V. 102. — Sanchez ne signale l’adjectif meut
85 « Avec votre secours, je veux préparer deux coffres.
« Remplissons-les de sable , afin qu’ils soient bien pesants ;
«Recouvrons-] es de cuir et clouons-les bien: rt Le cuir de couleur rouge, et les clous bien dorés. k Vers Rachel et Vidas allez-moi promptement.
90 « A mon entrée à Rurgos on m’a empêché de rien acheter, et le Roi est irrité contre moi. « Je ne puis emporter mon avoir, car il est trop pesant,
«■ Et je veux l’engager pour ce qui sera raisonnable.
-Qu’on emporte cela de nuit, afin que les Chrétiens ne le voient pas.
-Que le Créateur [seul] le voie, ainsi que tous ses saints !
95 «Je ne puis davantage et le fais malgré moi.»
Martin Antolinez ne perdit pas de temps.
(Il demanda vivement après Rachel et Vidas.)
11 passa par Rurgos, il entra au château,
Il demanda vivement après Rachel et Vidas.
00 Rachel et Vidas étaient tous deux ensemble,
Occupés à compter leur argent, ce qu’ils avaient gagné.
Martin Antolinez les aborda en homme adroit.
«Où êtes-vous, Rachel et Vidas, les miens chers amis?
«Je voudrais avec vous deux parler en secret.»
0 5 Sans perdre de temps tous trois s’en furent à l’écart.
«Rachel et Vidas, engagez-moi chacun votre foi «Que vous ne me découvrirez à Mores ni à Chrétiens.
«Pour toujours je vous ferai riches, de manière que vous ne manquiez de rien. «Le Campéador est entré [chez les Mores] pour le butin;
10 « Il a pris de grands,biens et fort considérables ;
«Il en a retenu une telle partie que ç’a été beaucoup.
«De là il est venu à ce pour quoi il a été accusé.
brado qu’au sens de fameux , renommé. Ce mot a encore un autre sens , et ici et dans plusieurs autres passages du Poëme. (Voyez les vers 1 B 1 et 5 8 7.)
V. io3. — A l’adverbe à, Sanchez a fort bien vu l’analogie avec le où français.
V. 106. — Mot à mot : «Donnez-moi tous deux les mains,» parce qu’un individu, qui s’engageait envers un autre, mettait sa main dans celle de l’homme envers qui il s’engageait. Aujourd’hui encore, deux mains l’une dans l’autre sont l’emblème de la bonne foi ; et c’est pour cela
qu’après la conclusion verbale d’une affaire, l’une des parties contractantes dit à l’autre , en lui tendant la main : «Touchez là.»
V. 108. — Sanchez ne met aucun signe de ponctuation à la fin de ce vers.
V. 112. — D’après le poète, le mécontentement du roi Alphonse contre le Cid aurait eu pour cause des difficultés survenues entre le roi et le vassal, relativement au partage du butin, à la suite d’une incursion sur les terres des Mores.
Ya lo vedes que el Rey le ha ayrado.
Dexado ha heredades è casas è palacios.
1 15 Tiene dos arcas lennas de oro esmerado.
Aquelas non las puede lebar, sinon serien ventadas.
El Campeador dexarlas ha en vuestra mano ,
E prestalde de aver lo que sea guisado.
Prended las archas è metedlas en vuestro salvo.
120 Con grand jura meted y las fes amos
Que non las caledes en todo aqueste año.
Rachel è Vidas seyense conseiando :
Nos huebos avernos en todo de ganar algo.
Rien lo sabemos que él algo ganó.
125 Quando à tierra de Moros entró, que gran aver sacó !
Non duerme sin sospecha qui aver tiene monedado.
Estas archas, prendámoslas amas,
En logar las metamos que non sean ventadas.
Mas decidnos del Cid, de que será pagado, i3o O que ganancia nos dará por todo aqueste año?
