‹ Poe˜me du CidChapitre 67 sur 182 · V. A 10-1 2. — On remarquera dans ce passage · texte numérisé non relu

V. A 10-1 2. — On remarquera dans ce passage

Il va sortant du pays, le loyal Campeador.

¿00 A gapche, Santestevan, une bonne cité;

À droite, Aliilon -les -Tours , que possèdent les Mores.

Il passa par Alcobiella, qui est déjà limite de la Castille;

Il traversa la chaussée de Quinea;

Sur des nefs de bâtons il passa le Duero.

¿o5 Mon Cid alla loger à la Figueruela.

De toutes parts des gens viennent le joindre.

Là, après avoir soupé, Mon Cid se coucha.

Il fut pris d’un doux sommeil et fort bien s’endormit.

L’ange Gabriel vint à lui en songe :

¿10 « Chevauchez , Cid le bon Campéador,

« Car onques en si bon moment ne chevaucha baron. k Tant que vous vivrez bien se feront tes affaires.»

Lorsque le Cid s’éveilla, il se signa le visage :

Il se signa le visage et se recommanda à Dieu.

4i5 II se réjouissait fort du songe qu’il avait songé.

Le jour suivant, au matin, ils pensent à chevaucher.

C’est le jour du délai, sachez qu’ils n’ont pas plus.

A la Sierra-de-Miedes ils allèrent loger.

Il était jour encore, le soleil n’était pas couché;

¿20 Mon Cid le Campéador voulut voir ses gens.

Sans les piétons et les vaillants hommes qui sont là ,

Il compta trois cents lances, toutes avec leurs pennons. ce Vite, donnez l’orge, [et] qu’ainsi le Créateur vous sauve! tr Celui qui voudra manger ici, qu’il ne remonte pas à cheval. ¿a5 cf Nous passerons la Sierra, qui est sauvage et grande ; cc Nous pouvons quitter cette nuit la terre du roi Alphonse; ce Puis , qui nous cherchera nous pourra trouver!»

Ils passent de nuit la Sierra. Le matin est venu ,

Et par le côteau en has ils pensent à marcher.

le mélange de tutoiement avec la forme du pluriel. Nos anciens monuments en présentent également des exemples. (Voyez les Notes historiques et littéraires.) *

V. ¿18. — On appelle, en Espagne, sieira (scie), une chaîne de montagnes, parce qu’une

succession de rochers brisés présente assez bien aux yeux la figure d’une scie, ou d’une sierra. (Voyez, à ce mot, Covarrubias, Tesoro de la lengua castellana. )

V. ¿so. — Dans notre langue moderne nous dirions que le Cid voulut passer une revue.

43o En medio d’una montaña maravillosa è grand Fizo Mió Cid posar è cebada dar.

Dixoles à todos como querie trasnochar.

Vasallos tan buenos por corazón lo han :

Mandado de so señor todo lo han à far.

435 Antes que anochesca piensan de cavalgar.

Por tal lo face Mió Cid que non lo ventase nadi. Andidieron de noch, que vagar non se dan.

Dicen Casteion el que es sobre Fenares,

Mió Cid se echó en celada con aquellos que él trae.

44o Toda la noche yace en zelada el que en buen ora násco, Como lo conseiaba Minaya Alvar Fañez :

Ya, Cid, en buen ora cinxiestes espada.

Vos con C . de aquesta nuestra compaña,

Pues que à Casteion sacarémos à celada;

445 Yo con los C. C. yré en algara.

Alá vaya Alvar Alvarez è Alvar Salvadores sin falla ,

E Galin Garcia una fardida lanza.

Cavalleros buenos que acompañen à Minaya,

Aosadas corred, que por miedo non dexedes nada.

45o Fita ayuso è por Guadalfaxara ,

Fata Aléala leguen las algaras,

E bien acoian todas las ganancias,

E por miedo de los Moros non dexen nada :

E yo con los ciento aqui fincaré en la zaga.

