinze jours, déjà s’en vont les gentilshommes.
Mon Cid don Rodrigue , celui qui en bonne heure naquit ,
Entre palefrois et mules, et chevaux coureurs,
2 a 65 En bêtes de somme, a donné jusqu’à cent;
[Ainsi que] des manteaux et des pelisses, et d’autres vêtements longs.
[Quant à] l’argent monnayé, on ne le compta point.
Les vassaux de Mon Cid se sont ainsi recordés :
Chacun d’eux avait pour soi donné ses présents.
■3270 Quiconque voulait recevoir de l’argent en était bien pourvu.
Riches retournent en Castille [tous] ceux qui aux noces étaient venus.
Déjà ces hôtes allaient partant,
Prenant congé de Ruy Diaz , celui qui en bonne heure naquit ,
De toutes les dames et des gentilshommes.
2:375 Ils se séparent, très-satisfaits, de Mon Cid et de ses vassaux.
Ils disent d’eux grand bien, car cela est juste.
Diègue et Fernand étaient fort joyeux :
Ceux-ci étaient fils du comte don Gonzalo.
Ces hôtes sont de retour en Castille.
2 a 80 Le Cid et ses gendres dans Valence sont restés.
Les infants séjournent là bien près de deux ans.
L’amour qu’on leur témoigne était merveilleux.
Le Cid était content, ainsi que tous ses vassaux.
Plaise à sainte Marie et au Père Saint
2285 Que Mon Cid soit content de ces mariages, ainsi que celui qui les a eus en bien ! Les couplets de cette chanson ici vont finissant.
Le Créateur vous soit en aide , ainsi que tous ses saints !
pagne jusqu’ici non publiées ). Nous écrivons fines pour fins parce que le poète emploie volontiers lui-même sines pour sin ( v. 6o5 et 1680); et c’est peut-être là ce qui a causé l’erreur du copiste.
V. 227a. — Au vers 2^7 le même mot, ospedado, signifie hospitalité.
V. 2276. — Dans mon opinion le second hémistiche de ce vers a été mal copié, et proba¬
blement le manuscrit primitif portait : ca así era aguisado (c’ as’ era, etc.). Mais comme le texte actuel se laisse comprendre , je m’abstiens de corriger.
V. 2278. — Le poète a un peu tardé à nous dire de qui étaient fils les infants de Carrion. Ce vers et le précédent me paraissent, d’ailleurs, interpolés.
En Valencia seye Mío Cid con todos sus vasallos.
Con él amos sus yernos los infantes de Carrion.
2290 Yacies’ en un escaño, durmie el Campeador.
Mala sobrevienta sabed que les cuntió.
Salió s de la red, è desatós’ el león.
En grant miedo se vieron por medio de la cor(.
Embrazan los mantos los del Campeador, ,
2295 E cercan el escaño, è fincan sobre so señor.
Ferran Gonzalez non vió alli dos* alzase, nin camara abierta nin torre : Metió s so’l escaño, tanto ovo el pavor.
Diego Gonzalez por la puerta salió,
Diciendo de la boca : non veré Carrion. a3oo Tras una viga lagar metió s con grant pavor.
El manto è el brial todo sucio lo sacó.
En esto despertó el que en buen ora násco.
Vió cercado el escaño de sus buenos varones.
Que es esto, mesnadas, ó que queredes vos? a3o5 Hya, señor ondrado, rebata nos dió el león.
Mió Cid fincó el cobdo , en pie se levantó.
El manto trae al cuello, è adelinó pora’l león.
El león, quando lo vió así, envergonzó :
Ante Mió Cid la cabeza premió è el rostro fincó. a3i o Mió Cid don Rodrigo al cuello lo tomó,
E liebalo adestrando; en la red lo metió.
A maravilla lo han quantos que y son,
E tornarons’ al palacio pora la cort.
Mió Cid por los sos yernos demandó , è non los falló.