V. 3 19. — Sanchez fait de tendrá l’équivalent
de tañei'á et un futur irrégulier de tañer -(sonner). Ce mot , selon nous , vient du verbe tener, qui est l’homonyme et le synonyme du provençal tener et du français tenir, et se conjugue de même.
V. 3ao. — Une messe de la sainte Trinité est celle dans laquelfe le prêtre, outre le canon ordinaire, récite quelque prière spéciale en l’honneur de la sainte Trinité.
3 1 o Que si , le délai passé , sur sa terre il le pouvait arrêter,
Pour or ni pour argent il ne pourrait échapper.
Le jour est sorti, la nuit voulait entrer.
A ses chevaliers il ordonna de tous s’assembler ; rt Ecoutez, barons, que cela ne vous afflige point;
3i5 n J’emporte avec moi peu d’argent, je veux vous en donner votre part, ff Souvenez-vous comme vous le devez faire :
« Au matin , quand les coqs chanteront ,
«Ne perdez pas de temps, faites seller.
«Dans Saint-Pierre le bon abbé célébrera matines.
320 rr II nous dira la messe, ce sera celle de la sainte Trinité, ff La messe dite , pensons à chevaucher ; ff Car le délai approche , et nous avons beaucoup à marcher, v Comme l’a ordonné Mon Cid, ainsi ils feront tous.
La nuit va se passant et le matin arrive.
3 25 Au chant du coq ils pensent à chevaucher.
On sonne matines en très-grande hâte.
Mon Cid et sa femme vont à l’église.
Doña Chimène s’agenouilla sur les degrés devant l’autel,
Priant du mieux quelle sait le Créateur,
33o Aün que Dieu préservât de mal Mon Cid le Campéador : ftDéjà, Seigneur glorieux, Père qui es au ciel, ffTu as fait le ciel et la terre, et en troisième lieu la mer; ftTu as fait les étoiles et la lune et le soleil pour réchauffer ; ffTu t’es incarné dans une sainte Mère;
335 ff Tu es venu au monde à Bethléem, comme ce fut ta volonté. ffLes pasteurs te glorifièrent et te louèrent, ff Trois rois d’Arabie te vinrent adorer.
ft Melchior et Gaspar et Balthasar, de l’or et de l’encens et de la myrrhe ffTe présentèrent, comme ce fut ta volonté.
V. 325. — Ellos, pour è los? Peut-être, aussi, faut-il lire à los mediados gallos , comme au vers 1709.
V. 332. — Sanchez écrit fecist’ et, plus loin, prisist salvest etc., toujours avec l’apostrophe, comme pour indiquer la suppression d’une voyelle finale euphonique , laquelle ne s’était pas encore établie dans la langue, d’une manière absolue,
même à la fin du xm* siècle. Je remarquei’ai , en passant, que le manuscrit reproduit ici exactement une forme et des mots de l’ancien provençal. — Sur le sens de cette expression el tercero, aucun doute : en troisième lieu ou troisièmement. (Voyez le vers 876.) Mais l’opinion du naïf chroniqueur n’est pas tout à fait conforme au récit de la Genèse : d’après le livre sacré , la terre
Salvest à Joñas quan do cayó en la mar;
Salvest à Daniel con los leones en la mala cárcel;
Salvest dentro en Roma al señor San Sebastian;
Salvest à Sancta Susana del falso criminal.
Por tierra andidiste treinta è dos años, Señor Spiritual, Mostrando los mirados, por en avernos que fablar :
Del agua fecist vino è de 1& piedra pan;
Resucitest à Lazaro , ca fue tu voluntad.
A los Judios te dexeste prender do dicen monte Galvari. Pusiéronte en cruz por nombre en Golgota.
Dos ladrones contigo, estos de señas partes :
El uno es en parayso, ca el otro no entró alá.
