‹ Poe˜me du CidChapitre 17 sur 182 · I.XXX · texte numérisé non relu

I.XXX

APPENDICE

l’Espagne et la France, et il devient par là, dans la littérature espagnole, le plus ancien représentant des préjugés anti-français qui ont causé tant de maux aux deux pays 1. Pourquoi donc nous sommes-nous décidé à publier une œuvre de ce genre? Parce que, malgré le peu de cas que nous en faisons, elle a cependant un double «intérêt : elle contient les premiers éléments de l’histoire apocryphe du Cid, et elle est, après le Poëme, le plus ancien monument de la langue espagnole.

1 Nous avons cherché à nous expliquer ce qui avait pu animer ainsi l’auteur de la Crónica rimada contre les Français. A l’époque où il écrivait, non-seulement la France n’avait eu aucun démêlé avec l’Espagne, mais elle n’avait cessé de la seconder généreusement dans l’œuvre de sa délivrance, et, de plus, des princes de race française occupaient avec honneur les divers trônes de la Péninsule. (Voyez l'Introduction , S VIII.) D’où vient donc cette haine aussi absurde qu’injuste, qui exalte notre auteur, et lui fait accepter ou

inventer tant de folies? Voici à cet égard nos conjectures. Le brave homme avait lu probablement quelque roman français (la Chanson de Roland, peut-être!), composé sur l’expédition de Charlemagne de ce côté-ci des Pyrénées. Il n’aura pas compris que cette expédition avait été faite contre les Arabes, dans un intérêt chrétien, dans un intérêt espagnol. Il n’aura vu là que l’invasion de son pays, et, poussé par un patriotisme inintelligent, il aura écrit son œuvre en guise de représailles.

Asosegada estava la tierra, que non avie guerra de ningún cabo. 280 El conde don Gomes de Gormas à Diego Laynes fiso daño : Fferióle los pastores, è robóle el ganado.

A Bivar llegó Diego Laynes , al apellydo fue llegado.

El enbiólos rrecebir à sus hermanos, è cavalga muy privado. Ffueron correr à Gormas, quand o el sol era rayado. a85 Quemáronle el arraval, è quemáronle el andamio.

E traen los vasallos è quanto tiene en las manos.

E traen los ganados quantos andan por el campo.

E traenle por dessonrra las lavanderas que al agua están lavando. Tras ellos salió el conde con cient cavalleros fijosdalgo,

290 Rebtando à grandes boses à fijo de Layn Calvo :

Dexat mis lavanderas, fijo del alcalde cibdadano.

Le pays était tranquille , vu que d’aucun côté il n’y avait guerre.

280 Le comte don Gómez de Gormaz fit tort à Diègue Laynez :

Il lui frappa ses bergers, et lui ravit son troupeau.

Diègue Laynez arriva à Bivar, il arriva à l’appel.

Il envoya recevoir ses frères, et chevaucha très-promptement.

Aux premiers rayons du soleil, ils firent une incursion à Gormaz. a85 Es lui brûlèrent le faubourg et lui brûlèrent le chemin de ronde.

Et ils emmènent ses vassaux et tout ce qu’il a en son pouvoir.

Et ils emmènent tous les troupeaux qui allaient dans la campagne.

Et ils lui emmènent, par déshonneur, les lavandières qui lavent à la rivière. A leur poursuite sortit le comte avec cent chevaliers gentilshommes ,

290 Défiant à grands cris le fils de Layn Calvo :

«Laissez mes lavandières, fils de l’alcalde citadin;

V. 279. — Dans les vers qui précèdent, l’auteur célèbre les anciens héros populaires de l’Espagne. Nous ne donnons de la Crónica que ce qui a trait au Cid.

V. a85. — Ms. : e comemaronle , etc. Erreur du copiste.— Le mot andamio signifie proprement le

chemin pratiqué sur le haut d’une fortification.

V. 286.— Au lieu de tiene, M. Dozy propose de lire tienen ( Recherches , 1. 1, p. 684 ). Nous n’avons pas adopté cette correction : il s’agit ici du comte don Gómez, et l’auteur dit avec raison tiene, comme il a dit plus haut quemaronk.

Page 1