‹ Poe˜me du CidChapitre 83 sur 182 · o Minaya lui dit tout, vu qu’il ne lui cache rien · texte numérisé non relu

o Minaya lui dit tout, vu qu’il ne lui cache rien

Le Campeador souriait bellement :

«Je rends grâces à Dieu et à ses Vertus saintes!

«Tant que vous vivrez, cela ira bien pour moi, Minaya. »

Dieu! comme fut joyeuse toute cette armée!

935 Car Minaya Alvar Fanez ainsi était arrivé,

Leur disant les saluts des frères et des cousines,

Et de leurs compagnes , celles qu’ils.avaient laissées.

Dieu ! comme était joyeuse la Belle-barbe !

Car Alvar Fañez avait payé les mille messes, g4o Et lui avait dit les saluts de sa femme et de ses filles.

Dieu! comme il fut content, le Cid! et [comme] il témoigna grande joie! «Or çà, Alvar Fañez, puissiez-vous vivre de longs jours!»

Il ne perdit point de temps , celui qui en bonne heure naquit :

Les noires terres d’Alcaniz , il va les conquérant ,

965 Et à l’entour il va tout conquérant.

Au troisième jour après son départ, il est là de retour.

Déjà ses messagers vont par tout le pays.

Ceux de Monzon et ceux de Huesca en sont affligés.

Ceux de Saragosse se félicitent de payer une rançon , g5o Car de Mon Cid Ruy Diaz ils n’avaient reçu nulle injure.

Avec ce butin , au camp ils vont s’en retournant.

Tous sont joyeux, [car] ils rapportent un grand butin.

Cela plut à Mon Cid, et beaucoup [aussi] à Alvar Fañez.

L’Excellent, qui ne pouvait supporter le repos, se mit à sourire :

955 «Or çà, chevaliers, je vous dirai la vérité :

se produire l’erreur du copiste. C’est, du reste, une bonne fortune d’avoir pu rectifier ce détail à l’aide de la Chronique du Cid; car d’ordinaire cette Chronique estropie , à les rendre méconnaissables, tous les noms propres, soit d’hommes, soit de lieux : ainsi, dans un endroit (cap. cxxiv), en parlant de Richard, abbé de Saint -Victor de Marseille , elle dit : Abbad de San Vialor de Mansilla. — Pour le sens que le poète attache

à l’adjectif negras , voyez les vers 843 et 846.

V g46. — Don. Voyez les vers io42 et 1062.

V. 949. — Dans le texte de Sanchez, il y a un point à la fin du vers 949, et une simple virgule à la fin du vers suivant. Ainsi ponctué , ce passage est inintelligible.

V. 950. — Fonta. L’orthographe de ce mot n’a-t-elle pas été altérée par le copiste ? Dans le Poema de Alexandro , on lit onta.

Qui en un logar mora , siempre lo só puede menguar.

Cras à la mañana pensemos de cavalgar :

Dexat estas posadas è yremos adelant.

Estonces se mudó el Cid al puerto de Alucant.

960 Dent corre Mió Cid à Huesca è à Montalban.

En aquessa corrida diez dias ovieron à morar.

Fueron los mandados à todas partes,

Que el salido de Castiella así los trae tan mal.

Los mandados son idos à todas partes.

965 Legaron las nuevas al conde de Barcilona,

Que Mió Cid Ruy Diaz quel’ corría la tierra toda.

Ovo grand pesar è tobo s lo à grand fonta.

El conde es muy folon è dixo una vanidat :

Grandes tuertos me tiene Mió Cid el de Bibar.

97° Dentro en mi cort tuerto me tobo grant :

Firióm’ el sobrino è non lo enmendó mas.

Agora corre m las tierras que en mi ampara están.

Non lo desafié, niT torné enemistad ;

Mas quando él me lo busca, yrgelo he yo demandar.

975 Grandes son los poderes, è apriesa se van legando.

Gentes se le alegan grandes entre Moros è Christianos.

Adelinan tras Mió Cid el bueno de Bibar.

Tres dias è dos noches pensaron de andar.

Alcanzaron à Mió Cid en Tebar el Pinar.

98° Así viene esforzado, que él de à manos se le cuidó tomar.

* Mió Cid don Rodrigo trae grand ganancia.

Dece de un sierra è legaba à un val.

Del conde don Remont venido Tes mensaie.

Mió Cid quando lo oió, embió pora allá :

985 Digades al conde non lo tenga à mal :

De lo só non lievo nada, dexem’ yr en paz.

