V. 2789.— Cette expression alendar el cava
llo, Sanchez l’interprète : prendre ou conduire son cheval par la bride. C’est aussi le sens indiqué par Covarrubias (voy. Tesoro de la lengua castellana, au mot ai rendar). Malgré cette double autorité, il m’a été impossible de me rendre, et j’ai donné à arrendar la signification qu’avait , dans notre ancienne langue du midi , le verbe aregnar ou arrenhar (attacher par la bride). En effet, le bon Felez Muñoz devait s’empresser de se débarrasser de toute
Ils lui ordonnèrent d’aller devant; mais il n’y alla pas de son gré.
Dans le chemin qu’il suivait, il souffrit en son cœur.
De tous les autres à part il s’écarta.
Felez Muñoz se mit dans une forêt épaisse ,
780 Jusqu’à ce qu’il vît venir ses deux cousines,
Ou [sût] ce qu’avaient fait les infants de Carrion.
Il les vit venir et entendit leur discours.
Eux, ils ne le voyaient pas, et ne soupçonnaient rien.
Sachez bien que s’ils l’eussent vu, il n’aurait pas échappé à la mort.
785 Les infants s’éloignent; ils cheminent en jouant de l’éperon.
Felez Muñoz retourna à la trace.
Il trouva se§ cousines toutes deux comme mortes.
Appelant : « Cousines! cousines !» il mit aussitôt pied à terre.
Il attacha son cheval par la bride, [et] vers elles se dirigea.
790 « Ah! cousines, mes cousines, doña El.vire et doña Sol,
«Mal se sont exercés les infants de Carrion.
« A Dieu plaise et à sainte Marie qu’ils en retirent mauvaise récompense ! n Il va les retournant toutes les deux.
Elles sont à tel point bouleversées, quelles ne peuvent rien dire.
795 II en eut déchirées les enveloppes du cœur.
II appela : «Cousines! cousines! doña Elvire et doña Sol!
«Réveillez-vous, cousines, pour l’amour du Créateur!
«Car le moment, c’est le jour, avant l’entrée de la nuit.
«Que les animaux féroces ne nous mangent point dans cette forêt !«
800 Doña Elvire et doña Sol vont recouvrant leurs sens.
Elles ouvrirent les yeux, et virent Felez Muñoz.
«Reprenez courage, cousines, pour l’amour du Créateur!
«Dès que les infants de Carrion ne me retrouveront plus,
«En grande hâte je serai cherché.
gêne, afin de pouvoir donner à ses cousines les secours dont elles avaient besoin. Puis, si Felez Muñoz ne s’était pas précédemment séparé de son cheval, le poète ne dirait pas un peu plus loin en termes précis : Il prit son cheval par la bride ( el cavallo príso por la rienda ). (Voyez le vers 2818.)
V. 279/t. — L’assonance de ce vers m’est suspecte. Le manuscrit primitif portait sans doute : que decir nada non pueden (ou non poden ).
V. 2799. — Ces mots los ganados fieros , Sanchez les interprète : bestias del campo ( les bêtes de la campagne). Les bêtes de la campagne ne mangent personne. Il s’agit ici des bêtes féroces , des loups. (Voyez les vers 2709 et 2761.) — Remarquer, à la fin de ce vers, le mot mont et, à la fin du vers précédent, le mot noch, écrits franchement sans l’e final euphonique, comme dans l’ancien provençal.
2805 Si Dios non nos vale, aqui morremos nos.
Tan à grant duelo fablaba doña Sol:
Si vos lo meresca, mio primo, nuestro padre el Campeador, Bandos del agua, sí vos vala el Criador!
Con un sombrero que tiene Felez Muñoz,
3810 Nuevo era è fresco, que de Valencial’ sacó,
Cogió del agua en él è à sus primas dió.
Mucho son lazradas è à amas las fartó.
Tanto las rogó fata que las asentó.
Valas conortando è metiendo corazón ,
2815 Fata que esfuerzan. E amas las tomó,
E privado en el cavallo las cabalgó.
Con el so manto à amas las cubrió.
El cavallo príso por la rienda, è luego dent las partió.
Todos tres señeros, por los robredos d.e Corpes,
3820 Entre noch è dia salieron de los montes.
A las aguas de Duero ellos arrivados son.
A la torre de doñ’ Urraca elle las dexó.
A Santesteban vino Felez Muñoz.
Falló à Diego Tellez el que de Alvar Fañez fue.
2825 Quando elle lo oyó, pesó!’ de corazón.
Príso bestias è vestidos de pro;
Hyba recebir à doñ’ Elvira è doña Sol.
En Santesteban dentro las metió.
Quanto el meior puede alli las ondró.
2 83o Los de Santesteban siempre mesurados son.
Quando sabien esto pesóles de corazón.
A lias fijas del Cid danles esfuerzo.
Alli s’ ovieron ellas fasta que sanas son.
Allábades sean los infantes de Carrion!
V. 2805. — Au mot morremos, Sanchez interprète fort bien : moriremos ; mais il n’a pas remarqué que c’est absolument la même irrégularité que celle qui existe dans, la langue française , lorsqu’au lieu de nous mourirons l’on dit nous mourrons.
V. 2808. — Bandos pour dadnos. Nous avons déjà vu cette transposition.
V. 2816.. — En cl cavallo las cabalgó. Cette expression semble indiquer que Felez Muñoz plaça ses cousines à cheval à la manière des hommes , ou , comme on disait autrefois , à la cavalière. Et en effet, si elles s’étaient assises toutes deux sur le même cheval à la manière des femmes, elles n’auraient pas été fort commodément.
Y. 2818. — Texte de Sanchez : las part. Faute
a8o5 « Si Dieu ne nous vient en aide, nous mourrons ici. w Avec une très-grande douleur parla doña Sol : ff S’il mérite cela de vous, mon cousin, notre père le Campeador, w Donnez-nous de l’eau, [et] qu’ainsi le Créateur vous soit en aide!» Avec un chapeau qu’avait Felez Muñoz,
2810 Lequel était tout frais neuf, car il l’avait emporté de Valence,
Il recueillit de l’eau dedans , et en donna à ses cousines.
Elles sont fort déchirées, et il les soulagea toutes deux.
Il les pria avec instance jusqu’à ce qu’il les eût fait asseoir.
Il va les exhortant et leur redonnant du cœur,
2815 Jusqu’à ce quelles aient retrouvé des forces. Et il les prit toutes deux, Et aussitôt les plaça sur son cheval.
Avec son manteau il les couvrit toutes deux.
Il prit son cheval par la bride, et les éloigna promptement de ce lieu. Tous trois ensemble , par le rouvrai de Corpes ,
2820 Entre nuit et jour sortirent des montagnes.
Ils sont arrivés à la rivière du Duero.
Il les laissa à la tour de doña Urraca.
Felez Muñoz alla à Santestevan.
Il trouva [là] Diègue Tellez, qui avait été à Alvar Fañez.
282,5 Quand celui-ci entendit cela, il en fut affligé de cœur.
Il prit des bêtes, et des vêtements de marque,
[Et] alla à la rencontre de doña Elvire et de doña Sol.
Il les mit dans Santestevan.
Là, du mieux qu’il put, il les honora.
2830 Ceux de Santestevan ont toujours été mesurés.
Lorsqu’ils surent cela, ils en furent affligés de cœur.
Ils encouragent les filles du Cid.
Elles demeurèrent là jusqu’à ce quelles eussent recouvré la santé. Maudits soient les infants de Carrion !
d’impression. Tous tes verbes qui précèdent et l’assonance exigent las partió.