V. 1023. — Au lieu de aiuntaron, le manus
Le comte don Raymond a été fait prisonnier.
Là Mon Cid gagna Colada , qui vaut plus de mille marcs d’argent ,
Et remporta cette victoire par où il accrut l’honneur de sa barbe, loao Ayant pris le comte, il l’emmenait devers sa tente,
En recommandant à ses affidés de le [bien] garder.
Il sortit hors de la tente.
De toutes parts les siens se réunirent.
Mon Cid fut content, car grand est le butin. ioa5 A Mon Cid don Rodrigue on avait préparé une grande cuisine.
Le comte don Raymond ne l’apprécie en rien.
On lui apporte les mets , on les place devant lui ;
Il n’en veut pas manger, de tous il faisait fi.
«Pour tout ce qu’il y a en Espagne, je ne mangerai pas une bouchée. io3o « J’y perdrai plutôt le corps et y laisserai l’âme,
« Puisque de tels mal chaussés m’ont vaincu en bataille, n Ecoutez ce que dit Mon Cid Ruy Diaz :
« Mangez, comte, de ce pain et buvez de ce vin. rr Si vous faites ce que je dis, vous sortirez de captivité; io35 «Sinon, en tous vos jours vous ne reverrez pays de Chrétiens. »
Le comte don Raymond dit : «Mangez, don Rodrigue, et réjouissez-vous; «Quant à moi, je me laisserai mourir, car je ne veux point manger. »
Jusqu’au troisième jour on ne peut le persuader.
Pendant qu’ils partagent ce grand butin , io¿io Ils ne peuvent lui faire manger une bouchée de pain.
(Mon Cid dit : «Mangez, comte, quelque chose;
| « Car si vous ne mangez pas, vous ne reverrez pas les Chrétiens ;
» Et si vous mangez de quoi je sois satisfait,
« A vous et à deux gentilshommes je délivrerai vos personnes, et vous rendrai la liberté, v Lorsqu’il entendit cela , le comte commença de se réjouir :
crit primitif portait probablement aiuntaban , qui donne une assonance plus complète. (Voyez au vers i84 la note.)
V. io35. — Le comté de Barcelone formait une principauté distincte de l’Espagne proprement dite , et n’était peuplé que de Chrétiens.
V. io36. — Ce mot comede m’est suspect. Dans mon opinion il faut lire comed, comme au vers io4i.
V. 1037. — Remarquer cet infinitif dexar, au lieu du futur. Peut-être, aussi, le manuscrit primitif portait-il : yo dexarm ’ he morir, etc. Sur le sens, aucun doute.
V. io3g. — A la fin de ce vers, Sanchez met deux points; c’est un peu trop.
V. 1 o4o. — Le mot mueso a-t-il été altéré par le copiste ? Dans le Poema de Alexandra , on lit muerso et muesso.
10/4 5 Si lo ficieredes, Cid, lo que avedes fablado,
Tanto quanto yo viva, dend seré maravillado.
Pues comed, conde, è quando fueredes yantado,
A vos è à otros dos darvos he de mano.
Mas quanto avedes perdido è yo gané en campo, t o5o Sabet, non vos daré à vos un dinero malo.
Mas quanto avedes perdido non vos lo daré ;
Ca huevos me lo he è pora estos mis vasallos ;
Ca comigo andan lazrados : è non vos lo daré. Prendiendo de vos è de otros yrnos hemos pagando.
1 o55 Abremos esta vida mientra ploguiere al Padre Sancto , Como qui ira ha de Rey è de tierra es echado.
Alegre es el conde è pidió agua à las manos.
E tienengelo delant, è dierongelo privado.
Con los cavalleros que el Cid le avie dados 1 060 Comiendo va el conde : Dios , que de buen grado !
Sobr’ él sedie el que en buen ora násco.
Si bien non comedes , conde , don yo sea pagado ,
Aqui faremos la morada, non nos partiremos amos.
Aqui dixo el conde : de voluntad è de grado.
1 o65 Con estos dos cavalleros apriesa va yantando.
Pagado es Mió Cid que lo está aguardando ,
Porque el conde don Remont tan bien bolvie las manos. Si vos ploguiere , Mió Cid , de yr somos guisados : Mandadnos dar las bestias, è cavalgaremos privado.
4070 Del dia que fue conde non yanté tan de buen grado:
El sabor que dend he non será olvidado.
