‹ Poe˜me du CidChapitre 148 sur 182 · V. 3020. — Cette phrase, au point de vue · texte numérisé non relu

V. 3020. — Cette phrase, au point de vue

De ce que le Roi tenait une cour à Tolède.

Ils craignent que là ne vienne Mon Cid le Campeador.

Us se concertent comme parents qu’ils sont.

3ooo Ils prient le Roi de les dispenser de cette cour.

Le Roi dit : cr Point ne le ferai-je; sinon, Dieu y pourvoie! et Car là viendra Mon Cid le Campeador.

cc Vous lui donnerez satisfaction, vu qu’il a à se plaindre de vous.

« Qui refusera de le faire et de venir à ma cour,

3oo5 cc Qu’il quitte mon royaume, car de lui je serai mécontent, n

Voilà que les infants de Carrion reconnaissent qu’il faut faire ainsi. Ils se concertent comme parents qu’ils sont.

Le comte don Garcia fut en cette affaire :

[Il est] l’ennemi de Mon Cid, de sorte que toujours il lui chercha mal. 3oio Celui-ci conseilla les infants de Carrion.

Le délai approchait, ils veulent aller à la cour.

Des premiers [y] va le bon roi don Alphonse,

Le comte don Henri , et le comte don Raymond (Celui-ci fut le père du bon Empereur),

3oi5 Le comte don Vella, et le comte don Bertrand.

Là allèrent beaucoup d’autres sages de son royaume ,

Tous les meilleurs de toute la Castille.

Le comte don Garcia avec les infants de Carrion ,

Et Asur Gonzalez et Gonzalo Asurez ,

3o2o Et Diègue et Fernand, tous deux y sont:

Et avec eux un grand parti qu’ils ont amené à la cour.

Ils espèrent insulter Mon Cid le Campéador.

De toutes parts on s’est là rassemblé.

Il n’était pas encore arrivé , celui qui en bonne heure naquit.

3oa5 De ce qu’il tarde le Roi a déplaisir.

Au cinquième jour est venu Mon Cid le Campéador.

Il avait envoyé devant Alvar Fañez,

Afin qu’il baisât les mains au Roi son seigneur,

grammatical, n’est pas d’une construction irréprochable. Mais , comme on la comprend , nous la reproduisons telle quelle.

V. 302 2. — Ms. et texte de Sanchez : Ebair. Nous conservons, bien qu’au vers 2819 on lise

embaydos , participe passé du verbe embayr. Dans le Poème sur Boèce, on trouve evaiment au sens de courage, audace, hardiesse; et M. Raynouard remarque , avec raison , que ce mot vient probablement d 'invadei'e.

Bien lo sopiese que y serie esa noch.

3o3o Quando lo oyó el Rey, plógol’ de corazón.

Con grandes yentes el Rey cabalgó ,

E yba recebir al que en buen ora nació.

Bien aguisado viene el Cid con todos los sos : Buenas compañas que así han tal señor.

3o35 Quando lo ovo à oio el buen rey don Alfonso , Firiós* à tierra Mió Cid el Campeador.

Viltar se quiere , è ondrar à so señor.

Quando lo oyó el Rey, por nada non tardó :

Para Sant Esidro, verdad non será hoy.

3o4o Cavalgad, Cid; sinon, non abría dend sabor. Saludarnos hemos d’alma è de corazón.

De lo que à vos pesa à mi duele el corazón.

Dios lo mande que por vos se ondre hoy la cort! Amen! dixo Mió Cid el Campeador.

3o45 Besóle la mano, è despues le saludó.

Grado à Dios, quando vos veo, señor!

Omillom’ à vos è al conde don Remond,

E al conde don Anrrich, è à quantos que y son. Dios salve à nuestros amigos, è à vos mas, señor! 3o5o Mi mugier doña Ximena dueña es de pro.

Besavos las manos, è mis fijas amas à dos.

Desto que nos avino que vos pese, señor! Respondió el Rey : sí fago , sin’ salve Dios !

Pora Tolledo el Rey tornada da.

3o55 Esa noch Mió Cid Taio non quiso pasar.

Merced ya , Rey , sí el Criador vos salve !

Pensad, señor, de entrar à la cibdad,

E yo con los míos posaré à San Servan.

