V. 826. — Alf&'se pour alferes. Il y a là une de
ces transpositions de lettres qui se présentent fréquemment dans le Poème du Cid.
V. 833. — kuiieu de los primeros golpes, l’auteur du Poème du Cidd\t: las feridas primeras (v. 1717).
APPENDICE
835 Essas horas dixo el rey : Otorgotelo yo.
Essas horas Rodrigo à tan apriessa fue armado,
Con tresientos cavalleros quel’ bessavan la mano.
Contra el conde de Saboya salyó tan yrado Rodrigo.
Nunca viera seña nin pendón devissado.
84 o Ronpiendo va un manto que era de sirgo.
La seña le tiró privado.
Apriessa erió de punta à la meter la espada que traya al cuelo; ' *
Tiróla tan privado :
Quinse ramos fase la seña. Verguença avia de la dar à los cavalleros.
845 E bolvió los ojos en alto : vió estar un su sobrino,
# Fijo de su hermano quel’ disen Pero Mudo.
A él fue llegado : Ven acá, mi sobrino; fijo eres de mi hermano ,
El que fiso mi hermano en una labradora, quando andava casando.
Varón, toma esta seña, fas lo que yo te mando.
85o Dixo Pero Rermudo : Que me piase de grado.
835 Alors le roi dit : «Je te l’octroie.»
Alors Rodrigue fut armé à grande hâte,
Ainsi que trois cents chevaliers qui lui baisaient la main.
Contre le comte de Savoie Rodrigue sortit très-irrité.
Jamais il n’avait vu drapeau ni pennon à devise.
84o II déchira un manteau qui était de serge.
Il en tira promptement un drapeau.
Il frappa vite de la pointe , en y mettant l’épée qu’il portait au cou ;
Il la retira très-promptement :
La bannière fut partagée en quinze rameaux. Il avait honte de la donner aux chevaliers. 845 Et il leva les yeux : il vit [là] se tenant un sien neveu,
Fils de son frère, que l’on nommait Pero le Muet.
Vers lui il s’avança : «Viens çà, mon neveu; tu es fils de mon frère,
«Celui que mon frère eut d’une villageoise, alors qu’il allait chassant.
«Baron, prends ce drapeau, fais ce que je t’ordonne, n 85o Pero Bermudo dit : «Il me plaît volontiers.
V. 838. — A la fin de ce vers, comme l’a fort bien remarqué M. Wolf, il faut, pour l’assonance , lire : Rodrigo tan yrado.
V. 839. — Malgré les vers qui suivent, nous croyons avoir rendu le mot devissado selon l’intention de l’auteur. Sans nul doute, il n’a pu vouloir dire que Rodrigue n’avait jamais vu de drapeau. Il donne seulement à entendre que, du temps du Cid, les drapeaux à devises, ou à ar¬
moiries, étaient encore inconnus en Espagne.
V. 84o. — M. Dozy est d’avis que ce vers, ou pour mieux dire , cette ligne et les cinq suivantes sont de la pros e (Recherches , 1. 1, p. 664 ). Nous partageons entièrement son opinion .
V. 84i. — Ms. : peña. M. Dozy dit avec raison qu’il faut lire seña (Ibid.).
V. 842. — Ms. : ertó de punta. M. Dozy a proposé avec toute raison de lire erió (ou hirió).
APPENDICE
Conosco que so vuestro sobrino, fijo de vuestro hermano. Mas de que saliestes de España, non vos ovo menbrado.
A cena nin à yantar non me oviestes conbidado.
De fanbre è de frió so muy coytado.
855 Non he por cobertura del caballo.
Por las crietas de los pies córreme sangre clara.
Ally dixo Rodrigo : Calle , traydor, privado.
Todo ombre de buéh logar que quiere sobir à buen estado , Conviene que de lo suyo sea abidado,
86o Que atienda mal, è bien sepa el mundo passarlo.
Pero Mudo tan apriessa fue armado,
Recebió la seña, à Rodrigo bessó la mano,
E dixo : Señor, à fruenta de Dios lo fago.
Vey la seña sin engaño,
865 Que en tal logar vos la pondré antes del sol cerrado ,
tr Je reconnais que je suis votre neveu, fils de votre frère.
ffMais depuis que vous sortîtes d’Espagne, vous ne vous êtes plus [de moi] souvenu, ff A souper ni à dîner vous ne m’avez point invité. ffDe faim et de froid je suis en grande souffrance.
855 ff Je n’ai rien pour couvrir mon cheval.
ir Des crevasses de mes pieds me coule le sang clair. »
Alors Rodrigue dit : rrTais-toi à l’instant même, traître! ffTout homme de bon lieu qui vèut s’élever à haute situation, rr 11 convient qu’il soit de cœur hardi,
86o ff Qu’il sache supporter le mal, et traverser la vie avec courage, »
Pero le Muet s’arma très-promptement,
Reçut le drapeau , à Rodrigue baisa la main ,
Et dit : ff Seigneur, en face de Dieu je le fais, ff Regardez [-moi porter] le drapeau sans feinte,
865 ffDe sorte qu’en tel lieu je vous le mettrai avant le soleil couché,
V. 858. — Ces mots todo ombre de buen logar, etc. , M. Dozy les interprète : Tout bourgeois, etc.; invoquant, à l’appui de son opinion, les vers 873 et 874 ( Recherches , t. I, p. 664). Nous croyons plutôt que l’auteur veut par là désigner un gentilhomme pauvre, un homme de noble race, mais qui ne possède ni biens propres, ni fief d’honneur; et les vers 873-874 nous semblent justifier notre interprétation.
V. 859. — Au lieu de abidado, qu’il considère comme une erreur du copiste , M. Dozy propose
de lire ahondado , et il traduit ce vers : ff Doit s’ enrichir par ses propres efforts.» (Recherches , t. I, p. 665.) La correction et l’interprétation de M. Dozy iraient, selon nous, contre la pensée du poète. Le mot abidado ( ou acidado ) , participe passé de acidar, est bien le mot qu’il faut ici ; et les Provençaux avaient, de même, le verbe acidar, acivar (vivifier, animer).
V. 863. — Ms. : te fago. Cela ne présente aucun sens; nous corrigeons.