Respuso el conde : esto non será verdad :

Lo de antes è lo de agora todo m lo pechará.

Sabrá el salido à quien vino desondrar.

V 966. — Je m’applique à reproduire le sens V. 973. — Sanchez : mil’ torné enemistad. La

plutôt que les mots. lettre m à la place de n. Faute typographique.

V. 967.— Même observation qu’au vers q5o. V. 980. — Le poete n’indique point le sujet

«Qui reste en un lieu risque toujours de compromettre ce qu’il a.

«Demain au matin pensons à chevaucher.

«Laissez ce camp, et nous irons en avant. n Alors le Cid se transporta au défilé d’Alucant.

960 De là Mon Cid court à Huesca et à Montalban.

Dans cette incursion ils passèrent dix jours.

Les messagers allèrent [annoncer] de toutes parts Que l’exilé de Castille les mène ainsi fort mal.

Les messagers sont allés de toutes parts.

965 La nouvelle parvint au comte de Barcelone ,

Comme quoi Mon Cid Ruy Diaz lui courait tout le pays.

Il [en] eut un grand chagrin, et le tint à grande injure.

Le comte est très-fanfaron , et il dit une vanterie :

«Mon Cid de Bivar a de grands torts envers moi.

970 «Dans ma [propre] cour, il a eu envers moi un grand tort :

«Il a frappé mon neveu, et ne m’en a jamais fait réparation.

«A cette heure, il me court le pays qui est sous ma protection.

«Je ne l’ai point défié, et n’ai fait contre lui nul acte d’ennemi :

«Mais puisqu’il me provoque, j’irai lui en demander raison. »

975 Grandes sont les forces , et elles arrivent promptement.

Soit Mores, soit Chrétiens, des troupes considérables se réunissent à lui.

Elles poursuivent Mon Cid le brave de Bivar.

Trois jours et deux nuits, elles pensèrent à marcher.

Elles atteignirent Mon Cid à Tebar-le-Pinel.

980 II vient avec de telles forces , que de sa main il croyait le saisir.

Mon Cid don Rodrigue emmène un grand butin.

Il descendait d’une sierra, et arrivait à une vallée.

Du comte don Raymond lui est arrivé un message.

Mon Cid , après l’avoir entendu , envoya là-bas :

985 «Dites au comte qu’il ne le prenne pas à mal :

«Je n’emporte rien du sien; qu’il me laisse aller en paix.w Le comte répondit : « Il n’en sera pas ainsi :

«Ce d’avant et ce d’à présent, il me le payera tout.

«L’exilé saura qui il est venu déshonorer. n

de la phrase; mais il est facile de voir qu’il s’agit synonyme de bajar (descendre). (Voy. Aidrete, de Raymond Bérenger. Del orig. de la leng. castell., lib. II, cap. vi.) San-

V. 982. — Ici, le verbe decir est évidemment chez, par erreur, a imprimé: dice.

990 Tornos’ el mandadero quanto pudo mas.

Esora lo connosce Mío Cid el de Bibar,

Que à menos de batalla no s pueden den quitar.

Ya, cavalleros, apart faced la ganancia:

Apriesa vos guarnid è metedos en las armas.

995 El conde don Remont darnos ba grant batalla.

De Moros è de Christianos gentes trae sobeianas.

A menos de batalla non nos dexarie por nada.

Pues adellant yrán tras nos, aqui sea la batalla. Aprestad los cavallos, è vistades las armas, looo Ellos vienen cuestayuso, è todos traen calzas:

E las siellas cocerás, è las cinchas amoiadas.

Nos cavalgaremos siellas gallegas, è huesas sobre calzas. Ciento cavalleros debemos vencer aquellas mesnadas. Antes que ellos legen à laño presentémosles las lanzas. ioo5 Por uno que firgades, tres siellas yrán vacias.

Verá Remont Berenger tras quien vino en alcanza,

Oy en este pinar de Tebar por tolerme la ganancia. Todos son adobados. Quando Mió Cid esto ovo fablado, Las armas avien prisas è sedien sobre los caballos.

1010 Vieron la cuestayuso la fuerza de los Francos.

Al fondon de la cuesta , cerca es de laño ,

Mandó los ferir Mió Cid el que en buen ora násco.

Esto facen los sos de voluntad è de grado :

Los pendones è las lanzas tan bien las van empleando , joi5 A los unos firiendo è à los otros derrocando,

Vencido ha esta batalla el que en buen ora násco.

