V. 3260. — Mot à mot : t?On leur prête d’autrui , etc
«Qu’ils le payent en équivalent, et que le Campeador le prenne.»
Alors les infants de Carrion virent qu’il fallait faire ainsi.
Vous eussiez vu amener maint cheval coureur,
3 2 55 Mainte forte mule, maint palefroi en bon point,
Mainte bonne épée avec toute la garniture.
Mon Cid accepta cela comme on l’estima dans la cour.
Outre les deux cents marcs qu’avait le roi Alphonse,
Les infants payèrent celui qui en bonne heure naquit.
8260 Ils l’empruntent à autrui, car ce qu’ils ont ne suffit pas.
Ils sortent de cette affaire, sachez, maternent joués.
Ces équivalents , Mon Cid les a pris.
Ses hommes les ont [sous leur garde] et y penseront.
Mais cela terminé, on s’occupa aussitôt d’autre chose.
3265 « Ah ! merci, Roi et seigneur, pour l’amour de la charité!
«Je ne puis oublier mon plus grand sujet de plainte.
« Ecoutez-moi , toute la cour, et qu’il vous pèse de mon mal.
«Quant aux infants de Carrion, qui m’ont si malement déshonoré,
«A moins de défis je ne puis les laisser.
3270 «Dites, infants, en quoi vous ai-je offensés, soit par badinage, soit pour de vrai, «Ou en quelque façon que ce soit? je l’amenderai ici, au jugement de la cour. «Pourquoi m’avez-vous déchiré les enveloppes du cœur?
«A votre départ de Valence je vous donnai mes filles,
«Avec un très-grand honneur et des biens en nombre.
3275 «Puisque d’elles vous ne vouliez plus, chiens de traîtres,
«Pourquoi les avez-vous tirées de Valence leur fief?
« Pourquoi les avez-vous frappées à coups de sangles et d’éperons ,
«[Et] les avez-vous abandonnées, dans le rouvrai de Corpes,
« Aux bêtes féroces et aux oiseaux de la forêt ?
3280 «Pour tout ce que vous leur avez fait, c’est vous qui valez moins.
« Si vous ne me donnez pas satisfaction , que cette cour prononce ! »
V. 3269. — D’après les Partidas, on appelait riebto (ou riepto) l’accusation qu’un gentilhomme portait contre un autre en pleine cour ( por corte) en lui reprochant la trahison qu’il avait faite. (Voy. Part. VIT, tit. 111, 1. 1.)
V. 3270 - 71. — Sanchez met deux points à la fin du vers 3270, et néglige d’indiquer toute espèce de ponctuation au milieu du vers suivant.
V. 32 76. — Après avoir donné le sens du mot nombre, Sanchez écrit : Es voz francesa actual (c’est un mot français actuel). Oui, sans doute, actuel. Mais ce mot n’en est pas moins , en même temps, un des plus anciens, un des premiers nés de notre langue. Il existe dans le français du nord et du midi, et dans le catalan , depuis huit ou neuf siècles.
El conde don García en pie se levantaba :
Merced ya, Rey, el ineior de toda España!
Vezos Mío Cid à Has cortes pregonadas.
3285 Dexóla crecer è luenga trae la barba.
Los unos le han miedo è los otros espanta.
Los de Carrion son de natural tal,
Non gelas debien querer sus fijas por barraganas :
O quien gelas diera por pareias ô por veladas?
3290 Derecho ficieron porque las han dexadas.
Quanto él dice non gelo preciamos nada.
Esora el Campeador prísos’ à la barba :
Grado à Dios que cielo è tierra manda!
Por eso es luenga que à delicio fue criada.
3295 Que habedes vos, conde, por retraer la mi barba?
Ca de quando násco à delicio fue criada :
Ca non me príso à ella fijo de mugier nada ,
Nimbla mesó fijo de Moro nin de Christiano,
Como yo à vos, conde, en el castiello de Cabra.
33oo Quando pris’ à Cabra, è à vos por la barba,
Non y ovo rapaz que non mesó su pulgada.
La que yo mesé aun non es eguada.
Ferran Gonzalez en pie se levantó ;
A altas voces odredes que fabló :
33o5 Dexasedes vos, Cid, de aquesta razón.
De vuestros haberes, de todos pagado sodes.
Non crecies’ baraia entre vos è nos.
De natura somos de condes de Carrion :
Debiemos casar con fijas de reyes ó de emperadores : 33 10 Ca non pertenecien fijas de infanzones.
V. 3284. — Sanchez , au mot vezos , interprète : C’est peut-être vénos pour vínose (il est venu). Selon nous , la forme vezos équivaut à febos , qui se trouve au vers i3A3 , et ce n’est pas autre chose que le vec vos des Provençaux ( vec , de vezer, voir). (Voyez le Lexique roman, t. V, p. 535.)
V. 3287. — Au heu de ces mots de natural, il faut lire, je crois, de natura, comme aux vers 2558
et a563. C’est, probablement, le son de tal qui aura causé l’erreur du copiste. — Puis, pourquoi donc Sanchez met-il deux points à la fin de ce vers? La conjonction que, bien que sous-entendue, le relie intimement au vers qui suit.
V. 3288. — Nous avons essayé de donner, plus haut, le sens précis du mot barragana. (Voyez le vers 2769.)