455 Terné yo Casteion don abremos grand empara.

Si cueta vos fuere alguna al algara,

Facedme mandado muy privado à la zaga :

D’aqueste acorro fablará toda España.

Nombrados son los que yrán en el algara ,

46o E los que con Mió Cid fincarán en la zaga.

V. 438. — Le savant Aldrete a remarqué que, dans l’ancien espagnol, le verbe dezir, ou decir, était souvent employé pour decendir. (Voy. Del orig. de la leng. castell. , lib. II, cap. vi. ) Mais si l’on veut bien lire attentivement ce passage, on demeurera persuadé que le verbe decir y est employé en son sens habituel, dire, nommer. Seulement, je suis

disposé à croire qu’il y a ici un léger oubli du copiste, et qu’il faut lire do dicen, comme au vers

V. 4 4 1 . — Le texte de Sanchez porte : Como los tbnseiaba , etc. J’ai supprimé l’s qui m’a paru une faute typographique. Minaya n’a pas à donner de conseils à la troupe du Cid, mais seulement à

43o Au milieu d’une montagne merveilleuse et grande,

Mon Cid fit faire halte et donner l’orge.

Il leur dit à tous comme quoi il voulait faire une marche de nuit.

Ces excellents vassaux y consentent de cœur :

Tout ce qu’ordonnera leur seigneur, ils le feront.

435 Avant que la nuit vienne ils pensent à monter à cheval.

Mon Cid agit de la sorte, afin que personne ne le découvre.

Ils allèrent de nuit, sans se donner de loisir.

Au lieu nommé Casteion , celui qui est sur le Henares ,

Mon Cid se mit en embuscade avec ceux qu’il menait.

44o II passe toute la nuit en embuscade, celui qui en bonne heure naquit, Comme le conseillait Minaya Alvar Fañez :

<r Déjà , Cid, en bonne heure vous avez ceint l’épée, tf V ous , [restez] avec cent de cette notre compagnie, ccCar nous prendrons Casteion par embuscade;

445 «Moi, avec les deux cents [autres] , j’irai courir le pays.»

— ccQue là aillent Alvar Alvarez et Alvar Salvadores sans faute,

ce Et Galin Garcia , une lance hardie.

ccBons chevaliers qui accompagnez Minaya,

te Gourez hardiment [le pays] , sans rien laisser par crainte.

45o t En descendant Fita et par Guadalfaxara ,

«Que les coureurs s’avancent jusqu’à Alcala,

•cEt qu’ils recueillent soigneusement tout le butin, cr Et que , par crainte des Mores , ils ne laissent rien :

'fEt moi, avec les cent [autres], je resterai ici à l’arrière-garde.

455 cr Je prendrai Casteion, où nous aurons grande protection, rr Si dans cette incursion il vous survient quelque danger, et Faites-moi avertir tout aussitôt à l’arrière-garde: ccDe cette rescousse parlera toute l’Espagne. v Nommés sont ceux qui iront à l’incursion ,

46o Et ceux qui, avec Mon Cid, resteront à l’arrière-garde.

celui-ci, dont il est le principal lieutenant, ou le bras droit.

V. 445. — Ainsi qu’Alphonse-le-Sage le dit dans les Partidas , le mot algara sert , chez les Arabes , à désigner une troupe de gens à cheval qui parcourt un pays ennemi en y faisant du butin. (Voy. Part. II, fit. xxiv, 1. xxix.)

V. 455. — Terne pour tenré , et tenré pour tendre. Nous trouverons de même , plus loin (v. 54o), verm pour venrà, vendra.

V. 456.— Cueta pour cuita , comme , plus loin (v. 2i4o) , cuedar pour cuidar.

V. 457.— Le mol mandado signifie proprement averti, instruit par message.

Ya quiebran los albores è vinie la mañana.

Yxie el sol , Dios , que fermoso apuntaba !

En Casteion todos se levantaban;

Abren las puertas, de fuera salto daban, z^65 Por ver sus labores è todas sus heredades.

