V. 696, — Cette expression en castiello est
assez vague. Le Cid ne peut pas vouloir dire que si , eux , ils meurent dans le champ , les Mores les enterreront dans le château d’ Alcocer. U veut dire, je crois, que, s’ils meurent avec honneur en combattant, plus tard les Chrétiens vengeurs recueilleront leurs os, et les mettront dans un beau mausolée.... Peut-être aussi, au lieu de en castiello .
680 «De Castille la noble nous sommes ici venus.
«T Si avec les Mores nous ne combattons pas, ils ne nous donneront pas du pain. «Nous sommes bien six cents, il y en a [même] quelques-uns de plus.
« Au nom du Créateur, qu’il n’en soit pas autrement :
«Allons les frapper en ce jour de demain. v 685 Le Campeador dit : «Vous avez parlé selon mon désir.
«Vous vous êtes honoré, Minaya, et vous devez vous honorer encore. ^
Tous les Mores et les Moresques, il les fait mettre dehors,
Afin que personne ne sache son secret.
Ce jour-là, et la nuit [suivante], ils pensent à se préparer.
690 Le lendemain matin, le soleil commençait à poindre,
Mon Cid s’était armé, ainsi que tous les siens.
Il parlait, Mon Cid, comme vous l’entendrez conter :
«Tous sortons dehors, que personne ne reste,
«Excepté seulement deux piétons, pour garder la porte.
695 rr Si nous mourons au champ, on nous enterrera en château.
«Si nous gagnons la bataille, nous croîtrons en richesse.
«Et vous, Pero Bermuez, prenez ma bannière.
« Comme vous êtes très-brave , vous la porterez vaillamment.
«Mais ne vous avancez pas avec, si je ne vous en donne l’ordre. v 700 II baisa la main au Cid, alla prendre la bannière.
Ils ouvrirent les portes , s’élancèrent dehors.
Les vedettes des Mores virent cela, et vers l’armée s’en retournèrent.
Comme les Mores s’empressent et comme ils vont s’armer!
Au bruit des tambours la terre voulait se fendre.
705 Vous eussiez vu les Mores s’armer, se ranger vivement en bataille.
Du côté des Mores, il y a deux bannières principales;
Et ils firent deux bataillons de piétons mêlés : qui les pourrait compter?
Les bataillons des Mores déjà se meuvent en avant,
Pour en venir aux mains avec le Cid et les siens.
710 «Demeurez tranquilles, mesnies, ici en ce lieu;
faut-il lire en Castiella (en Castille, en terre chrétienne). ( Voyez , plus loin, les Notes historiques et littéraires. )
V. 698. — Sin arch, ou sin art, comme au vers 2685. C’est le même sens.
V. 699. — Remarquer cet infinitif mandar, au lieu de l’indicatif.
V. 707. — C’est-à-dire, ce me semble, qu’ils firent deux bataillons formés de piétons, venus des diverses localités qui avaient envoyé leur contingent. Si le poète avait voulu dire qu’ils firent deux bataillons composés de piétons et d’hommes de cheval, il se serait, je crois, servi du mot entremezclados.
Non desrranche ninguno fata que yo lo maird.
Aquel Pero Bermuez non lo pudo endurar.
La seña tiene en mano , conpezó de espolonar.
El Criador vos vala, Cid Campeador leal :