V. 2707. — Un rouvrai, ou une rouvraie, est
ffEl je ramènerais aussitôt ses filles au loyal Campeador.
3690 tt Vous , à Carrion vous ne rentreriez jamais plus.
te Ici je me sépare de vous comme de méchants et de traîtres, cc Je m’en vais avec votre permission, doña Elvire et doña Sol : ce J’apprécie peu les nouvelles de ceux de Carrion. cc Dieu le veuille et l’ordonne, qui du monde entier est seigneur,
2695 cc Que de cette alliance le Campéador ait à se réjouir! n Il leur a dit cela , et le More s’en est retourné.
Il allait les armes à la main en traversant le Jalon.
En homme de bon sens, il s’en retourna à Molina.
Alors les infants de Carrion quittèrent l’Ansarera.
2700 Ils se hâtent d’aller le jour et la nuit.
Ils laissent à gauche Atineza, un rocher très-fort.
Ils passèrent alors la Sierra-de-Miedes. *
A travers les claires montagnes ils cheminent , en jouant de l’éperon.
Ils laissent à gauche Griza , qu’ Alamos peupla :
2705 Là sont les souterrains où il renferma Elpha.
Ils laissent à droite Santestevan, lequel est plus loin.
Les infants sont entrés dans le rouvrai de Corpes.
Les arbres de la forêt sont élevés, les branches montent jusqu’aux nues,
Et il y a des bêtes sauvages qui rôdent autour.
2710 Ils trouvèrent un verger avec une limpide fontaine.
Les infants de Carrion .ordonnent qu’on plante leur tente.
Avec tous ceux qu’ils emmènent ils passent là cette nuit.
Tenant leurs femmes dans leurs bras, ils leur témoignent leur amour.
Mal ils le leur prouvèrent quand parut le soleil.
3715 Ils ordonnèrent qu’on chargeât leur grand avoir sur les bêtes de somme. On a plié la tente [sous laquelle] ils avaient campé de nuit.
En avant sont allés ceux de leur maison.
un lieu planté de rouvres, et le rouvre est une espèce de chêne.
V. 2708. — Le mot espagnol monte signifie à la fois montagne et forêt. — La préposition con, après le verbe putar, m’est suspecte, et je suis disposé à croire que le manuscrit primitif portait contra, comme dans ce vers de Gonzalo de Berceo :
Suso contra ios cielos comenzó de pujar.
( Vida desanta Oria, cop. 4o.)
V. 2710. — Remarquer, ici encore, ce mot fuent terminant un vers placé au milieu d’un couplet en 0 aigu.
V. 2716. — Le copiste a , ce me semble, passé quelques mots dans ce vers.
Y. 2717. — Ces mots los de criazón signifient les gens qui étaient nourris dans la maison d’un homme puissant. Le mot criazón vient de criar (nourrir).
Así lo mandaron los infantes de Camón,
Que non y fincas’ ninguno , mugier nin varón ,
2720 Sinon amas sus mugieres doñ’ Elvira è doña Sol. Deportarse quieren con ellas à todo so sabor.
Todos eran idos, ellos lili, solos son.
Tanto mal comedieron los infantes de Carrion.
Bien lo creades , doñ’ Elvira è doña Sol ,
2725 Aqui seredes escarnidas, en estos fieros montes.
Oy nos partiremos, y dexadas seredes de nos.
Non abredes part en tierras de Carrion.
Hyrán aquestos mandados al Cid Campeador.
Nos vengaremos aquesta por la del león.
2730 Alli las tuellen los mantos è los pellizones ,
Paranlas etf cuerpos, è en camisas, è en ciclatones. Espuelas tienen calzadas los malos traydores.
En mano prenden las cinchas fuertes è duradores. Quando esto vieron las dueñas, fablaba doña Sol :
2735 Por Dios vos rogamos, don Diego è don Ferando,
Dos espadas tenedes fuertes è taiadores :
Al una dicen Colada è al otra Tizón :
Cortándoselas cabezas, martyres seremos nos.
Moros è Christianos departirán desta razón,
27¿0 Que por lo que nos merecemos no lo prendemos nos: Atan malos ensiemplos non fagades sobre nos.
Si nos fuéremos maiadas, abiltaredes à vos.
Retraervos lo han en vistas ó en cortes.
Lo que ruegan las dueñas non les ha ningún pro.
3765 Esora les conpiezan à dar colpes los infantes de Carrion. Con las cinchas corredizas maianlas tan sin sabor.
Con las espuelas agudas, don ellas han mal sabor, Rompien las camisas è las carnes à ellas amas à dos : Limpia salie la sangre sobre los ciclatones.
V. 2719. — C’est encore pour l’assonance que le poète met ces mots nin varón après mugier. (Voyez le vers 2605.)
V. 2731. — Ici, comme dans plusieurs autres passages qu’on trouve plus loin dans le Poème ,
le mot ciclaton désigne une partie du vêlement. Cette partie du vêtement, c’était la cotte, ou le bliaut. (Voyez, plus loin, le vers 2760.)