V. 644. — Sanchez, dans son texte, à côté
du mot Tanin, écrit: acaso Fariz (peut-être faut-il lire Fariz). Je serais disposé à accepter cette correction. ( Voyez la Crónica ¡réitérai. fol. 3o5.)
Prendédmelo à vida, aducídmelo deland :•
65o Porque se me entró en mi tierra derecho me avrá à dar. Tres mili Moros cavalgan è piensan de andar.
Ellos vinieron à la noch en Segorve posar.
Otro dia mañana piensan de cavalgar.
Vinieron à la noch à Gelfa posar.
655 Por los de la frontera piensan de embiar.
Non lo detienen, vienen de todas partes.
Yxieron de Celfa fe que dicen de Canal.
Andidieron todo 1 dia que vagar non se dan.
Vinieron esa noche en Calatayuth posar.
66o por todas esas tierras los pregones dan.
Gentes se aiuntaron sobeianos è grandes.
Con aquestos dos reyes que dicen Fariz è Galve,
Al bueno de Mió Cid en Alcocer le van cercar.
Fincaron las tiendas è prendend las posadas.
665 Crecen estos virtos, ca yentes son sobeianas :
Las axobdas que los Moros sacan de dia E de noch enbueltos andan en armas.
Muchas son las axobdas , è grande es el almofalla.
A los de Mió Cid ya les tuellen el agua.
67° Mesnadas de Mió Cid exir querien à la batalla.
El que en buen ora násco firme gelo vedaba. Tobierongela en cerca complidas tres semanas.
A cabo de tres semanas, la quarta querie entrar,*
Mió Cid con los sos tornos’ à acordar :
6?5 El agua nos han vedada, exirnos ha el pan.
Que nos queramos ir de noch, non nos lo consintrán. Grandes son los poderes por con ellos lidiar.
Decidme , cavalleros , como vos place de far ?
Primero fabló Minaya, un cavallero de prestar :
V. 65o. — Sanchez ne met, à la fin de ce vers, aucun signe de ponctuation.
Y. 658. — Ms. : todol dia. Sanchez : tod,ol dia , etc. Il y a ici aphérèse , ou élision de la seconde voyelle.
V. 660. — Ce verbe dar, au sens de aller, paraît tout d’abord un peu suspect; mais, ainsi
que l’a fort bien remarqué M. Raynouard dans sa Grammaire romane, les Anciens Provençaux l’ont employé dans la même acception.
V. 661. — On remarquera l’adjectif masculin sobeianos placé après le substantif féminin gentes. Il y a là, peut-être, une finesse de langue.
«Prenez-le-moi vivant, et l’amenez devant moi :
65o «De ce qu’il est entré sur ma terre il aura à me rendre raison.»
Trois mille Mores montent à cheval et pensent à marcher.
Ils vinrent, à la nuit, loger à Segorve.
Le jour suivant , au matin , ils pensent à chevaucher.
Us vinrent, à la nuit, loger à Celfa.
655 Vers ceux de la frontière ils pensent à envoyer.
Ceux-ci, sans tarder, viennent de toutes parts.
Us sortirent de Celfa, celle qu’on appelle du Canal;
Ils allèrent tout le jour sans se donner de loisir.
Us vinrent, cette [même] nuit, loger à Calatayuth.
660 Par toutes ces terres vont les hérauts.
Des gens se réunirent en nombre très-considérable :
Avec ces deux rois qu’on nomme Fariz et Galve,
Us vont assiéger ce brave de Mon Cid dans Alcocer.
Us dressent les tentes et prennent les positions.
665 Ces troupes s’accroissent, car ce sont peuples très-considérables.
Les vedettes que placent les Mores, de jour Et de nuit, vont couvertes de leur armure.
Nombreuses sont les vedettes et grande est l’armée.
Déjà l’on enlève l’eau à ceux de Mon Cid.
670 Les mesnies de Mon Cid veillent sortir à la bataille.
Celui qui en bonne heure naquit fermement les en empêche.
Us tinrent la ville assiégée trois semaines accomplies.
Au bout de trois semaines , la quatrième allait entrer,
Mon Cid voulut de nouveau se recorder avec les siens :
675 rOn nous a privés d’eau, [et] le pain nous va manquer.
trSi nous voulons nous en aller de nuit, ils ne nous le permettront pas. « Grandes sont leurs forces pour combattre avec eux.
« Dites-moi , chevaliers , comment vous plaît-il de faire ? »
Aussitôt parla Minaya , chevalier de distinction : #
V. 667. — Remarquer l’adjectif enbueltos au masculin, après las axobdas, sujet féminin. Je ne crois pas, cependant, qu’il y ait ici une faute , soit du copiste , soit de l’imprimeur. Le poêle aura mis enbueltos au masculin , parce que las axobdas , ou les vedettes , sont des hommes.
V. 672. — Le pronom relatif la permet de supposer que le poète a sous-entendu le mot ciudad ou le mot villa.
V. 679. — Sanchez garde le silence sur le sens du mot prestar ; mais , dans l 'Index qu’il a placé à la suite du Poema de Alexandro , il interprète : honneur, valeur.
68o De Castiella la gentil exidos somos acá.
Si con Moros non lidiaremos, non nos darán del pan. Bien somos nos seiscientos, algunos hay de mas.
En el nombre del Criador que non pase por al : Vayamos los ferir en aquel dia de eras.
685 Dixo el Campeador : à mi guisa fablastes.
Ondrastesvos , Minaya , ca aun vos lo yedes de far. Todos los Moros è las Moras de fuera los manda echar,
Que non sopiese ninguno esta su poridad.
El dia è la noche piensan se de adovar.
690 Otro dia mañana el sol querie apuntar,
Armado es el Mió Cid con quantos que él ha.
Fablaba Mió Cid como odredes contar :
Todos iscamos fuera, que nadi non raste,
Sinon dos peones solos por la puerta guardar.
695 Si nos muriéremos en campo, en castiello nos enterrarán.
Si venciéremos la batalla, crezremos en rictad.
E vos, Pero Bermuez, la mi seña tomad.
Como sodes muy bueno, tenerla hedes sin arch.
Mas non aguigedes con ella, si yo non vos lo mandar.
700 Al Cid besó la mano, la seña va tomar.
Abrieron las puertas, fuera un salto dan.
Vieronlo las axobdas de los Moros, al almofalla se van tornar. Que priesa va en los Moros , è tornáronse à armar.
Ante roydo de atamores la tierra querie quebrar.
700 Veriedes armarse Moros, apriesa entrar en haz.
De parte de los Moros dos señas ha cabdales :
E ficieron dos haces de peones mezclados : qui los podrie contar? Las haces de los Moros ya s mueven adelant,
Por à Mió Cid è à los sos à manos los tomar.
7 ‘o Quedas sed, mesnadas, aqui en este logar :
V. 681. — Non nos darán del pan. Voilà encore une forme toute française.
V. 686. — Cette conjonction ca, à cet endroit, parait un peu étrange. Peut-être le poète l’a-t-il employée au sens du latin quare (donc, c’est pourquoi).