CX III
Que vos non llamen tributarios en ninguna sason;
Ca vos orarian mal sieglo quantos por nacer son.
A ninguna destas querellas ninguno non le respondió.
820 El rey con la malenconia por el corason queria quebrar.
Demandó por Rodrigo el que nació en Bivar.
Recudióle Rodrigo, la mano le bessô : Que vos piase, señor el buen rey don Fernando'?
Sy conde 0 rico ombre vos salió de mandado,
Muerto, o presso metervoslo he en vuestra mano.
825 Essas horas dixo el rey : Seas bien aventurado!
Mas sey alferse de mi seña, siempre te lo avré en grado;
E si me Dios torna à España, siempre te faró algo.
Ally dixo Rodrigo : Señor, non me serya dado ,
Do está tanto ombre rico, è tantos condes, è tanto poderoso fijo de algo.
83o A quien pertenece seña de señor tan honrrado;
E yo so escudero, è non cavallero armado.
Mas besso vuestras manos, è pidovos un don :
Que los primeros golpes yo con mis manos los tome.
E abrirvos he los caminos por do entredes vos.
pfQu’à aucune époque on ne vous appelle tributaires ;
«Car les siècles qui sont à venir vous le reprocheraient. »
A aucune de ces plaintes nul ne lui répondit.
820 Le roi sentait que son cœur allait se briser de douleur.
Il demanda après Rodrigue, celui qui naquit à Bivar.
Rodrigue se rendit à l’appel [et] lui baisa la main : «Que vous plaît-il, seigneur, le bon roi don Fernand rrSi [quelque] comte ou riche-homme vous a désobéi, ffMort ou prisonnier, je le mettrai en votre pouvoir.»
825 Alors le roi dit : «Sois le bien fortuné!
«•Mais veuille être mon porte-drapeau, je t’en saurai toujours gré;
«Et si Dieu me ramène en Espagne, je te ferai toujours du bien.»
Sur ce, Rodrigue dit : rr Seigneur, cela ne serait pas à moi convenable
«Là où il y a tant de riches-hommes, et tant de comtes , et tant de puissants gentilshommes.
83 0 «A qui revient la bannière d’un seigneur si honoré;
«Tandis que moi je suis [simple] écuyer, et non un chevalier armé.
«Mais je vous baise les mains, et je vous demande une grâce :
«C’est de porter de ma main les premiers coups.
«Et je vous ouvrirai les chemins par où vous entrerez.»
V. 818. — Il nous est impossible de traduire littéralement ; mais nous croyons avoir rendu la pensée de l’auteur.