Todos son exidos, las puertas dexadas han abiertas, Con pocas de gentes que en Casteion fincaron.

Las yentes de fuera todas son derramadas.

El Campeador salió de la celada,

470 Corrie à Casteion sin falla.

Moros è Moras avienlos de ganancia,

E esos ganados quantos en derredor andan.

Mió Cid don Rodrigo à la puerta adelinaba.

Los que la tienen quando vieron la rebata,

4 75 Ovieron miedo è fue desemparada.

Mió Cid Ruy Diaz por las puertas entraba.

En mano tenie desnuda la espada.

Once Moros mataba de los que alcanzaba.

Ganó à Casteion è el oro è la plata.

48o Sos cavalleros legan con la ganancia.

Dexanla à Mió Cid, todo esto non precia nada. Afevos los C. C. III en el algara,

E sin dubda corren fasta Aléala.

Legó la seña de Minaya,

485 E desi arriva tornanse con la ganancia,

Fenares arriva è por Guadalfaxara.

Tanto traen las grandes ganancias :

Muchos ganados de ovejas è de vacas,

E de ropas è de otras riquezas largas. .

490 Derecha viene la seña de Minaya.

Non osa ninguno dar salto à la zaga.

Con aqueste aver tornanse essa compaña.

V. 467. — Con pocas de gentes, etc. Manière de parler essentiellement française.

V. 48 1. — Le Cid n’estime en rien tout cela, non par suite d’un mépris philosophique des richesses, mais parce qu’il attend beaucoup mieux.

V. 483. — Le mot dubda, comme le mot doute dans notre ancienne langue , indique l’hésitation avec une nuance de crainte.' La Fontaine, en pariant du lièvre, emploie le mot douteux au même sens: «11 était douteux, in-

Déjà l’aube commence à poindre et vient le matin.

Le soleil parut : Dieu! que bellement il brillait!

Dans Casteion tout le monde se lève;

Ils ouvrent les portes, ils s’élancent dehors,

465 Pour voir leurs travaux et tous leurs héritages.

Tous sont sortis, laissant les portes ouvertes,

Avec peu de gens qui sont demeurés dans Casteion.

Les gens dehors sont tous dispersés.

Le Campéador sortit de l’embuscade ,

4 70 Et courut à Casteion sans s’arrêter.

Ils ont pour butin les Mores et les Moresques ,

Et tous ces troupeaux qui vont aux alentours.

Mon Cid don Rodrigue se dirigea vers la porte.

Ceux qui la gardaient, quand ils virent l’alerte,

475 Eurent peur, et elle fut abandonnée.

Mon Cid Ruy Diaz entra par les portes.

Il tenait en main son épée nue.

Il tua onze Mores de ceux qu’il put atteindre.

Il gagna Casteion, et l’or et l’argent.

48o Ses chevaliers arrivent avec le butin.

Ils le laissent à Mon Cid, qui n’estime en rien tout cela.

Voici les deux cent trois dans l’incursion,

Et sans hésiter ils courent jusqu’à Alcala.

Arriva la bannière de Minaya,

485 Et de là en remontant ils reviennent avec le butin ,

En remontant le Henares et par Guadalfaxara.

Quel grand butin ils ramènent!

Maints troupeaux de brebis et de bœufs,

Et des effets, et d’autres richesses considérables.

490 Droite revient la bannière de Minaya.

Personne n’o^e assaillir l’arrière-garde.

Avec cet avoir est de retour cette compagnie. m

quiet, etc.» (Voyez la fable du Lièvre et des Grenouilles.)

V. 488. — Le mot espagnol vaca sert à désigner en général un animal de l’espèce bovine, et particulièrement le bœuf, Ainsi , au début du Don

Quichotte , Cervantes , décrivant l’ordinaire de son héros, dit : «Una olla de algo mas vaca que carnero (un pot-au-feu où il entrait un peu plus de bœuf que de mouton).»

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