Las mis compañas esta noche legarán.

3o 6o Terné vigilia en aqueste sancto logar.

Cras mañana entraré à la cibdad,

V. 3o3<). — Remarquer, au début de ce vers, la préposition para (par), toute française. — Sanchez , je ne sais pourquoi , met verdad entre deux virgules.

V. 'dohi . — Texte de Sanchez : Saludarlos hemos. II m’a paru qu’il fallait lire saludarnos hemos, comme plus haut (v. 3/121 ). — Sur la signification du mot saludar, voyez au vers 1 627 la note.

[Et] lui fît bien savoir que là il serait ce soir [même].

3o3o Lorsque le Roi apprit cela, il s’en réjouit en son cœur.

Avec une nombreuse troupe le Roi chevaucha ,

Et alla recevoir celui qui en bonne heure naquit.

Le Cid vient bien équipé avec tous les siens :

Bonnes compagnies qui ainsi ont tel seigneur.

3o35 Lorsqu’il fut en vue du bon roi don Alphonse,

Mon Cid le Campéador se jeta à terre.

Il veut s’humilier et honorer son seigneur.

Quand le Roi l’entendit , il ne tarda en rien :

«Par saint Isidore! il n’en sera pas ainsi aujourd’hui.

3o4o «Remontez à cheval, Cid; sans quoi, j’en serais mécontent.

«Nous nous saluerons d’âme et de cœur.

« De ce qui vous pèse mon cœur est affligé.

«Dieu veuille que par vous aujourd’hui la cour soit honorée !»

— «Amen!» dit Mon Cid le Campéador.

3oi5 II lui baisa la main, et ensuite l’embrassa.

« Grâces soient rendues à Dieu , puisque je vous vois , seigneur !

«Je m’humilie devant vous et le comte don Raymond,

«Et le comte don Henri, et tous ceux qui sont ici.

« Dieu sauve nos amis , et vous surtout , seigneur !

3o5o «Ma femme doña Chimène est dame de bi.en.

«Elle vous baise les mains, ainsi que mes deux filles.

«De ce qui nous est advenu qu’il vous pèse, seigneur!»

Le Roi répondit : «Ainsi fais-je; sinon, Dieu y pourvoie!»

Devers Tolède le Roi s’en retourne.

3o55 Cette nuit-là Mon Cid ne voulut point passer le Tage.

«Or çà, merci, Roi, [et] qu’ainsi le Créateur vous sauve!

«Pensez, seigneur, à rentrer dans la cité,

«Et moi, avec les miens, je logerai à San-Servan.

«Mes compagnies arriveront cette nuit.

3o6o «Je tiendrai vigile en ce saint lieu.

«Demain matin j’entrerai en la cité,

V. 3067. — Nous avons dit plus haut (vers 2943 , à la note) que le verbe connoscer avait un double sens : connaître , et reconnaître. Nous remarquerons ici que le poète emploie également

le verbe entrar dans une double acception : entrer, et rentre r.

V. 3o6o. — Terné vigilia. Sanchez se tait sur cette expression. (Voyez au vers 3 1 9 la note.)

E yré à la cort en antes de iantar.

Dixo el Rey : plazme de veluntad.

El rey don Alfonso à Tolledo es entrado.

3o65 Mió Cid Ruy Diaz en San Servan posado.

Mandó facer candelas è poner en el altar.

Sabor ha de velar en esa santidad,

Al Criador rogando è fablando en poridad.

Entre Minaya è los buenos que y ha,

3070 Acordados fueron quando vino la man.

Matines è prima dixieron faz’ al alba.

Suelta fue la misa antes que saliese el sol ,

E su ofrenda han fecha mui buena è complida.

Vos, Minaya Alvar Fañez, el mió brazo meior,

3075 Vos yredes comigo, è el obispo don Hieronymo,

E Pero Remuiez, è aqueste Muño Gustioz,

E Martin Antolinez , el Púrgales de pro ,

E Albar Albarez, è Albar Salvadorez,

E Martin Muñoz, que en buen punto nació,

3o8o E mió sobrino Felez Muñoz.

Comigo irá Malanda , que es bien sabidor,

E Galind Garciez el bueno d’ Aragon.

