CXX1V
APPENDICE
Dan cevada de dia, los sus vassaîlos son armados. ioi 5 Toda la noche fasta el sol rrayado,
Assomaron los poderes del buen rey don Fernando.
A recebirlos sale Ruy Dias, è tomó al rey por la mano. Adelante, dixo, señor, el buen rey don Fernando,
El mas onrrado señor que en España fue nado!
1020 Ya querrían aver en gracia los que vos llaman tributario.
Agora sanaré del dolor que andava coytado.
Tan seguro andat por aqui comino sy aviessedes entrado.
Yo lidiaré con estos, estad quedado.
Ally dixo el rey : Ruy Dias el Castellano , i oá5 Commo tu ordenares mis reynos, en tanto seré folgado.
Ally fincó Ruy Dias la tienda del buen rey don Fernando;
Con las suyas cuerdas mezcladas. Aderredor los Castellanos,
A buelta con Estremadanos. La costanera Aragonesses, Navarros, Con Leonesses, con Asturyanos.
io3o Por mantener la çaga Portogalesses con Galisianos.
Quando esto vió el papa romano,
On donne l’orge de jour, ses vassaux sont armés. ioi5 Toute la nuit, jusqu’aux premiers rayons du soleil,
Arrivèrent les forces du bon roi don Fernand.
Ruy Diaz alla à leur rencontre, et prit le roi par la main. ffEn avant, dit-il, sejgneur, le bon roi don Fernand, ffLe plus honorable seigneur qui soit né en Espagne! io2o ff Déjà voudraient rentrer en grâce ceux qui vous appelaient tribútame.
« A cette heure je guérirai du mal qui me faisait souffrir.
rr Allez par ici avec autant de sécurité que si vous étiez dans Paris.
rr C’est moi qui combattrai avec ceux-là, demeurez tranquille.»
Alors le roi dit : rrRuy Diaz le Castillan,
1025 ffUne fois que tu ordonnes mes royaumes, je suis en repos.»
Alors Ruy Diaz planta la tente du bon roi don Fernand,
Dont il entremêla les cordes avec les siennes. A l’entour les Castillans , Avec les Estramaduriens. Sur les flancs les Aragonais, les Navarrais,
Avec les Léonais , avec les Asturiens.
io3o Pour maintenir l’arrière-garde, les Portugais avec les Galiciens.
Lorsque le pape romain vitcela ,
V. loi 5. — Ms. : Todos la tierra, etc. Gela ne présente absolument aucun sens.
V. 1020. — Au lieu de aver en gracia, peutêtre faut-il lire : ser en gracia, ou aver su gracia.
V. 1027. — Le manuscrit porte : aderredor de los Castellanos (autour des Castillans); ce qui présente un non-sens.
V. 1028. — Le mot costanera signifie proprement : les ailes d’une armée.
APPENDICE
Dixo : Oytme, rey de Francia, è emperador alemano.
Semeja que el rey de España es aqui llegado.
Non viene con mengua de corason, mas commo rey esforçado. to35 Agora podredes aver derecho, sy podieremos tomarlo.
Quanto aver sacó de España, todo lo ha despenssado.
Agora ganaré dél tregua por quatro años : es chico el plaso;
Después darle hemos guerra, è tomarle hemos el reynado.
Dixieron los rreys : Señor, enbiat por él privado. io4o Apriessa enbia por el rey el papa romano.
Quando esto oyó el rey don Fernando,
Armóse él è los fijosdalgo.
En seños cavallos cavalgan entre el rey è el Castellano,
Amos lanças en las manos , mano por mano fablando ; io45 Aconsejándole Ruy Dias à guissa de buen fidalgo : - Señor, en aquesta fabla sed vos bien acordado.
Ellos fablan muy manso , è vos fahlat muy bravo.
Ellos son muy leydos, è andarvos han engañando.
Señor, pedildes batalla para eras en el alvor quebrando. io5o El papa, quando lo vió venir, enante fue acordado.
Il dit: ffEcoutez-moi, roi de France et empereur d’Allemagne, ffll paraît que le roi d’Espagne est ici arrivé.
«Il ne vient pas avec un faible cœur, mais comme roi courageux. io35 « Maintenant vous pourrez avoir raison [de lui], si nous pouvons nous la faire rendre. ffToute la richesse qu’il a tirée de l’Espagne, il l’a entièrement dépensée. b Maintenant j’obtiendrai de lui une trêve de quatre ans; le délai est court; b Puis nous lui ferons la guerre et lui prendrons son royaume. »
Les rois dirent : b Seigneur, envoyez devers lui promptement. » io4o Le pape romain envoie aussitôt devers le roi.
Lorsque le roi don Fernand entendit cela ,
Il s’arma , ainsi que les gentilshommes.
Chacun sur un cheval chevauchent le roi et le Castillan,
Tous les deux, la lance à la main, parlant tête à tête;
10 ¿5 Ruy Diaz lui donnant des conseils, en guise de bon gentilhomme : [
b Seigneur, dans cet entretien soyez bien avisé. b Ils parlent très-doucement; et vous, parlez avec grande fierté. b Ils sont fort habiles, et chercheront à vous tromper. b Seigneur, proposez-leur la bataille pour' demain à la pointe de l’aube.» io5o Le pape, quand il le vit venir, tout d’abord se ravisa.
