‹ Poe˜me du CidChapitre 144 sur 182 · V. 28/16. — E Albar, au lieu de è à Albar, pour l’euphonie · texte numérisé non relu

V. 28/16. — E Albar, au lieu de è à Albar, pour l’euphonie

V. 2853. — Si nous avions entrepris de corriger, là où le sens n’en souffre pas, ce que nous croyons des fautes de versification, provenant de la distraction du copiste, nous dirions que le mot andan ne peut pas terminer un vers dont

a835 (Cela affligea de cœur le bon roi don Alphonse.)

Ces nouvelles arrivent à Valence la grande.

Lorsqu’on dit cela à Mon Cid le Campeador,

Une grande heure il pensa et réfléchit.

Il leva la main , il se prit la barbe :

3860 « Grâces à Christ, qui du monde est seigneur,

« Puisque tel honneur m’ont rendu les infants de Carrion!

«Par cette barbe que personne [jamais] n’arracha, t Ils n’en jouiront pas, les infants de Carrion;

«Car mes filles, bien les marierai-je !»

2845 Mon Cid fut affligé, ainsi que toute sa cour,

Et Alvar Fañez, d’âme et de cœur.

Minaya chevaucha avec Pero Bermuez,

Et Martin Antolinez , le Burgalais de distinction ,

Avec deux cents chevaliers, lesquels manda Mon Cid.

2850 II leur dit fortement qu’ils allassent de jour et de nuit,

[Et] qu’ils amenassent ses filles à Valence la grande.

Ils ne tardent pas à accomplir l’ordre de leur seigneur :

Ils chevauchent promptement, vont le jour et la nuit.

Ils vinrent à Santestevan-de-Gormaz , un château très-fort.

2855 Là, de vrai, ils s’hébergèrent une nuit.

A Santestevan arriva la nouvelle Que Minaya venait pour ses deux cousines.

Les barons de Santestevan , en gens très-honorables ,

Reçoivent Minaya et tous ses barons.

2860 Ils offrent, ce soir même, à Minaya un grand festin.

Il ne voulut point l’accepter, mais beaucoup les en remercia.

«Merci, barons de Santestevan, car vous êtes de bon entendement.

« Pour ces égards que vous avez accordés à notre malheur,

«Il vous rend maintes grâces, là-bas où il est, Mon Cid le Campéador.

2865 «Ainsi le fais-je, moi qui suis ici présent.

l’assonance est en 0 aigu, et, en nous autorisant du V. a854. — Même observation qu’aux vers

vers 37 11, nous proposerions de lire ainsi celui-ci: 2701, 2710 et278 h.

Apriesa cabalgand’, andan dias è noches. V. 3860. — Le mot efurcion, ou infurcion

Dans notre opinion l’e de noches ne se faisait signifie proprement une redevance. Ici , cette repas sentir, non plus que celui des mots qui termi- devance, c’étaient des vivres,

nent les vers 285g et 2862 , et de (ant d’autres V. 2865. — Sanchez écrit ici : à qui , en deux

qui ont la même désinence. mots. C’est une compensation.

Afe Dios de los cielos que vos de dent buen galardón !

Todos gelo gradecen è sos pagados son.

Adelinan a posar pora folgar esa noch.

Minaya va ver sus primas do son.

9870 En él fincan los oios doñ’ Elvira è doña Sol.

A tanto vos lo gradimos como si viésemos al Criador;

E vos à él lo gradid, quando vivas somos nos.

Envíos dias de vagar toda nuestra rencura sabremos contar.

Loraban de los oios las dueñas è Alvar Fañez ;

•2875 E Pero Bermuez otro tanto las habla :

Doñ’ Elvira è doña Sol, cuidado non bayades,

Quando vos sodes sanas è vivas , è sin otro mal.

Buen casamiento perdiestes , meior podredes ganar.

Aun veamos el dia que vos podamos vengar!

2880 Hy yazen esa noche, è tan grand gozo que facen.

Otro dia mañana piensan de cavalgar.

Los de Santesteban escurriéndolos van Fata Bio d’Amor, dándoles solaz.

Dallent se espidieron dellos , piensanse de tornar ;

2885 E Minaya con las dueñas yba cabadelant.

Trocieron Alcoceba a diestro de Santesteban de Gormaz;

O dicen Vado de Bey, allá yban posar.

A la casa de Berlanga posada prisa han.

Otro dia mañana metense à andar.

2890 A qual dicen Medina iban alvergar,

E de Medina à Molina en otro dia van.

Al Moro Abengalvon de corazón le plaz.

Saliólos à recebir de buena voluntad.

Por amor de Mió Cid rica cena les da.

2895 Dent pora Valencia adelinechos van.

Al que en buen ora násco legaba el mensaie.