Con estos cúmplanse ciento de los buenos que y son : Velmezes vestidos por sufrir las guarnizones;

3o85 Desuso las lorigas tan blancas como el sol;

Sobre las lorigas armiños è pelizones;

E que non parescan las armas, bien prisos los cordones.

50 los mantos las espadas dulces è taladores.

Daquesta guisa quiero ir à la cort,

3090 Por demandar mios derechos è decir mi razón.

51 desobra buscaren infantes de Carrion ,

Do tales ciento tobier’ bien seré sin pavor.

Respondieron todos : nos eso queremos, señor.

Así como lo ha dicho , todos adobados son.

V. 3067. — Dans l’espagnol moderne, le mot santidad revient exactement à notre mot sainteté. Mais nous avons pensé que, dans l’intention du poète , il était employé ici pour dési¬

gner un lieu sanctifié, le monastère et l’église.

V. 3073. — Ce vers, qui ne rime à rien, me paraît avoir été ajouté par le copiste, l’abbé Pero. V. 3o86. — Le mot velmez, comme notre vieux

« Et j’irai à la cour avant que de dîner. »

Le Roi dit : «J’y consens volontiers. »

Le roi don Alphonse est rentré à Tolède.

3o65 Mon Cid Ruy Diaz [s’est] logé à San-Servan.

J] fit faire des cierges et [les] poser sur l’autel.

Il a le désir de veiller en ce saint lieu,

Priant le Créateur et [lui] parlant en secret.

Soit Minaya, soit les bons [chevaliers] qu’il y a là ,

3070 Ils furent avertis lorsque vint le matin.

Ils dirent matines et prime jusqu’à l’aube.

\chevée fut la messe avant que le soleil parût,

Et ils ont fait leur offrande très-belle et accomplie.

«Vous, Minaya Alvar F«5ez, mon bras le meilleur,

3075 «Vous viendrez avec moi, ainsi que l’évêque don Hiéronyme,

« Et Pero Rermuez, et ce Muño Gustioz,

« Et Martin Antolinez , le Rurgalais de distinction ,

« Et Alvar Alvarez , et Alvar Salvadorez , rc Et Martin Muñoz, qui en bon point naquit.

3o8o Et mon neveu Felez Muñoz.

tf Avec moi viendra Malanda , qui est prudent et sage , f? Et Galind Garciaz le bon, d’Aragon.

tf Outre ceux-là , que l’on complète le nombre cent des bons qui sont ici : tf Les gamboisons revêtus , pour [ mieux ] supporter l’armure ;

3o85 tf Par-dessus , les cuirasses aussi brillantes que le soleil; tf Sur les cuirasses , les hermines et les fourrures ;

«Et afin que les armes ne paraissent pas, les cordons bien attachés, tr Sous les manteaux, les épées affilées et tranchantes. ffDe cette manière je veux aller à la cour,

3090 «Pour dire mes raisons et demander mon droit.

ff Si les infants de Carrion cherchent [quelque] méchante affaire, ff Là où j’aurai tels cent [chevaliers], bien serai-je sans crainte.»

Ils répondirent tous : «Nous le voulons, seigneur.»

Ainsi qu’il l’a dit, ils sont tous équipés.

mot gamboison , ou gambeson , servait à désigner une veste piquée et rembourrée d’étoupe , qui se portait sous le haubert et sous la cotte de mailles. V. 3090. — Le mot demandar signifie propre¬

ment : faire une demande en justice. (Voyez Covarrubias, à ce mot.) — Ici encore, ce me semble, le poète a interverti l’ordre des idées pour le besoin de l’assonance

3og5 No s detiene por nada ei que en buen ora nació.

Calzas de buen paño en sus camas metió.

Sobre ellas unos zapatos que à grant huebra son.

Vistió camisa de ranzal, tan blanca como el sol :

Con oro è con plata todas las presas son.

3 100 Al punno bien están , ca él se lo mandó.

Sobr’ ella un brial primo de ciclaton.

Obrado es con oro : parecen d’oro son. ,

Sobre esto una piel bermeia , las vandas d’oro son . Siempre la viste Mió Cid el Campeador.

3io5 Una cofia sobre los pelos d’un escarin de pro :

Con oro es obrada , fecha por razón

Que non le contalasen los pelos al buen Cid Campeador.

La barba avie luenga , è prísola con el cordon.