Respuso Martin Antolinez à guisa de membrado :
Mió Cid querrá lo que sea aguisado :
Pedirvos ha poco por dexar su aver en salvo.
Acongensele ornes de todas partes menguados,
1 35 Ha menester seiscientos marcos.
Dixo Rachel è Vidas dargelos de grado.
Ya vedes que entra la noch , el Cid es presurado ,
Huebos avernos que nos dedes los marcos. ^
Dixo Rachel è Vidas : non se face así el mercado: i lio Sinon primero prendiendo è despues dando.
Dixo Martin Antolinez : yo deso me pago.
Vamos todos tres al Campeador contado,
E nos vos ayudaremos , que así es aguisado ,
blerait l’indiquer , c’est que , dans les poésies de Gonçalo de Berceo et dans le Poema de Alexandra, on trouve les mots pleno , plenero. — Dans le texte de Sanchez , le vers 1 1 5 est placé immédiatement avant les deux vers qui, dans notre texte, le précèdent; ce qui rend tout ce passage incompréhensible. Nous avons pris sur nous de le transposer, et
V. 1 1 h. — Le mot heredad (héritage) est constamment employé par le poète pour exprimer des propriétés territoriales, des biens fonds, ce que les Latins appelaient un prœdium. Le mot héritage a aujourd’hui encore le même sens en Bourgogne.
V. il 5. — Lennas. La forme de ce mot n’at-elle pas été altérée par le copiste ? Ce qui sem-
«• Déjà vous le voyez que le Roi est contre lui irrité.
« Il a laissé héritages et maisons et palais.
» 1 5 « II a deux coffres pleins d’or pur.
II ne les peut emporter, sans quoi on les découvrirait.
« Le Campéador les laissera entre vos mains ,
rc Et prêtez-lui en argent quelque chose qui soit raisonnable.
« Prenez les coffres et gardez-les pour votre garantie.
130 «Avec grand serment, engagez à cela tous deux votre foi « Que vous n’y regarderez point de toute cette année. »
Rachel et Vidas demeurent se consultant :
«Nous avons besoin en tout de gagner quelque chose.
«Rien nous le savons qu’il n’a pas gagné peu.
1 25 «Lorsqu’il entra au pays des Mores, quel grand avoir il en rapporta ! «Il ne dort pas sans souci celui qui a de l’argent monnayé.
« Ces coffres , prenons-les tous les deux ,
« Et mettons-les en un lieu où on ne puisse les découvrir.
«Mais diles-nous, le Cid, de quoi sera-t-il satisfait,
1 3o « Et quel profit nous donnera-t-il pour toute cette année ? »
Martin Antolinez répondit en homme adroit :
« Mon Cid ne voudra qu’une chose qui soit raisonnable :
« Il vous demandera peu pour ne pas exposer son avoir.
«De toutes parts le viennent joindre des hommes nécessiteux,
1 35 «Il a besoin de six cents marcs. v
Rachel et Vidas dirent qu’ils les donneraient volontiers.
«Déjà vous voyez que la nuit entre; le Cid est pressé,
«Nous avons besoin que vous nous donniez les marcs. »
Rachel et Vidas dirent : «Le marché ne se fait pas ainsi; i4o «Mais bien d’abord prenant et ensuite donnant.»
Martin Antolinez dit : «A cela je consens.
« Allons tous trois vers le Campéador renommé ,
«Et nous vous aiderons, car ainsi il est juste,
maintenant le récit nous semble d’une clarté complète.
V. il 8. — Prestalde pour prestadle , par transposition de lettres.
V. 12 0. — Sanchez , je ne sais pourquoi , met une apostrophe après la consonne finale de grand. —Au motiweier, Sanchez indique fort bien le verbe
français mettre; mais il oublie le verbe provençal métré, qui se conjugue comme le verbe espagnol.
V. i36. — Sanchez se contente de mettre deux points à la fin de ce vers. Cependant la phrase est complète.