I.XVII
France à son aide, et, fidèles à l’exemple de leurs aïeux, les Français accoururent. Ils avaient à leur tête tous les hauts barons de la France méridionale , et quelques-uns même de ce côté-ci de la Loire , Gaston , seigneur du Béarn, le comte de Bigorre, le comte de Gomminges, le comte de Poitiers, le comte du Perche, etc. La campagne fut longue et difficile; mais enfin, après quatre ou cinq ans de combats et d’assauts, Saragosse était prise; et par là on acquérait en même temps la possession de tout le reste du pays jusqu’à la mer. Selon l’usage encore, les récompenses suivirent le triomphe. Gaston de Béarn reçut en fief un quartier de la ville, avec le titre de Seigneur de Saragosse. Le comte du Perche eut pour sa part un autre quartier; et de plus, comme, pendant le siège, il s’était emparé de Tudela par un hardi coup de main, cette dernière ville lui fut donnée en fief d’honneur1.
Qu’ajouterons-nous encore? On sait l’admiration de ce même Alphonse d’Aragon pour l’ordre du Temple : comment il lui légua par son testament une partie de son royaume, et comment, après la mort de ce prince, un certain nombre de châteaux et de villes furent, par transaction, attribués aux Templiers, avec le cinquième de ce qui serait conquis sur les Mores2.
A la même époque, l’empereur Alphonse VII (de Castille), pénétré d’un sentiment analogue pour les moines de Gluni et de Cîteaux, leur subordonnait les principaux monastères de la Vieille-Castille3. Enfin, sans la crainte de fatiguer le lecteur par tant de faits accumulés, nous pourrions citer encore d’autres détails qui montreraient, dans la première moitié du xne siècle, l’influence française en" Espagne toujours persistante et dominante 4.
Telle est donc la situation, disons mieux, telle est notre situation en Espagne aux temps qui précèdent l’apparition du premier monument de la langue et de la littérature espagnoles : sur les divers trônes de la Péninsule, des princes d’origine française; sur la plupart
' Zurita, lib. I, cap. xli, xlii, xliv.
Ibidem, cap. xlv et ui; et lib. II, cap. iv.
Antig. de España, lib. VI, cap. h, iv et v.
4 Voy. Zurita, lib. I, cap. l et lii; et lib. II, cap. xm.