Alors le roi dit : «Sois le bien fortuné
«Je rends maintes grâces à Dieu, en voyant que tu es ici arrivé.
«Je te dis mon affliction, par où je suis affligé :
«Le roi d’Aragon m’a envoyé défier, et jamais je ne l’avais provoqué.
V. 5 1 2 . — Sinon , c’est-à-dire , si vous ne faites pas droit à sa réclamation.
V. 5 1 5-i 6. — Au lieu de l’imparfait devia, l’auteur aurait dû employer le conditionnel devna.
APPENDICE
Enbióme desir quel’ diesse à Calahorra amidos ô de grado,
53o O quel’ diesse un justador de todo el mi reynado.
Querellóme en mi corte à todos los íijosdalgo :
• Non me respondió ombre nado.
Respóndele tu Rodrigo, mi pariente è mi vassallo.
Fijo eres de Diego Laynes , è nieto de Layn Calvo.
535 Essas horas dixo Rodrigo : Señor, pláceme de grado.
A tal plaso nos dedes que pueda ser tornado ;
Que quiero yr en romerya al padrón de Santiago,
E à Santa Maria de Rocamador, sy Dios quissiere guissarlo.
Essas horas dixo el reÿ : En treynta dias avras afarto.
56 o El conde con grand bí en pie fue levantado,
E dixo : Rey, en treynta dias mucho es grand plaso ;
Que mas me queria ver con Rodrigoque quien me diesse un condado. Estonce dixo Rodrigo : Conde , porque vos quexades tanto ?
Que à quien diablos han de tomar chica es posiesta de mayo.
565 Essas horas dixo el rey : Ve tu via bien aventurado.
A los caminos entró Rodrigo, pessól’ è à mal grado.
ff II m’a envoyé dire que je lui donnasse Calahorra de gré ou de force ,
53o ffOu que je lui donnasse un jouteur de tout mon royaume, ff Je me suis plaint dans ma cour à tous les gentilshommes : ffNul hotnme né ne m’a répondu.
rrRéponds-lui, toi Rodrigue, mon parent et mon vassal. ffTu es fils de Diègue Laynez et petit-fils de Layn Calvo, »
535 Alors Rodrigue dit : tr Seigneur, il me plaît volontiers, ff Donnez-nous un tel délai que je puisse être de retour; ffCar je veux aller en pèlerinage au patron de Saint-Jacques ff Et à Sainte-Marie de Rocamador, si DieH veut bien le permettre."
Alors le roi dit : et En trente jours tu auras suffisamment."
56 o Le comte avec grande colère se leva debout,
Et dit : frRoi, c’est un bien grand délai que trente jours ;
ffCar j’aimerais mieux me voir [aux mains] avec Rodrigue que si l’on me donnait un comté. "
Sur ce, Rodrigue dit : ff Comte, pourquoi vous plaignez-vous tant?
ffA celui que les diables doivent prendre , qu’importe un délai plus ou moins long? »
565 Alors le roi dit : rrVa ton chemin avec tout bonheur.»
Rodrigue se mit en route à son grand regret et chagrin. ,
V. 529. — Sur cet adverbe amidos, voyez le Poème du Cid, v. 86, à la note.
V. 562. — Ms. sic. Au lieu de l’imparfait, il faut nécessairement le conditionnel.