V. 994. — Par ces mots en las armas, le poëte ne veut pas parler seulement des armes offensives (la lance et l’épée), mais des armes défensives (la cuirasse, le heaume, etc.).

Y. 1001. — Il y a dans ce vers deux mots qui appellent notre attention : cocei'as et amoiadas. Sanchezfail.de cocerás une sorte de contraction de corseras , et interprète : des selles disposées pour courir et faire la guerre, etc. ; et quant à l’épithète amoiadas, il interprète : mouillées, détendues. Tout cela est bien difficile à admettre. Est-ce que toutes les selles ne sont pas faites pour des chevaux des¬

tinés à courir? Est-ce que, au moment surtout de livrer bataille, des chevaliers ne devaient pas resserrer les sangles de leurs chevaux, au lieu de les détendre? Le mot cocerá est catalan, et vient du provençal coseï' (coussin , matelas). Dans le Poema de Alex andró , on trouve cocedra, qui a le même sens. Pour ce qui est du mot amoiadas, j’y vois le participe passé du verbe amoiar, en provençal amolegar, en italien ammolliare (amollir, assouplir). Quoi qu’il en soit, ces deux mots doivent servir à indiquer les habitudes molles et efféminées des chevaliers de don Raymond, comme l’équipage

990 L’envoyé s’en retourna le plus promptement qu’il put.

A cette heure il reconnaît bien, Mon Cid de Bivar,

Qu’à moins d’une bataille ils ne peuvent s’en tirer, rt Or çà , chevaliers , rangez à part le butin ;

Vite équipez-vous et mettez-vous en armes.

99.5 ftLe comte don Raymond va nous donner une grande bataille.

«De Mores et de Chrétiens il mène des troupes considérables, rt A moins d’une bataille , il ne nous laisserait pour rien au monde, rr Puisque plus loin ils viendraient après nous , qu’ici soit la bataille, rr Apprêtez les chevaux , et revêtez les armures.

1000 rr Ils viennent descendant la côte; et tous portent des chausses; rr Et [ils ont] des selles coussins et des sangles assouplies.

rr Nous , nous chevaucherons sur des selles galiciennes, et les houseaux sur les chausses, rr Cent chevaliers , nous devons vaincre ces mesnies. rr Avant qu’ils arrivent dans la plaine présentons-leur les lances. ioo5 rtPour un que vous frapperez, trois selles deviendront vides, rr Raymond Bérenger verra qui il poursuit rr Aujourd’hui, dans ce pinel de Tebar, pour m’enlever le butin.»

Tous sont adoubés. Quand Mon Cid eut ainsi parlé,

Us avaient pris leurs armes et étaient assis sur leurs chevaux, îoio Ils virent au bas de la côte la force des Francs.

Au fond de la côte , c’est-à-dire près de la plaine ,

Mon Cid, celui qui en bonne heure naquit, donna l’ordre de les frapper. Ainsi font les siens volontiers et de cœur :

Ils vont employant si bien les pennons et les lances ,

101 5 Frappant les uns et renversant les autres,

Qu’il a gagné cette bataille , celui qui en bonne heure naquit.

des chevaliers du Cid annonce de vrais batailleurs.

V. 100a. — Les selles galiciennes étaient probablement faites de bois et, tout au plus, recouvertes de cuir. —Les houseaux ( huesas ) étaient des espèces de guêtres ou de longues bottes. Dans la fable du Renard anglais, La Fontaine a employé ce mot au figuré :

Mais le pauvret , ce coup , y laissa ses houseaux.

V. 1 oo5. — Le Cid veut dire , je crois , qu’un chevalier désarçonné, jeté à terre , en fera tomber deux autres.

V. 1006. — Le texte de Sanchez porte: el alcanza. Faute d’impression. — Sanchez met deux points à la fin de ce vers, et une simple virgule à la fin du suivant.

V. 1010. — Remarquer en passant que les hommes qui marchaient sous les ordres du comte de Rarcelone sont appelés los Francos ( les Francs ) . (Voyez plus loin, aux Notes historiques et littéraires. )

V. 10 15. — Sanchez met deux points à la lin de ce vers. Ce vers est uni au suivant par la conjonction que sous-entendue.

Al conde don Remont à prison le han tomado.

Hy ganó à Colada que mas vale de mili marcos de plata,

E venció esta batalla poro ondró su barba.

1020 Prísolo al conde, pora su tienda lo lebaba :

A sus creenderos guardarlo mandaba.

'De fuera de la tienda un salto daba.

De todas partes los sos se aiuntaron.

Plógo à Mió Cid, ca grandes son las ganancias.

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