Danle tres palafrés muy bien ensellados,
E buenas vestiduras de pelizones è de mantos.
El conde don Remont entre los dos es entrado.
Î075 Fata cabo del alvergada escurriólos
V. 1 o 5 3 . — Le Cid a soin de répéter qu’il ne rendra rien de ce qu’il a pris, afin que le comte de Barcelone ne conserve à cet égard aucune illusion.
V. io55. — Par ces mots le Père Saint (Padre Sancto), le poète entend Dieu le Père.
V. io56. — Sanchez, suivant son habitude, met encore deux points à la fin de ce vers.
el Castellano.
V. 106 A. — Sanchez se^ contente de mettre une simple virgule à la fin de ce vers. Cependan! le sens est complet.
V. 1066. — Au mot aguardar, Sanchez lait l’observation que c’est le verbe français regarder. — Eh ! mon Dieu, oui !... on mieux encore, le verbe provençal agardar.
rr Si vous le faites, Cid, ce que vous avez dit,
«Tant que je vivrai j’en serai content à merveille. »
— «Eh bien! mangez, comte, et, lorsque vous aurez dîné,
«A vous et à deux autres, je vous rendrai la liberté.
«Mais de tout ce que vous avez perdu et que j’ai gagné dans le champ ,
îo5o «Sachez, je ne vous rendrai pas à vous un méchant denier.
•«Mais tout ce que vous avez perdu je ne vous le rendrai pas;
«Car j’en ai besoin pour moi et pour ces miens vassaux;
«Car avec moi ils vont misérables; et je ne vous le rendrai pas.
«En prenant sur vous et sur d’autres, nous nous satisferons.
io&5 «Nous mènerons cette vie tant qu’il plaira au Père Saint,
« Comme qui a encouru la colère du Roi et est exilé de son pays, v
Le comte était joyeux, et il demanda de l’eau sur les mains.
Et on en apporte devant lui , et on lui en donne aussitôt.
Avec les chevaliers que le Cid lui avait donnés
1060 Le comte se met à manger; Dieu! comme [il le fait] de bon gré!
Au-dessus de lui était assis celui qui en bonne heure naquit.
«Si vous ne mangez pas bien, comte, de quoi je sois satisfait,
«Nous ferons ici notre demeure, nous ne nous séparerons pas l’un de l’autre. n
Alors le comte dit : «Volontiers et de cœur. v
io65 Avec ces deux chevaliers il va vite dînant.
Il est satisfait, Mon Cid qui se tient le regardant,
A cause que le comte don Raymond joue si bien des mains.
« S’il vous plaisait , Mon Cid , nous sommes prêts à partir :
«Ordonnez qu’on nous donne les bêtes, et nous monterons aussitôt à cheval. 1070 «Depuis le jour que je fus comte, je n’ai [jamais] dîné de si bon gré :
« Le plaisir que j’en ai ne sera pas oublié, »
On lui donne trois palefrois fort bien sellés,
Et de bons vêtements, des pelisses et des manteaux.
Le comte don Raymond entre les deux est entré.
1075 Jusques au bout du camp le Castillan les escorta.
V. 1071. — Sanchez, qui au vers 1066 écrit dend , écrit ici le même mot avec une apostrophe après le second d, comme pour remplacer Ve final euphonique qui n’était pas encore établi dans la langue d’une manière absolue.
V. 1072. — Le comte de Barcelone retournait dans ses Etats, après avoir été vaincu par le Cid;
il n’était donc pas besoin de lui donner pour lui et ses gentilshommes des chevaux de bataille : des palefrois suffisaient.
Y. 1074. — Le comte don Raymond se place entre les deux chevaliers que le Cid lui a permis d’emmener. — On remarquera ici l’emploi du verbe entrar qui me paraît tout à fait pittoresque.
Hya vos ides, conde, aguisa de muy Franco.
En grado vos lo tengo lo que me avedes dexado.
Si vos viniere en miente que quisieredes vengallo ,
Si me vinieredes buscar, fallarme podredes :
1080 E si non mandedes buscar, 0 me dexaredes,
De lo vuestro o de lo mió levaredes algo.
Folgedes ya, Mió Cid, sodes en vuestro salvo :
Pagado vos he por todo aqueste año :
De venir vos buscar solo non será pensado.
1 o85 Aguijaba el conde, è pensaba de andar.
Tornando va la cabeza, è catandos’ atras.