Estando en la cruz virtud fecist muy grant :
Longinos era ciego, que nunqua vió alguandre;
Dió t con la lanza en el costado dont yxió la sangre :
Corrió la sangre por el astil ayuso, las manos se ovo de untar : Alzólas arriva, lególas à la faz :
Abrió sos oios, cató à todas partes;
En ti crovo alora, porend’ es salvo de mal.
En el monumento resucitest è fust à los infiernos,
Como fue tu voluntad :
Quebranteste las puertas è saqueste los Padres sanctos.
Tu eres Rey de los reyes è de tod el mundo Padre.
A ti adoro è creo de toda voluntad;
E ruego à San Peydro que me ayude à rogar
Por Mió Cid el Campeador, que Dios le curie de mal.
Guando hoy nos partimos, en vida nos faz iuntar.
La oración fecha, la misa acabada la han.
Salieron de la eglesia , ya quieren cavalgar.
El Cid à doña Ximena ybala abrazar.
Doña Ximena al Cid la manoT va besar,
et la mer furent faites le troisième jour et en même temps,
V. 3io. — Ces mots salvest à, que le copiste avait oubliés , ont été par nous ajoutés au commencement de ce vers.
Y. 3 hh. — Selon l’opinion la plus répandue ,
Jésus-Christ a passé trente-trois ans sur la terre; mais s’il faut en croire une note de Sanchez, il est en Espagne des personnes qui tiennent que le Dieu fait homme a vécu seulement trente-deux ans.
V. 35 h. — Sanchez : Diot Sanchez, avec son apostrophe, a méconnu encore ici l’affixe t pour te,
34o ff Tu sauvas Joñas lorsqu’il tomba dans la mer;
t Tu sauvas Daniel [qui était] avec les lions dans la prison mauvaise; 'fTu sauvas dans Rome le seigneur saint Sébastien; r Tu sauvas sainte Suzanne d’une calomnie criminelle.
;rTu as passé trente-deux ans sur la terre, Seigneur Spirituel,
345 rr Faisant voir les miracles par où nous avons de quoi parler : ftTu changeas l’eau en vin et les pierres en pain; k Tu ressuscitas Lazare, parce que ce fut ta volonté. *
ffPar les Juifs tu te laissas prendre à l’endroit dit le mont Calvaire.
^ Ils te mirent en croix au lieu appelé Golgotha.
35o ff Avec toi deux larrons, un de chaque côté :
ffL’un est en paradis, mais l’autre n’est pas entré la. ff Etant sur la croix, tu as fait un grand acte de puissance : ffLonginus était aveugle, n’ayant jamais vu nulle chose ; ff II te frappa avec sa lance au côté , d’où le sang sortit :
355 rfLe sang coula par la hampe en bas, de manière à oindre ses mains : ff II les leva en haut , les approcha de son visage ;
«r II ouvrit les yeux, regarda de toutes parts;
ff Alors il crut en toi, à cause qu’il était guéri de son mai.
ff Tu ressuscitas du tombeau et descendis aux enfers ,
36o ff Comme ce fut ta volonté :
ffTu [en] brisas les portes et [en] retiras les Pères saints, ff Tu es Roi des rois et Père du monde entier, tf Je t’adore et crois en toi de toute volonté; ff Et je prie saint Pierre qu’il m’aide à prier 365 ffPour Mon Cid le Campéador, afin que Dieu le préserve de mal.
ffQue si aujourd’hui nous nous sépasoi^s, vivants fais-nous rejoindre, v Sa prière finie , on achevait la messe.
Ils sortirent de l’église : déjà ils veulent chevaucher.
Le Cid allait embrásser doña Chimène.
370 Doña Chimène au Cid va baiser la main ,
comme plus haut l’affixe s pour se, et l’affixe m pour me. Je ne reviendrai plus désormais sur ce point.