Privado cabalga, à recebirlos sale.

Armas yba teniendo è grant gozo que face.

Mió Cid à sus fijas ybalas abrazar.

V. 2875.— Ms. et texte de Sanchez : otro tanto raít, au contraire, tout à fait dans la situation. — las ha. Cette leçon ( pareillement les a) ne présente Quant à l’emploi du verbe hablar ( oufablar ) avec aucun sens. Celle que nous proposons nous pa- le régime direct, voyez, plus haut, le vers i5i.

« Voici, que le Dieu des cieux vous en donne bonne récompense N Tous l’en remercient, et de lui sont contents.

Ils se dirigent vers leur logis pour se reposer cette nuit.

Minaya va voir ses cousines là où elles sont.

3870 Sur lui fixent les yeux doña Elvire et doña Sol.

«Nous vous en rendons autant de grâces que si nous voyions le Créateur; f Et vous, rendez-en grâces à lui, si nous sommes vivantes.

'i Aux jours de loisir nous saurons raconter tout notre malheur. r>

Les dames et Alvar Fañez pleuraient de leurs yeux;

3875 Et Pero Bermuez à son tour leur parle :

rrDoña Elvire et doña Sol, n’ayez point de chagrin,

Puisque vous êtes vivantes et en santé, et sans autre mal. f? Vous avez perdu un bon mariage, vous pourrez en trouver un meilleur, ff Même, puissions-nous voir le jour où nous vous pourrons venger N f?88o Ils passent là cette nuit, et mènent très-grande joie.

Le jour suivant, au matin, ils pensent à chevaucher.

Ceux de Santestevan les vont escortant Jusqu’à Rio-d’Amor, en cherchant à les égayer.

Là ils prennent congé d’eux, et pensent à s’en retourner:

2885 Et Minaya, avec les dames, continue en avant.

Ils traversèrent Alcoceba, à droite de Santestevan-de-Gormaz :

Au lieu nommé Vado-de-Rey, là ils vont loger.

A la ville de Berlanga ils ont pris leur logis.

Le jour suivant, au matin, ils se remettent en route.

2890 Ils allèrent s’héberger au lieu appelé Medina,

Et, en un autre jour, ils vont de Medina à Molina.

Le More Abengalvon est content en son cœur.

11 sortit les recevoir de bonne volonté.

Pour l’amour de Mon Cid, il leur donne un riche souper.

2895 De là ils vont droit vers Valence.

A celui qui en bonne heure naquit arriva le message.

Il monte aussitôt à cheval [ et] sort les recevoir.

Il allait tenant ses armes et montrant grande joie.

Mon Cid alla embrasser ses filles.

V. 2888. — Remarquer ce mot prisa, par- aussi le participe passé provençal près , preso. ticipe passé irrégulier du verbe pi'ender. C’est, V. 2889. — Metense à andar (motà mot : ils

évidemment, notre participe passé pris, et c’est se mettent à aller). Locution toute française.

2900 Besándolas à amas, tornó s de sonrrisar :

Venides, mis fijas. Dios vos curie de mal!

Hyo tomé el casamiento, mas non osé decir al.

Plega al Criador que en cielo está,

Que vos vea meior casadas d’aqui en adelant!

2905 De mis yernos de Carrion Dios me faga vengar!

Besaron las manos las fijas al padre.

Teniendo yban armas, entráronse à la cibdad.

Gran gozo fizo con ellas doña Ximena su madre.

El que en buen ora násco non quiso tardar.

2910 Fabló s con los sos en su poridad.

Al rey Alfonso de Castiella pensó de embiar.

0 eres, Muño Gustioz, mió vasallo de pro?

En buen ora te crié à ti en la mi cort.

Liebes el mandado à Castiella al rey Alfonso.

2915 Por mi besale la mano d’alma è de corazón,

Como vo so su vasallo, è él es mió señor.

Desta desondra que me han fecha los infantes de Carrion Quel’ pese al buen Rey d’alma è de corazón.

El casó mis fijas, ca non gelas di yo.

2930 Quando las han dexadas à grant desonor,

Si desondra y cabe alguna contra nos,

La poca è la grant, toda es de mió señor.

Míos haberes se me han lebado , que sobeianos son :

Eso me puede pesar con la otra desonor.

2925 Adugamelos à vistas, ó à juntas, ó à cortes,

Como haya derecho de infantes de Carrion;

Ca tan grant es la rencura dentro en mi corazón.

Muño Gustioz privado cavalgó.

Con él dos cavalleros quel’ sirvan à so sabor,

2930 E con él escuderos que son de criazón.

Saben de Valencia è andan quanto pueden.

No s dan vagar los dias è las noches.