Miedo iba aviendo que Mió Cid se repintrá :
Lo que non ferie el Caboso por quanto en el mundo ha : Una deslealtanza , ca non la fizo alguandre.
1090 Hydo es el conde, tornos’ el de Bibar.
Iuntó s con sus mesnadas , conpezólas de legar De la ganancia que han fecha maravillosa è grand.
Aqui s conpieza la gesta de Mió Cid el de Bibar.
Tan ricos son los sos que non saben que se han.
1095 Poblado ha Mió Cid el puerto de Alucant.
Dexando à Saragoza è à las tierras ducá ,
E dexando à Huesca , è las tierras de Montai van ,
Contra la mar salada conpezó de guerrear.
A oriente exe el sol, è tornos’ à esa part.
1 100 Mió Cid ganó à Xerica è à Onda è Almenar.
Tierras de Borriana todas conquistas las ha.
Ayudol’ el Criador el Señor que es en cielo.
El con todo esto príso à Murviedro.
Ya vie Mió Cid que Dios le iba valiendo.
1 io5 Dentro en Valencia non es poco el miedo.
V. 1076. — Dans mon opinion, ie Cid, qui aimait à plaisanter, joue ici sur le double sens du mot Franco. En disant au comte : «Vous vous en allez en manière de très-Franc , » il veut lui dire , en manière d’homme tout à fait libre.
V. 1 089. — Le poète a oublié l'emprunt sur les coffres , ou , pour mieux dire , sur don Rachel et Vidas. Mais quoi ! c’étaient des Juifs ! — Le texte
porte desleatanza , mais c’est une faute d’impression; Sanchez, dans son Index, écrit comme nous deslealtanza.
V. 1093. — Ce vers, qui se trouvait probablement au début du Poème du Cid, n’est ici, comme l’indique le vers suivant, qu’une interpolation. Le copiste l’aura ajouté par un pur caprice , pour essayer sa plume. Quoi qu’il en soit, nous at-
(T Déjà vous partez, comte, en manière de très-Franc.
«Je vous sais gré de ce que vous m’avez laissé.
« S’il vous vient à l’esprit que vous vouliez prendre votre revanche , «Si vous me venez chercher, vous pourrez me trouver;
1080 «Et si vous ne m’envoyez pas chercher et me laissez tranquille,
«Du vôtre ou du mien vous remporterez quelque chose. »
— «Egayez-vous maintenant, Mon Cid, vous n’avez rien à craindre; «Je vous ai payé pour toute cette année;
«Quant à venir vous chercher, on n’y pensera seulement pas.» io85 Le comte piquait des deux et pensait à marcher.
Il va tournant la tête et regardant derrière soi.
11 craignait que Mon Cid ne vînt à se repentir :
Ce que ne ferait point l’Excellent pour tout ce qu’il y a au monde ; Car une déloyauté, il ne la fit en rien.
1 090 Le comte est parti , celui de Bivar s’en retourna.
II rejoignit ses mesnies, [et] commença de leur distribuer Le butin qu’elles avaient fait, merveilleux et grand.
(Ici commence l’histoire de Mon Cid de Bivar.)
Si riches sont les siens, qu’ils' ne savent pas ce qu’ils ont.
1095 Mon Cid a peuplé le défilé d’Alucant.
Laissant Saragosse et les terres de deçà ,
Et laissant Huesca et les terres de Montalvan ,
Devers la mer salée il commença de guerroyer.
C’est à l’orient que sort le soleil : il se tourna de ce côté.
1 100 Mon Cid s’empara de Xerica et d’Onda et d’Almenar.
Les terres de Borriana , il les a toutes conquises.
Le Créateur, le Seigneur qui est au ciel lui est venu en aide.
Avec tout cela, il prit Murviedro.
Déjà Mon Cid voyait que Dieu l’allait protégeant, i io5 Dans Valence on n’a pas peu de «crainte.
tachons un véritable prix à ce vers, et nous l’aurions soigneusement conservé , alors même que nous ne nous serions point fait une loi de respecter le numérotage de Sanchez.
V. iog4. — Dans le second hémistiche de ce vers , l’emploi du pronom personnel se , comme particule explétive , est digne de remarque. Cette forme se retrouve plusieurs fois dans le Poème
du Cid, et notamment aux vers 11 64 et 11 83.
