LXXXV
Temóme de aquestas cartas, que anden con falsedat.
E desto los rreys muy malas costumbres han.
375 Al rey que vos servides, servillo muy sin arte.
Assy vos aguardat dél como de enemigo mortal.
Ffijo, passatvos para Faro do vuestro tyo Ruy Laynes está; E *yo iré à la corte do el buen rey está.
E sy à por aventura el rey me matare,
38o Vos è vuestros tios poderme hedes vengar.
Ally dixo Rodrigo : E esso non seria la verdat.
Por lo que vos passaredes, por esso quiero yo passar. Magüer sodes mi padre, quierovos yo aconsejar.
Trecientos cavalleros todos convusco los levât;
385 A la entrada de Çamora, señor, à mi los dat.
Essa ora dixo don Diqgo : Pues pensemos de andar. Metense à los caminos, para Çamora van.
A la entrada de Çamora, allá do Duero cay,
«Je redoute ces lettres, quelles ne recèlent quelque irahison. rrLes rois ont en ceci de fort mauvaises coutumes.
375 «Le roi que vous servez, il le faut servir sans nul artifice. ffMais gardez-vous de lui comme d’un ennemi mortel, ff Fils , passez devers Faro, où se tient votre oncle Ruy Laynez; ffEt moi j’irai à la cour, où se tient le bon roi. frEt si par aventure le roi vient à me tuer,
38o frVous et vos oncles me pourrez venger.»
Alors Rodrigue dit : «Et il n’en sera point ainsi!
tr Partout où vous irez, je veux, moi, aller aussi.
ffBien que vous soyez mon père, je veux vous donner un conseil.
ff Trois cents chevaliers, emmenez-les tous avec vous;
385 ff [Et] à l’entrée de Zamora, seigneur, donnez-les-moi. »
Alors don Diègue dit : rrEh bien! pensons à marcher.»
Ils se mettent en route, ils vont devers Zamora.
A l’entrée de Zamora , là où tombe le Duero ,
V. 374. — Deux observations sur ce vers. — 1 0 Au lieu de è desto , il faut , je crois , lire en esto.— a0 Après le mot rreys, M. Wolf ajoute sic, observation qui porte probablement sur l’absence de l’e final euphonique ( rreyes ). C’est le mot écrit à la manière provençale.
Y. 375. — Encore deux observations. — 1° ServiUo au lieu de servirlo , et l’infinitif au lieu de l’impératif ; double licence qui se retrouve plu¬
sieurs fois dans le Poème du Cid. — 20 Arte pour art. *
V. 376. — Ce mot assy (ainsi, par conséquent) va contre l’intention de l’auteur et la liaison des idées.
V. 379. — Immédiatement après ces mots è sy à, et devant por aventura , M. Wolf écrit entre parenthèses : sic. L’ancien espagnol multipliait les prépositions.
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Armanse los tresientos, è Rodrigo otro tale.
3ç)o Desque los vio Rodrigo armados , comencé de fablar :
Oytme, dixo, amigos, parientes è vassallos de mi padre;
Aguardat vuestro señor sin engaño è sin arte.
* Sy vieredes que el alguasil lo quisiere prender, mucho apriessa lo mata!. Tan negro dia aya el rey commo los otros que ay están.
3q5 Non vos pueden desir traydores por vos al rey matar;
Que non somos sus vassallos, nin Dios non lo mande.
Que mas traydor serya el rey, si à mi padre matasse,
Por yo matar mi enemigo en buena lid en campo ,
Yrado contra la corte ado está el buen rey don Fernando.
Aoo Todos disen : Es él que mató al conde losano.
Quando Rodrigo bolvió los ojos, todos yvan derramando.
Avien muy grant pavor dél è muy grande espanto. 9
Allegó don Diego Laynes al rey bessarle la mano.
Quando esto vio Rodrigo, non le quisso bessar la mano.
¿io 5 Rodrigo fincó los ynojos por le bessar la mano.
Les trois cents s’arment, et Rodrigue pareillement.
H90 Dès que Rodrigue les vit armés, il commença de parler .' rrEcoutez-moi, dit-il, amis, parents et vassaux de mon père: ff Gardez votre seigneur sans tromperie et sans artifice. rSi vous voyez que l’alguazil le veuille arrêter, tuez-le tout aussitôt . trQue le roi ait un jour aussi triste que l’auront les autres qui sont là.
3q5 ^ On ne pourra vous dire traîtres pour avoir tué le roi;
ffGar nous ne sommes point ses vassaux, et que Dieu ne l’ordonne [jamais J! rfCar plutôt traître serait le roi s’il venait à tuer mon père, ff Que moi, pour avoir tué mon ennemi en combat loyal dans le champ, ff Irrité contre la cour où se tient le bon roi don Fernand.»
¿100 Tous disent : ff C’est lui qui a tué le comte orgueilleux.»
Quand Rodrigue tourna les yeux , tous allaient se dispersant.
Ils avaient de lui une très-grande peur et un très-grand effroi.
Don Diègue Laynez s’avança pour baiser la main au roi.
Lorsque Rodrigue vit cela, il ne voulut pas lui baiser la main.
¿10 5 Rodrigue s’agenouilla pour lui baiser la main.
V. 398. — Por yo matar, ele. Cela n’a pas de sens. Nous essayons d’en mettre un.
V. 399. — Ms. et texte de M. Michel : e do está. Cela ne présente aucun sens admissible. Il faut nécessairement lire ado (là où), comme au vers 558.
V. ôoo. — Ms. : Todos disen a él que el que, etc. Il y a là, sans nul doute, une distraction du copiste. M. Dozy l’avait également remarquée et corrigée ( Recherches , 1. 1, p. 635).
V. ôo5.— Entre ce vers et le précédent , le copiste a dû omettre quelque chose, comme les
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