V. 2909. — Le poète dit ordinairement : Non lo quiso detardar; ce qui est mieux pour le vers.

V. 2925. — Le Gid veut voir les comtes face à face , et il demande , soit une entrevue privée , soit

une junte, c’est-à-dire une sorte de conseil de famille , soit les cortés , c’est-à-dire la réunion ou l’assemblée des grands du royaume sous la présidence du Roi. — Au mot junta , le Dictionnaire

2900 En les embrassant toutes deux, il se prit à sourire : ff Venez, mes filles, Dieu vous préserve de mal!

« J’ai consenti à ces mariages, mais je n’osai dire autrement.

ff Plaise au Créateur qui est au ciel,

ffQue d’ici en avant je vous voie mieux mariées!

2905 ffDe mes gendres de Carrion Dieu me fasse venger !»

Les filles baisèrent les mains à leur père.

Ils allaient tenant leurs armes et entrèrent dans la cité.

Doña Chimène leur mère se réjouit grandement avec elles.

Celui qui en bonne heure naquit ne voulut point perdre de temps.

2910 II parla avec les siens en secret.

Au roi Alphonse de Castille il eut la pensée d’envoyer. ffOÙ es-tu, Muño Gustioz, mon vassal de distinction? ff En bonne heure je t’ai nourri en ma cour, ff Porte le message en Castille, au roi Alphonse.

2915 ffPour moi baise-lui la main d’âme et de cœur; ff Car je suis son vassal , et lui , il est mon seigneur. ffDe ce déshonneur que m’ont fait les infants de Carrion ff Qu’il s’afflige, le bon Roi, d’âme et de cœur.

ff C’est lui qui maria mes filles, car ce n’est point moi qui les leur donnai. 2920 ff Lorsqu’ils les ont abandonnées à grand déshonneur, tf Si de là quelque honte rejaillit sur nous, ff Petite ou grande , elle est toute pour mon seigneur, ff Ils m’ont emporté mes biens , qui sont considérables : ff Cela me peut affliger, joint à l’autre déshonneur.

2935 ff Qu’il me les amène à une entrevue, ou à une junte, ou aux cortés, ff Afin que j’aie justice des infants de Carrion; ff Car très-grand est le ressentiment dans mon cœur, v Muño Gustioz monta promptement à cheval.

Avec lui deux chevaliers qui le doivent servir à son gré ,

2930 Et avec lui des écuyers qui sont par lui nourris.

Ils sortent de Valence et marchent tant qu’ils peuvent.

Ils ne se donnent de repos ni le jour ni la nuit.

de l’Académie espagnole donne cette définition : « Assemblée ou congrès de diverses personnes en un même lieu, pour discuter et résoudre quelque matière. n — Quant au mot cortes, on peut

voir, à ce vers, les Notes historiques et littéraires.

V. 2931. — Pueden. A la fin d’un vers placé dans un couplet dont l’assonance est en 0 aigu . le manuscrit primitif portait sans doute poden.

Al Rey en Santfagunt lo falló.

Rey es de Castiella , è rey es de León ,

2935 E de las Asturias bien à San Salvador.

Fasta dentro en Sanctiaguo de todo es señor,

E líos condes gailizanos à él tienen por señor.

Así como descavalga aquel Muño Gustioz,

Omillós’ à los Sanctos è rogó al Criador.

2960 Adelinó pora’l palacio do está la cort.

Con él dos cavalleros quel’ aguardan cuerno à señor.

Así como entraron por medio la cort,

Viólos el Rey è connosció à Muño Gustioz.

Lebantós’ el Rey, tanbien los recibió.

2965 Delant el Rey fincó los ynoios aquel Muño Gustioz. Resabale los pies aquel Muño Gustioz.

Merced, rey Alfonso, de largos reynos à vos dicen señor. Los pies è las manos vos besa el Campeador.

Ele es vuestro vasallo , è vos sodes so señor.

2950 Casastes sus fijas con infantes de Carrion.

Alto fue el casamiento , ca lo quisistes vos.

Hya vos sabedes la ondra que es cuntida à nos :

Cuerno nos ban abiltados infantes de Carrion.

Mal maiaron sus fijas del Cid Campeador;

2955 Maiadas è desnudas à grande desonor;

Desemparadas las dexaron en el robredo de Corpes,

A las bestias fieras è à las aves del mont.

Afelas sus fijas en Valencia do son.

Por esto vos besa las manos como vasallo à señor,

2960 Que gelos lebedes à vistas, ó à juntas, ó à cortes.

Tiene s por desondrado , mas la vuestra es maior :

E que vos pese, Rey, como sodes sabidor.

Que haya Mió Cid derecho de infantes de Carrion !

El Rey una grand ora calló è comidió.

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