V. 10 hh. — Nous traduisons de notre mieux Y. i oh g. — Pedildes pour pedidles , par trans-
l’expression mano por mano. position de lettres.
APPENDICE
Oytme, dixo, el buen emperador alemano.
Aqueste rey de España semejame mucho onrrado.
Ponet ay una silla apar de vos, è cobrilda con este paño.
Quando vieredes que descavalga , levantadvos muy privado, o55 E prendetlo por las manos, è cabe de vos possaldo;
Que sea en par de vos, que me semeja guissado.
Ally se ersian los poderes de Roma al buen rey don Fernando.
Non sabia qual era el rey, nin qual era el Castellano,
Synon quando descavalgó el rrey, al papa bessó la mano.
060 E levantósse el emperador, è recebiólos muy de buen grado;
E tomanse por las manos, al estrado van possar.
A los pies del rey se va possar Ruy Dias el Castellano.
Ally fabló el papa , comensó à preguntarlo :
Digasme, rey de España, sy à Dios ayas pagado, o65 Sy quieres ser emperador de España, darte he la corona de grado. Ally fabló Ruy Dias, ante que el rey don Fernando :
Dévos Dios malas gracias, ay, papa romano;
Que por lo por ganar venimos, que non por lo ganado;
« Ecoutez-moi , dit-il, ô bon empereur d’Allemagne. ffCe roi d’Espagne me paraît fort honorable, ff Mettez ici un fauteuil à côté de vous, et recouvrez-le de ce drap, ff Lorsque vous verrez qu’il descend de cheval, levez-vous au plus tôt, o55 rc Et prenez-le par la main, et placez-le près de vous,
ff Afin qu’il soit votre pair, car cela me semble convenable.»
Alors le chef de Rome s’avança vers le bon roi don Fernand.
Il ne savait lequel était le roi ni lequel était le Castillan ,
Sinon lorsque le roi descendit de cheval, [et qu’j au pape il baisa la main.
060 Et l’empereur se leva et les reçut de fort bon gré;
Et se prenant par la main , ils vont se placer sur l’estrade.
Aux pieds du roi va se placer Ruy Diaz le Castillan.
Alors parla le pape , il commença à finterroger : ff Dis-moi, roi d’Espagne (et puisse Dieu être content de toi!) , o65 ffSi tu veux être empereur d’Espagne, je t’en donnerai volontiers la couronne.»
Alors parla Ruy Diaz avant le roi don Fernand : ff Ah ! Dieu vous en sache mauvais gré, pape romain;
ffCar nous sommes venus pour ce qui est à gagner, et non pour ce qui est gagné [déjà];
V. io53 . — Cobrilda pour cobridla, par transposition de lettres.
V. io55. — Possaldo, pour possadlo. Encore une transposition.
V. 1059. — L’auteur dit mal ce qu’il veut dire. Y. io64. — Ms. : Ruy Dias de España. Erreur du copiste, évidemment. (Voyez les vers 1 067 et suivants.)
APPENDICE. cxxv
Ca los cinco reynos de España syn vos le bessan la mano.
1070 Viene por conquerir el emperyo de Alemania, que de derecho ha de heredarlo. Assentésse en la silla, por ende sea Dios loado!
Veré que le dan aventaja de la qual será ossado.
Conde alemano que!’ dé la corona è el blago.
En tanto se levanté el buen rey don Fernando :
1070 A treguas venimos, que non por faser daño.
Vos adeliñat, mi señor Ruy Dias el Castellano.
Estonce Ruy Dias apriessa se fue levantado :
Oytme, dixo, rey de Francia è emperador alemano;
Oytme, patriarcha è papa romano.
1080 Enbiastes me pedir tributario.
Traervos lo ha el buen rey don Fernando.
Cras vos entregará, en buena lid en el campo,
Los marcos quel’ pedistes.
Vos, rey de Francia, de mi seredes buscado. io85 Veré sy vos acorrerán los doce pares ó algún Francés loçano.
Emplaçados fincan para otro dia en el campo.
«Car sans vous les cinq royaumes d’Espagne lui baisent la main.
1070 rr 11 vient pour conquérir l’empire d’Allemagne, dont il doit hériter de droit.
«Il s’est assis sur le fauteuil, de quoi Dieu soit loué!
«Je puis voir qu’on lui accorde des honneurs qui le rendront plus hardi.
«Il faut que le comte allemand lui donne sa couronne et son sceptre.»
Cependant se leva le bon roi don Fernand :
1075 «Nous sommes venus pour une trêve, et non pour faire dommage.
«Avancez-vous, mon seigneur Ruy Diaz le Castillan.»
Alors Ruy Diaz à la hâte se leva :
« Ecoutez-moi , dit-il, roi de France et [vous] empereur d’Allemagne;
«Ecoutez-moi, patriarche et pape romain.
»o8o «Vous m’avez envoyé demander [queje fusse] tributaire.
«11 vous l’apportera [le tribut], le bon roi don Fernand.
«Demain il vous remettra, en bonne bataille dans le champ,
«Les marcs que vous lui avez demandés.
«Vous, roi de France, par moi vous serez cherché. io85 «Je verrai s’ils vous secourent, les douze pairs, ou quelque Français glorieux.»
Assignés ils demeurent pour le jour suivant dans le champ.
V. 1069. — ‘%n vos (sans vous), c’est-à-dire, sans vous en demander la permission.