V. 359. — Fust pour fueste. Celte forme est également de l’ancien provençal. Sanchez prétend que le mot fust vient du verhe ir. Non , mais il en a le sens , et c’est là sans doute ce qui a causé la
distraction de Sanchez. (Voyez la Grammaire de l’Académie espagnole. )
V. 365. — Sanchez se contente de mettre une simple virgule à la fin de ce vers.
V. 366. — Cette expression en vida, le poete l’a déjà employée dans le même sens au vers 280.
Corando de los oios que non sabe que se far;
E él à las niñas tornólas à catar :
A Dios vos acomiendo, fijas,
E à la mugier è al padre spiritual.
370 Agora nos partimos, Dios sabe el aiuntar.
Lorando de los oios que non viestes à tal,
Así s parten unos d’otros como la uña de la carne.
Mió Cid can los sos vassallos pensó de cavalgar.
A todos esperando la cabeza tornando va.
38o A tan grand sabor fabló Minaya Alvar Fañez :
Cid, do son vuestros esfuerzos?
En buen ora nasquiestes de madre :
Pensemos de ir nuestra via, esto sea de vagar.
Aun todos estos duelos en gozo se tornarán.
385 Dios que nos dió las almas, conseio nos dará.
Al abbat don Sandio tornan de castigar,
Como sirva à doña Ximena è à las fijas que ha ,
E à todas sus dueñas que con ellas están.
Bien sepa el abbat que buen galardón dello prendrá. 390 Tornado es don Sancho, è fabló Alvar Fañez :
Si vier.edes yentes venir por conusco ir,
Abbat, decildes que prendan el rastro è piensen de anci Ca en yermo ó en poblado podernos han alcanzar. Soltaron las riendas, piensan de andar.
3g5 Cerca viene el plazo por el reyno quitar.
Vino Mió Cid yacer à Spinar de Can.
Otro dia de mañana piensan de cavalgaç.
Grandes yentes se Tacongen esa nocb de todas partes.
V. 371. — Que se far. Le copiste aurait dû écrire que s far, comme au vers 1 183.
V. 37 h. — Ici, par ces mots le père spirituel, le Cid désigne évidemment l’abbé don Sanche.
y. 375. — Sanchez se contente de mettre deux points à la fin de ce vers.
V. 377. — Nous cherchons à reproduire le texte dans son énergique simplicité, sans trop nous inquiéter de l’élégance. La clarté nous suffît. — Carne. Remarquer ce mot placé à la fin d’un
vers faisant partie d’un couplet dont fasse nance est en a aigu. Cela n’autoriserait * il point à croire que le texte primitif devait porter cam ?
V. 383. — Ces mots esto sea de vagar exigent une explication. Si on les fait se rapporter au premier hémistiche du vers, il faudrait traduire : que cela soit à loisir, ou à l'aise , ou doucement. Mais que l’on veuille bien songer à la situation : le Cid et ses compagnons n’ont plus que deux jours
Pleurant de ses yeux , car elle ne sait que faire ;
Et lui , il se prit de nouveau à regarder ses filles :
'•Je vous recommande à Dieu, mes enfants,
« Et à ma femme et au père spirituel.
375 z Voilà que nous nous séparons ; Dieu sait quand nous nous réunirons !» Pleurant de leurs yeux , que vous n’avez rien vu de pareil ,
Ils se séparent les uns des autres, comme l’ongle de la chair.
Mon Cid avec ses vassaux pensa à chevaucher.
En les attendant tous, il tourne la tête.
38o Avec beaucoup d’ à-propos parla Minaya Alvar Fañez :
■ Cid , où est votre courage ?
- En bonne heure vous êtes né de mère :
■ Pensons à suivre notre route ; pour le reste , nous n’avons pas de loisir. -Même, toute cette douleur se tournera en joie.
385 » Dieu , qui nous a donné l’âme, nous donnera secours.»
Ils vont de nouveau faire leurs recommandations à l’abbé don Sanche : Comme quoi il doit servir doña Chimène et les filles quelle a ,
Ainsi que toutes les dames qui sont avec elles;
Que l’abbé sache bien qu’il recevra pour cela bonne récompense.