V. iog5. — Sanchez ne met qu’une virgule à la fin de ce vers. Cependant la phrase est complète.
V. 1096. — Au mot ducá, Sanchez interprète fort bien : de acá. Cet adverbe (du latin hue) serait, selon nous, une forme très -ancienne et très-curieuse à noter, de la langue espagnole.
Pesa à ios de Valencia, sabet, non les plaze.
Prisieron so conseio quel’ viniesen cercar. Trasnocharon de noch al alba de la man :
Acerca de Murviedro tornan tiendas à fincar, iiir. Violo Mió Cid, tornos’ à maravillar.
Grado à ti , Padre Spiritual !
En sus tierras somos è femosles todo mal.
Bebemos so vino è comemos el so* pan.
Si nos cercar vienen, con derecho lo facen.
1 1 1 5 A menos de lid no s partirá aquesto.
Vayan los mandados por los que nos deben ayudar : Los unos à Xerica, è los otros à Alucant,
Desi à Onda è los otros à Almenar.
Los de Borriana luego vengan acá :
nao Conpezaremos aquesta lid campal.
Yo fio por Dios que en nuestro pro enandrán.
Al tercer dia todos iuntados son.
El que en buen ora násco conpezó de fablar :
Oyd, mesnadas, sí el Criador vos salve !
1195 Después que nos partiemos de la limpia christiandad. Non fue à nuestro grado nin nos non pudiemos mas, Grado à Dios, lo nuestro fue adelant.
Los de Valencia cercados nos han.
Si en estas tierras quisiéremos durar,
1 1 3o Firmemientre son estos à escarmentar.
Pase la noche è venga la mañana :
Apareiados me sed à cavallos è armas.
Hyremos*ver aquella su almofalla Como homes exidos de tierra estraña.
ii 35 Alli parz’rá el que merece la soldada.
Oyd que dixo Minaya Alvar Fañez :
Campeador, fagamos lo que à vos place.
V. 1107. — Cette expression prender so conseio (se concerter) se retrouve au vers 2999.
V. 1 108. — Sanchez, préoccupé du mot mañana, qui est de seconde formation, écrit man (avec un accent). Le substantif man est provençal.
V. 1121. — Le verbe provençal Jiar signifie tout à la fois fier et confier. — Sanchez donne enadran, et dit dans son Index que peut-être fautil lire enandran. C’est notre opinion. Il y avait très-probablement sur ce mot, dans le manuscrit
A ceux de Valence cela pèse, sachez-Ie, cela ne leur plaît pas.
Ils se concertèrent pour le venir assiéger.
Ils firent une marche de nuit, depuis le soir jusqu’à l’aube du matin.
[Et] près de Murviedro ils viennent planter leurs tentes.
1110 Mon Cid voyant cela, en eut beaucoup de joie, ff Grâces te soient rendues , Père Spirituel ! rrNous sommes sur leurs terres et leur faisons force mal. ffNous buvons leur vin et mangeons leur pain, ff S’ils nous viennent assiéger, ils le font à [bon] droit. in5 rrA moins d’une bataille cela ne peut s’arranger.
rr Que des messagers aillent vers ceux qui nous doivent aider : ff Les uns à Xerica , et les autres à Alucant , ff Les uns à Onda , et les autres à Almenar, ff Que ceux de Borriana viennent ici sans retard : nao f'Nous livrerons cette bataille campale.
^ J’ai confiance en Dieu que les choses iront à notre avantage. -n Au troisième jour tous sont réunis.
Celui qui en bonne heure naquit commença de parler : ff Ecoutez , mesnies , et qu’ainsi le Créateur vous sauve ! na5 ft Depuis que nous sommes partis de la pure chrétienté
ff(Ce ne fut pas de notre gré et nous ne pouvions pas davantage), rt Grâces à Dieu , le nôtre est allé en avant.
'cCeux de Valence nous ont assiégés, ff Si en ces pays nous voulons nous maintenir, n3o rr II faut que ceux-ci soient vigoureusement châtiés, ff Laissons passer la nuit et vienne le matin : ff Soyez-moi prêts , à cheval et en armes. ffNous irons voir cette leur armée, ff Comme gens sortis d’un pays étranger. ii 35 ffLà se montrera celui qui mérite la solde, n Ecoutez ce que dit Minaya Alvar Fañez : ffCampéador, faisons ce qu’à vous il plaît.
primitif, un léger signe graphique qui remplaçait V. 1126. — Sanchez met un point à la fin de
l’n (enàdran). Est-il besoin d’ajouter que nous ce vers.
supposons un sujet pluriel non exprimé, qui V. 11 35. — Parz’rà pour parecerá. II y a
gouverne encmdrdn ? Nous avons sous-entendu las là une double syncope , par la suppression de cosas (les choses). deux e.
