‹ Poe˜me du CidChapitre 163 sur 182 · V. 3¿ioi. — Remarquer cet infinitif facer, lieu du futur · texte numérisé non relu

V. 3¿ioi. — Remarquer cet infinitif facer, lieu du futur

sens.

« Ceux que tu salues , tu les dégoûtes à la ronde.

«Tu ne dis point la vérité, ni à ami ni à seigneur;

«Faux envers tous et, surtout, envers le Créateur.

34oo « En ton amitié je ne veux pas avoir part.

* Je te ferai avouer que tu es tel que je dis. »

Le roi Alphonse dit : « Que là finisse ce discours.

«Ceux qui ont défié combattront; sinon, Dieu y pourvoie !»

Au moment où ils achevaient ce discours,

34o5 Voici que deux chevaliers entrèrent dans la cour :

L’un s’appelle Oiarra , et l’autre Ienego Ximenez.

L’un est infant de Navarre,

Et l’autre infant d’Aragon.

Ils baisent les mains au roi don Alphonse;

34 10 [Puis] ils demandent ses filles à Mon Cid le Campéador Pour être reines de Navarre et d’Aragon,

Et qu’on les leur donne en mariage honorable et béni.

Sur ce, l’on fit silence et toute la cour écouta.

Mon Cid le Campéador se leva debout :

34i 5 « Merci, roi Alphonse! vous êtes mon seigneur.

«De cela je rends grâces au Créateur,

«Puisqu’on me les demande de Navarre et d’Aragon.

«C’est vous qui les avez auparavant mariées; quant à moi, non. «Voici que mes filles sont en vos mains.

3420 «Sans votre ordre je ne ferai rien.»

Le Roi se leva [et] fit taire la cour :

«Je vous prie, Cid, Excellent Campéador,

«Qu’il vous plaise [ainsi], et moi, j’y consentirai :

«Que ce mariage s’octroie aujourd’hui en cette cour;

3425 «Car par là vous croîtra honneur et terre, et fief.»

Mon Cid se leva, [et] au Roi baisa les mains :

«Puisqu’il vous plaît [ainsi], j’y consens, seigneur.»

Alors le Roi dit: «Dieu vous en donne bonne récompense!

« A vous , Oiarra , et à vous , Ienego Ximenez ,

V. 34oa. — Sanchez a fort bien interprété le sens du verbe callará cet endroit : cesar, acabarse.

V. 3407-8. — Le poète veut dire que l’un représente l’infant de Navarre, et l’autre l’infant

d’Aragon. (Voyez, plus loin, les vers 3429 et suivants. Voyez aussi la Chronica del Cid, cap. cclx, et la Crónica general, fol. 1 54, au verso.) — Du reste, ces deux vers n’en font qu’un.

343o Este casamiento otorgovoslo yo,

De fijas de Mió Cid doñ’ Elvira è doña Sol,

Pora los infantes de Navarra è de Aragon :

Que vos las den à ondra è à bendición.

Levantós’ en pie Oiarra, è Yenego Ximenez.

3435 Besaron las manos del rey don Alfonso,

E después de Mió Cid el Campeador.

Metieron las fees, è los omenaies dados son,

Que cuerno es dicho así sea ô meior.

A muchos place de tod’ esta cort;

344 o Mas non place à los infantes de Carrion.

Minaya Alvar Fañez en pie se levantó :

Merced vos pido como à rey è à señor,

E que non pes’ desto^al Cid Campeador.

Bien vos di vagar en toda esta cort :

3445 Decir querrie ya quanto de lo mió.

Dixo el Rey : plazme de corazón.

Decid, Minaya, lo que ovieredes sabor.

Hyo vos ruego que me oyades , toda la cort :

Ca grand rencura he de infantes de Carrion.

345o Hyo les di mis primas por mandado del rey Alfonso. Ellos las prisieron à ondra è à bendición.

Grandes haberes les dió Mió Cid el Campeador.

Ellos las han dexadas à pesar de nos.

Riebtoles los cuerpos por malos è por traydores.

3455 De natura sodes de los de Vani Gómez,

Onde saben condes de prez è de valor ;

Mas bien sabemos las mañas que ellos han.

Esto gradesco yo al Criador,

Quando piden mis primas doñ’ Elvira è doña Sol 346o Los infantes de Navarra è de Aragon.

Antes las habiedes pareias, pora en brazos las tener :

V. 343o. — Texte de Sanchez : otorgovosfe . Faute d’impression.

V. 3434. — Remarquer ie verbe levantó, au singulier, avec un double sujet. Cette forme se trouve également dans l’ancien français.

V. 3437. — D’après les Partidas , ie mot omínate signifie l’acte par lequel on se fait , on se reconnaît l’homme d’autrui. (Part. V, tit. xxv, 1. iv.) De là viendrait l’expression dar omenaie, parce que celui qui se reconnaissait l’homme

343o «Ce mariage, je vous l’octroie,

ff Des filles de Mon Cid , doña Elvire et doña Sol ,

ffPour les infants de Navarre et d’Aragon :

ff Qu’on vous les donne en mariage honorable et béni.»

Oiarra se leva debout, ainsi que Ienego Ximenez.

3435 Ils baisèrent les mains du roi don Alphonse,

Et, ensuite, de Mon Cid le Campeador.

Ils engagent leur foi et prêtent serment •

Que, comme il a été dit, ainsi sera ou mieux [encore].

Cela plaît à beaucoup de toute cette cour;

34 4 o Mais cela ne plaît pas aux infants de Carrion.

Minaya Alvar Fañez se leva debout :

ff Merci je vous demande, comme à roi et à seigneur, ff Et que cela n’afflige point le Cid Campéador. ffBien vous ai-je donné du loisir en toute cette cour;

3445 ffJe voudrais maintenant dire tout ce que j’ai sur le cœur.»

Le Roi dit : ff J’y consens volontiers, ff Dites, Minaya, ce qui vous fera plaisir.»

— ff Je vous prie, toute la cour, que vous m’écoutiez;

ff Car j’ai un grand ressentiment contre les infants de Carrion.

345o ffPar ordre du roi Alphonse, je leur donnai mes cousines, ff Ils les reçurent en mariage honorable et béni. ffMon Cid le Campéador leur donna de grands biens, ff Ils les ont laissées, à notre chagrin, tf Je défie leurs corps pour méchants et pour traîtres.

3455 ffDe nature vous êtes de ceux de Vani Gómez, tfD’où sortirent des comtes de prix et de valeur; ff Mais nous savons bien les coutumes qu’ils ont. ffDe cela je rends grâces au Créateur,

ff Puisqu’ils demandent mes cousines doña Elvire et doña Sol,

346o ffLes infants de Navarre et d’Aragon.

ff Auparavant , vous les aviez [comme] égales, pour les tenir en vos bras :

d’autrui prêtait serment de fidélité au suzerain.

V. 3457. — Han. Assonance singulière dans un couplet en 0 aigu.

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