XCV1I
E passó por Astorga, è llegó à Monte-Yrago.
Complió su romerya por Sant Salvador.
55o Fue tornado à la condessa doña Theresa Nuñes, è apriessa ovo preguntado :
Señora, quantos dias ha passados que yo fue en romerya à Santiago?
E dixo la condessa : Oy passan veynte è seis dias, eras serán los veynte è siete dias llegados. Quando esto oyó Rodrigo , fue mal amansellado ,
E dixo : Cavalgat, mis cavalleros, è non querades tardarlo.
555 Vayamos nos servir al buen rey don Fernando ;
Que tres dias ha, non mas, para complirse el plaso.
A los caminos entró Rodrigo con trecientos íijosdalgo.
Al vado de Cascajar, ado Duero fue apartado, *
Fuerte dia fasia de frió à la posiesta.
56o En llegando à la horilla del vado, estava un peccador de malato,
Et il passa par Astorga , et arriva à Monte-Yrago. *
Il acheva son pèlerinage par San-Salvador.
55o 11 retourna vers la comtesse doña Theresa Nuñez, et lui demanda aussitôt :
ft Madame, combien y a-t-il de jours que je suis allé en pèlerinage à Saint-Jacques? »
• Et la comtesse dit : « Aujourd’hui il y en a vingt-six, [et] demain arrivera le vingt-septième, » Lorsque Rodrigue entendit cela , il fut fort affligé ,
Et dit : tf Chevauchez, mes chevaliers, et n’y mettez point de retard.
555 ff Allons-nous-en servir le bon roi don Fernand;
«Car il n’y a [plus] que trois jours, pas plus, pour que le délai soit accompli.»
Rodrigue se mit en chemin avec trois cents gentilshommes.
Au gué de Cascajar, là où se divise le Duero,
Il faisait un rude jour de froid .........
56o En arrivant au bord du gué, il y trouva un pécheur de lépreux,
M. Dozy pense que cette ligne n’est pas à sa place (Recherches , 1. 1, p. 6a5). En effet, ni le sens ni l’assonance ne l’appellent.
V. 5A8. — Ms.: Monteyraglo . M. Dozy a fort bien démontré qu’il faut lire Monte-Yrago ,
V. 5/19. — Ms.: Sant Salvador de Oviedo. M. Dozy, par d’excellentes raisons, a proposé de supprimer de Oviedo ( Recherches , 1. 1, p. 625 et s.). Du reste, nous ne pensons pas, avec le savant philologue, que, ces deux mots supprimés, l’assonance reparaît. L’assonance du couplet est a 0; et en terminant le vers, ou la ligne, par Sant Salvador, on a une assonance en 0 aigu.
V. 55 1 . — Après ces mots ha passados , M. Michel écrit entre parenthèses : sic. Oui, certainement. L’ancienne grammaire espagnole voulait ou, tout au moins, admettait ce que nous appelons l’accord du participe.
V. 55g. — M. Michel a écrit par erreur: a lo posiesta. Le manuscrit donne l’article féminin la . comme plus haut, v. 5 hh. M. Wolf propose de lire également, comme plus haut, posiesta de mayo. Fort bien, pour l’assonance; mais le sens?
V. 5 60.— Remarquer la particule de entr e peccador et malato. L’auteur du Poème du Cid dit de même : El bueno de Minaya (le brave de Minaya ) ,
XOVIII
APPENDICE
A todos pediendo piedat, que le passasen el vado.
Los cavalleros tôdos escopian, è yvanse dél arredrando.
Rodrigo ovo dél duelo, è tomólo por la mano.
So una capa verde aguadera passólo por el vado,
En un mullo andador que su padre le avia dado.
E fuésse para Grejalva do es Cerrato llamado,
So unas piedras cavadas que era el poblado.
So la capa verde aguadera alvergó el Castellano è el malato,
E en siendo dormiendo, à la oreja le fabló el gapho :
Dormides, Rodrigo de Rivar? tiempo has de ser acordado.
Mensagero so de Christus, que non soy malato.
Sant Lasaro so. A ti Ihe ovo Dios enbiado,
Que te dé un resolló en las espaldas , que en calentura seas tornado ;
Que quando esta calentura ovieres, que te sea menbrado Quantas cossas comensares, arrematarlas con tu mano.
Diól’ un rresollo en las espaldas que à los pechos le ha passado.
Rodrigo despertó, è fue’ mal espantado.
Cató en derredor de ssy, è non pudo fallar el gapho.
Demandant à tous pitié pour qu’on lui fît passer le gué.
Tous les chevaliers témoignaient leur dégoût, et allaient de lui s’écartant.
Rodrigue eut pitié de lui, et le prit par la main.
Sous une cape verte à l’épreuve de l’eau il lui fît traverser le gué,
Sur un mulet bon marcheur que son père lui avait donné.
Et il alla vers Grejalva . où est l’endroit nommé Cerrato ,
Qui était un village sous des pierres creuses.
Sous la cape verte à l’épreuve de l’eau lé Castillan s’abrita avec le lépreux,
Et lorsqu’il fut endormi, le lépreux lui parla à l’oreille : rr Dors-tu, Rodrigue de Bivar? il est temps que tu sois averti, rr Je suis im messager du Christ, et non pas un lépreux, ff Je suis saint Lazare. Dieu m’a vers toi envoyé, p Pour que je te souffle sur les épaules, afin que tu entres en fièvre,
«[Et] qué, quand tu auras cette fièvre, il te soit rappelé
« Que toutes les choses que tu auras entreprises , tu en viendras à bout de ta main. « Il lui envoya sur les épaules im souffle qui le traversa jusqu’à la poitrine.
Rodrigue s’éveilla , et fut malement effrayé.
11 regarda autour de lui, et ne put trouver le lépreux.
V. 56a. — Le verbe escopir, ou escupir, signifie lancer de la salive.
V. 56 à. — Capa aguadera. Nous interprétons de notre mieux. L’auteur veut parler sans doute
d’une cape de voyage, faite pour préserver contre la pluie, au moyen de quelque préparation.
V. 565. — Le manuscrit porte mullo (par deux l). Nous conservons.
APPENDICE