390 Don Sanche s’en retournait, et Alvar Fañez parla :
» Si vous voyez des gens venir pour aller avec nous ,
• Abbé, dites-leur qu’ils suivent nos traces et pensent à marcher;
»Car, soit en lieu désert, soit en lieu habité, ils pourront nous atteindre.» Ils lâchent les brides, ils pensent à marcher.
395 Le délai approche où ils doivent quitter le royaume.
Mon Cid vint coucher à Spinar-de-Can.
Le jour suivant, au matin, ils pensent à chevaucher.
Nombre de gens viennent le joindre, cette nuit, de toutes parts.
pour quitter le royaume , et si , ce délai passé , on les arrête , ils seront traités comme rebelles : il faut donc qu’ils se hâtent de partir ; et cependant le Cid, attendri, prolonge ses adieux. Alors Minaya, le lieutenant du Cid, le réconforte , et, dans mon opinion, il veut lui dire : «Que cela (votre chagrin ) soit renvoyé à un temps où nous aurons du loisir.» Ce qui précède et ce qui suit me semble autoriser et presque commander cette interprétation. (Voyez, en outre, pour le sens de ce mot va-
gar, le vers 437, et surtout le vers 2873 , ou se représente à peu près la méfne idée.)
V. 3gi.— Conusco. Voyez le vers 75, à la note. V. 392. — Decildes pour decidlas , par transposition de lettres.
V. 396. — Spinar, lieu planté d’épines, buisson. L’espagnol moderne dit espinar. Le copiste n’a-t-il pas altéré l’orthographe de ce nom pour le rapprocher davantage de l’étymologie latine? V. 398. — Le texte de Sanchez porte
Yxiendo s va de tierra el Campeador leal.
/i oo De siniestro Santestevan una buena cipdad :
De diestro Ahilon las Torres que Moros las han.
Pasó por Alcobiella que de Castiella fin es ya.
La calzada de Quinea ibala trespasar.
Sobre navas de palos el Duero va pasar.
Ao5 A la Figeruela Mió Cid yva posar.
Vansele acogiendo yentes de todas partes.
Y se echaba Mió Cid después que fue cenado.
Un sueñol’ príso dulce, tan bien se adurmió.
El ángel Gabriel à él vino en sueño :
A 10 Cavalgad, Cid el buen Campeador,
Ca nunqua en tan buen punto cavalgó varón :
Mientra que visquieredes bien se fará lo tó.
Quando despertó el Cid, la cara se sanctigó :
Sinaba la cara, à Dios se acomendó.
A 1 5 Mucho era pagado del sueño que ba soñado.
Otro dia mañana piensan de cavalgar.
Es dia de plazo , sepades que non mas.
A la Sierra de Miedes ellos yban posar.
Aun era de dia, non era puesto el sol.
A 20 Mandó ver sus yentes Mió Cid el Campeador :
Sin las peonadas 'e bornes valientes que son ,
Notó trecientas lanzas, que todas tienen pendones. Temprano dat cebada, sí el Criador vos salve.
El qui quisiere comer y que non cabalge.
A 2.5 Pasaremos la Sierra que fiera es è grand.
La tierra del rey Alfonso esta noch la podemos quitar. Después qui nos buscare fallarnos podrá.
De noch pasan la Sierra : vinida es la mañana ,
E por la loma ayuso piensan de andar.
acogen. Faute du copiste, sans doute, qui avait négligé un léger signe graphique placé sur l’o et indiquant l'n supprimé. (Voyez plus haut le vers 1 3 A. )
V. AoA. — Mot à mot : «Il va passer le Duero sur des nefs (formées) de bâtons. r> Du reste, pour
tout dire , la seconde syllabe du mot navas m’est un peu suspecte, et je crois qu’il serait mieux de lire naves.
V. Ao6. — Sur ce mot acogiendo même observation qu’au vers 398.