J.XVIII
INTRODUCTION
des sièges épiscopaux, des moines français; dans toutes les villes, à tous les degrés de la hiérarchie sociale, des Français; et ces hommes propageant, répandant, faisant pénétrer partout les idées, les institutions et la civilisation françaises. Rappelez-vous maintenant l’autorité, la grande et irrésistible autorité de notre langue au moyen âge. Cette monarchie universelle, que Charlemagne avait rêvée, la langue française la réalise. Dès le xie siècle elle envahit l’Angleterre avec Guillaume-le-Conquérant; elle passe avec les Normands dans la Péninsule italique, et les écrivains de ce pays ne tarderont pas à l’employer comme plus agréable à tous les peuples h On la parle dans les grandes maisons de l’Allemagne ; on la parle en Grèce ; on la parle à Constantinople; on la parle à Jérusalem; on la parle sur les rivages de l’Afrique; enfin elle règne partout2. Et dès lors comment supposer qu’elle n’ait pas obtenu la même fortune en Espagne; dans cette Espagne qui était défendue, peuplée, civilisée par la France; dans cette Espagne qui, enchaînée, étouffée sur son propre sol, ne vivait, ne respirait, pour ainsi dire, que du côté de la France?
Il faut voir cependant l’embarras, les hésitations, les restrictions des écrivains espagnols lorsqu’ils traitent de l’origine et de la formation de leur langue. J^a chose est curieuse et vaut qu’on s’y arrête. Si, à partir du pied des Pyrénées, on partage la Péninsule espagnole en trois zones longitudinales, on trouve dans ce pays trois dialectes principaux : à l’est, le catalan (d’où dérivent les sous-dialectes d’Aragon, de Valence et de Mayorque); à l’ouest, le portugais; et au centre, le castillan ou l’espagnol. Or, pour ce qui est du catalan, point d’objection : tous les critiques espagnols sont d’accord pour reconnaître
1 Ainsi s'exprime Brunetlo Latini au début de son livre du Trésor , composé vers 1270; nous copions littéralement : «Et s’aucuns me demandoit pour quoy cilz livres est escrips en romans selonc la langue de France puis que nous somes ytalien, je diroie que se seroit pour deux resons : l’une, que nous sommes en France; l’autre, pour ce que la parleure est plus delitable et plus commune a toutes gens.» (Manuscrits de la Bibliothèque impériale; ms. de Saint-Victor, n° 346, in-fol. vélin.)
* La langue française, au moyen âge, avait remplacé le latin comme langue universelle. Elle était restée même au xive siècle, malgré le malheur des temps, la langue de la diplomatie; et l’on trouve à ce sujet dans les Chroniques de Froissart un détail qui nous a toujours
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