V. 3998. — Nimbla , pour ni me la
Le comte don Garcia se leva debout :
tr Or çà , merci , Roi , le meilleur de toute l’Espagne !
« Voici devant vous Mon Cid , à ces cortes annoncées par héraut.
3a85 rrll a laissé croître et porte longue sa barbe.
« [Avec cela] il effraye les uns et étonne les autres, tf Ceux de Carrion sont de telle nature ,
«■ Qu’ils ne devaient pas vouloir ses filles pour concubines; rr Et qui les leur aurait données pour égales et pour femmes?
3 a 90 w En les abandonnant, ils ont fait selon leur droit, ff De tout ce qu’il dit nous ne tenons nul compte, n Alors le Campéador se prit la barbe :
r Grâces à Dieu qui gouverne le ciel et la terre !
«Elle est longue, parce quelle a été nourrie à souhait.
3ag5 «■ Qu’avez-vous , comte, pour me reprocher ma barbe?
fr Car depuis quelle est venue , à souhait elle a été nourrie ; rrCar par elle ne m’a [jamais] pris fils de femme née,
«■ Ni ne me l’a [jamais] arrachée fils de More ou de Chrétien ,
« Comme moi à vous, comte, dans le château de Cabra.
33oo ff Lorsque je pris Cabra, et [vous pris], vous, par la barbe,
«■ Il n’y eut pas de jeune drôle qui n’en arrachât un bon pouce, w Celle que, moi, je [vous] arrachai n’est pas encore au niveau. »
Fernand Gonzalez se leva debout;
Ecoutez ce qu’il dit à haute voix :
33o5 tf Laissez là, Cid, ce discours.
ffSur votre argent, sur tout vous êtes satisfait.
ff Qu’il ne s’élève point de querelle entre vous et nous.
ffDe nature nous sommes des comtes de Carrion :
ffNous devions nous marier avec des filles de rois ou d’empereurs;
33 10 ffCar des filles d’infançon n’étaient pas assez pour nous.
V. 33oi. — Au lieu de su pulgada, nous proposons : su puñada. Pulgada veut dire pouce, mesure, la douzième partie du pied. Quand on arrache la barbe avec la main , on n'en arrache pas un pouce, mais une poignée. Puis le pronom possessif su, placé devant ce mot, ne contribuet-il pas à justifier cette correction ? Il n’y a pas à s’inquiéter de ce que dans l’espagnol moderne on dit puñado ( poignée ) ; les plus anciens monuments
de la langue espagnole donnentpurâada. (;Voy. Gonzalo de Berceo , El sacrificio de la misa, cop. 112.)
V. 33o h. — Le texte de Sanchez porte ondredes. Faute d’impression.
V. 33o6. — Ms. et texte de Sanchez : pagados. C’est , probablement, l’« de sodés qui a causé l’étourderie du copiste.
V. 3307. — Crecies’ (creciese). Remarquer ce plus-que-parfait du subjonctif, au lieu du présent.
Porque las dexamos derecho ficiemos nos.
Mas nos preciamos, sabet, que menos no.
Mió Cid Ruy Diaz à Pero Bermuez cata :
Fabla, Pero Mudo, varón que tanto callas.
33 1 5 Hyo las he fijas, è tu primas cormanas.
A mi lo dicen , à ti dan las oreiadas.
Si yo respondier’, tu non entrarás en armas.
Pero Bermuez conpezó de fablar.
Detiene s le la lengua , non puede delibrar ;
3320 Mas quando enpieza, sabed, nol’ da vagar.
Dirévos, Cid, costumbres habedes tales :
Siempre en las cortes Pero Mudo me lamades.
Bien lo sabedes que yo non puedo mas.
Por lo que yo ovier’ à fer, por mi non mancará.
3325 Mientes, Ferrando, de quanto dicho has.
Por el Campeador mucho valiestes mas.
Las tus mañas yo te las sabré contar.
Miembra t quando lidiamos cerca Valencia la grand. Pedist las feridas primeras al Campeador leal.
333o ( Vist’ un Moro, fustel’ ensaiar :
( Antes fugiste que a’l te alegases.
Si yo non uyjas’, el Moro te jugara mal.
Pasé por ti, con el Moro me off de aiuntar.
De los primeros colpes oíle de arrancar.
Did el cavallo. Tobeldo en poridad :
3335 Fasta este dia no lo descubrí à nadi.
Delant Mió Cid, è delante todos, ovistete de alabar Que matáras el Moro è que ficieras barnax.
V. 33 1 1. — Cette expression facei' derecho est un peu vague. Nous précisons, comme plus haut (v. 3290).
V. 33 16. — Sanchez interprète d’une manière fort curieuse cette locution dar las oreiadas à alguno : Hacer que oiga ô entienda alguna razón , diciendola à otro (parler en réalité à une personne, en ayant l’air de s’adresser à une autre). Eh quoi ! il s’agit de venger les filles du Cid, et le principal intéressé ce ne serait point leur père !
et en ayant l’air de s’adresser à lui , on ne parlerait en réalité qu’à son neveu ! Dans notre opinion , le poète veut dire, sous une forme populaire , que l’injure frappe directement le Cid , mais que ses neveux en ont le contre-coup. Au reste , on peut consulter le Dictionnaire de l’Académie espagnole au mot orejon, et l’excellent dictionnaire portugais de Moraes au mot orelhâo. Moraes cite même l’expression dar un orelhâo, et interprète : tirer l’oreille.
« En les abandonnant, nous avons fait selon notre droit.
«Nous nous [en] estimons davantage, sachez, et non pas moins. »
Mon Cid Ruy Diaz regarde Pero Bermuez : rr Parle, Pero le Muet, baron qui te tais si longtemps!
33 1 5 «Moi, je les ai pour filles, et toi pour cousines germaines.
«En le disant à moi, on te donne, à toi, sur les oreilles.
«Si je viens à répondre, tu ne te battras pas.»
Pero Bermuez commença de parler.
Sa langue est embarrassée, il ne peut délibérer;
33ao Mais quand il commence, sachez, il ne lui donne pas de loisir.
«Je vous [le] dirai, Cid, vous avez d’étranges habitudes : «Toujours dans les cortés vous m’appelez Pero le Muet.
«Bien vous le savez, que je ne puis davantage.
«Quant à ce que j’aurai à faire , cela par moi ne manquera pas. 332 5 «Tu mens, Fernand, en tout ce que tu as dit.
«Par le Campéador vous avez beaucoup plus valu.
«Tes façons d’agir, je saurai te les rappeler.
« Souviens-toi quand nous combattîmes près de Valence la grande. « Tu demandas au loyal Campéador les premiers coups.
333o l «Tu aperçus un More, tu allas l’éprouver :
! « Tu pris la fuite avant de l’avoir approché.
«Si je ne t’eusse pas secouru, le More t’aurait malement joué.
«Je me mis en ton lieu, je me pris au corps avec le More.
«Des premiers coups je le jetai à terre.
«Je te donnai son cheval. J’ai gardé cela secret;
3335 «Jusqu’à ce jour je ne l’ai découvert à personne.
« Devant Mon Cid , et devant tous , tu pus te vanter «Que tu avais tué le More et fait un exploit.
V. 33 19. — Sanchez, au mot delibrar, interprète fort bien : razonar, deliberar ( discourir, délibérer).
V. 33a4. — Au mot mancar, Sanchez rappelle le mot italien mancare. Sanchez n’a pas pris garde que les Français du midi et les Catalans ont depuis des siècles le verbe mancar, qui est absolument le même que le verbe espagnol.
V. 3329. — Voyez aux Notes histoi'iques et littéraires, v. 1717.