V. 233o. — C’est-à-dire : « Considérons le gain
23 1 5 En vain on les appelle, ni l’un ni l’autre ne répond.
Lorsqu’on les retrouva et qu’ils vinrent, ils vinrent ainsi sans couleur.
Vous n’avez [jamais] vu tel amusement comme celui qui allait par la cour. Mon Cid le Campéador fît cela défendre.
Les infants de Carrion se tinrent fort pour outragés. a32o Fièrement il leur pèse de ce qui leur est arrivé.
Tandis qu’ils en étaient sur ce , de quoi ils avaient grand chagrin ,
Des forces de Maroc viennent assiéger Valence.
On a planté cinquante mille tentes des principales.
Celui-ci était le roi Bucar, si vous l’avez ouï conter.
23a5 Le Cid se réjouissait, ainsi que tous ses barons,
De ce que le butin leur croissait, grâces au Créateur.
Mais, sachez, les infants de Carrion en sont chagrins en leur cœur;
Car ils voient toutes ces tentes des Mores, ce qui ne leur plaît pas.
Les deux frères sont sortis à part :
s33o «Considérons le gain et non la perte.
«Voilà qu’il nous faudra entrer dans cette bataille.
«Cela est fait exprès pour que nous ne revoyions plus Carrion.
«Veuves demeureront les filles du Campéador. »
Ce Muño Gustioz entendit la confidence.
2 335 II vint avec ces nouvelles à Mon Cid Ruy Diaz le Campéador.
«Voici que vos gendres ont peur, tant ils sont braves.
«Parce qu’il faut entrer en bataille, ils regrettent Carrion.
«Allez les réconforter, [et] qu’ainsi le Créateur vous soit en aide!
«Qu’ils restent tranquilles, et n’aient pas ici part au butin. a34o «Nous gagnerons avec vous la bataille, et le Créateur nous aidera. »
Mon Cid don Rodrigue en souriant sortit.
« Dieu vous sauve , mes gendres , infants de Carrion !
«Tenez en vos bras mes filles aussi blanches que le soleil.
«Moi je désire les combats, et vous Carrion. a3A5 «Amusez-vous dans Valence à tout votre souhait;
«Car d’ici les Mores, je suis connaisseur,
(que nous avons fait) et non ia perte (que nous pouvons faire).»
V. 2334. — Ii faut se rappeler que le Cid avait chargé Pero Bermuez et Muño Gustioz d’observer les faits et gestes des infants.