Por tal lo face esto que recabdar quiere todo lo suyo.

3 no Desuso cubrió un manto que es de grant valor :

En él abrien que ver quantos que y son.

Con aquestos ciento que adobar mandó,

Apriesa cabalga, de San Servan salió.

Así iba Mió Cid adobado à Ha cort.

3 1 1 r> A la puerta de fuera descavalga à sabor.

Cuerdamientre entra Mió Cid con todos los sos.

El va en medio , è los ciento aderredor.

Quando lo vieron entrar al que en buen ora nació, Levantóse en pie el buen rey don Alfonso ,

3 120 E el conde don Anrrich, è el conde don Remond,

E desi adelant, sabet, todos los otros.

A grant ondra lo reciben al que en buen ora nació.

No s quiso levantar el Crespo de Grañon ,

V. 3096. — Camas pour cambas, comme amos pour ambos. Dans le Poema de Alexandro, on trouve camba.

V. 3 1 o 1 . — Ici le mot ciclaton signifie l’étoffe dont la cotte était faite; et, comme le Cid revêt ses habits les plus riches, il est probable que cette étoffe, c’était du brocart.

V. 3i02. — Ms. et texte de Sanchez: parecen poro son. La leçon du manuscrit, adoptée par

Sanchez (mot à mot : ils paraissent par où ils sont), ne présente aucun sens qu’il nous soit possible de saisir. Celle que nous proposons nous semble commandée par la logique. Le Cid porte une chemise dont toutes les ganses sont d’or; il porte une cotte ouvrée avec de l’or : en conséquence , ses vêtements, sujet sous-entendu, paraissent être d’or. Et si l’on s’étonnait de ce que nous interprétons la phrase à l’aide d’un sous-entendu, nous prie-

3095 II ne perd pas un moment, celui qui en bonne heure naquit. Il mit à ses jambes des chausses de bon drap.

Par-dessus les chausses, des souliers qui sont de grand travail. Il revêtit une chemise de fine toile, aussi blanche que le soleil : D’or et d’argent sont toutes les ganses.

3 100 Elles serrent bien sur le poignet, car il l’a ainsi voulu. Par-dessus la chemise , une cotte élégante de brocart.

Elle est ouvrée avec de l’or : ses vêtements paraissent d’or. Par-dessus cela , une fourrure écarlate dont la bordure est d’or. Toujours la revêt Mon Cid le Campéador.

3io5 Sur les cheveux, une coiffe de fine toile écarlate :

Avec de l’or elle est ouvrée, [et] faite dans ce but

Que les cheveux au bon Cid Campéador ne fussent point coupés.

Il avait la barbe longue, et il l’attacha avec un cordon.

II fait cela, parce qu’il veut garantir toute sa personne.

3 1 1 o Par-dessus , il se couvrit d’un manteau qui est de grande valeur, Où auraient que voir tous ceux qui là sont.

Avec ces cent [chevaliers] à qui il a ordonné de s’équiper,

H monte vite à cheval [et] sort de San-Servan.

Ainsi équipé allait Mon Cid à la cour.

3n5 A la porte de dehors, il voulut descendre de cheval. Prudemment entre Mon Cid avec tous les siens.

U va au milieu, et les cent [chevaliers] à l’entour.

Lorsqu’on vit entrer celui qui en bonne heure naquit,

Le bon roi don Alphonse se leva debout,

3 120 Et le comte don Henri, et le comte don Raymond,

Et de là en avant, sachez, tous les autres.

Avec grand honneur on reçoit celui qui en bonne heure naquit. U ne voulut point se lever, le Crépu de Grañon ,

rions le lecteur de remarquer qu’il y a, dans cette proposition , deux verbes , parecen et son , au pluriel : dès lors , comment expliquer ce passage, si l’on ne sous-entend pas un sujet collectif, pluriel , représentant les divers sujets particuliers dont il vient d’être question et régissant les deux verbes?

V. 3io5. — Escarin pour escarlatin. Il y a ici une de ces hardies contractions de mot que

nous avons déjà signalées plusieurs fois dans le Poème.

V. 3iog. — Le Cid prend ces précautions parce que, si une mêlée était venue à s’engager et que ses adversaires lui eussent arraché un seul poil de sa barbe, il se serait regardé comme déshonoré.

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