A mi dedes cien cavalleros, que non vos pido mas;
Vos con los otros firadeslos delant.
i i4o Bien los ferredes, que dubda non avrá.
Yo con los ciento entraré del’ otra part.
Como fio por Dios,’ el campo nuestro será.
Como gelo ha dicho, al Campeador mucho place.
Mañana era è piensanse de armar.
ii 45 Quiscadauno dellos bien sabe lo que ha de far.
Con los albores Mió Cid ferirlos va.
En el nombre del Criador è del aposto! Sanctyague ,
Feridlos, cavalleros, d’amor è de grado è de grand voluntad, Ca yo so Ruy Diaz Mió Cid el de Bibar. ii 5o Tanta cuerda de tienda y veriedes quebrar,
Arrancarse las estacas è acostarse à todas partes los tendales. Los Moros son muchos, ya quieren reconbrar.
Del’ otra part entróles Alvar Fañez.
Mager les pesa, ovieronse à dar è arrancar. ii 55 Grand es el gozo que va por es’ logar.
Dos reyes de Moros mataron en es’ alcanz.
Fata Valencia duró el segudar.
Grandes son las ganancias que Mió Cid fechas ha.
Prisieron Cebóla è quanto que es y adelant. ii 6o De pies de cavallo los que s pudieron escapar.
Robaban el campo è piensanse de tornar.
Entraban à Murviedro con estas ganancias que traen grandes. Las nuevas de Mió Cid, sabet, sonando van.
Miedo han en Valencia que non saben que se far. ii 65 Sonando van sus nuevas aient part del mar.
Alegre era el Cid è todas sus compañas,
Que Dios le ayudára è ficiera esta arrancada.
Daban sus corredores è facien las trasnochadas.
Legan à Guyera è legan à Xativa :
1170 Aun mas ayuso, à Deina la casa.
V. 11 46. — Sanchez met une virgule à la fin de ce vers, et un point à la fin du vers suivant.
V. 1 i4g. — Cette expression Mon Cid dans la bouche du Cid est quelque chose d’assez piquant.
V. 1 1 5 1 . — Sanchez , au mot tendal, a remarqué avec raison que dans notre Poème ce mot signifie tantôt une tente de campagne , tantôt les pieux qui la soutiennent.
ff Donnez-moi cent chevaliers, car je ne vous en demande pas plus;
«Vous, avec les autres, frappez-les par devant. ho «Vous les frapperez bien, car il n’y aura pas d’hésitation.
« Moi , avec les cent , j’entrerai de l’autre côté, ff Comme j’ai confiance en Dieu , le champ sera nôtre ! »
Ce qu’il a dit plaît beaucoup au Campéador.
Le matin était venu , et ils pensent à s’armer.
45 Chacun d’eux sait bien ce qu’il a à faire'.
A l’aube naissante Mon Cid va les frapper. ftAu nom du Créateur et de l’apôtre saint Jacques, ff Frappez-les, chevaliers, de gré et de cœur, et de grande volonté, ff Car je suis Ruy Diaz Mon Cid de Bivar. »
5o Là vous verriez briser mainte corde de tente,
Arracher les pieux, et renverser de tous côtés les pavillons.
Les Mores sont nombreux, voilà qu’ils veulent se rallier.
De l’autre côté leur entra Alvar Fañez.
Quoiqu’il leur en coûtât, il leur fallut se rendre ou s’enfuir.
55 Grande est la joie qui se montre en ce lieu.
Ils tuèrent dans ce pourchas deux rois des Mores.
Jusques à Valence dura la poursuite.
Grand est le butin que Mon Cid a fait.
ifs prirent Cebóla et tout ce qui est là devant.
6o Ceux qui purent s’échapper, [le durent] à la vitesse de leurs chevaux.
Ils pillèrent le camp et pensèrent à s’en retourner.
Ils entrèrent à Murviedro avec ce grand butin qu’ils emportaient.
Les nouvelles de Mon Cid, sachez, vont retentissant.
On a peur à Valence et l’on ne sait que faire.
65 Ces nouvelles vont retentissant [jusque] de l’autre côté de la mer.
Joyeux était le Cid, ainsi que toutes ses compagnies,
De ce que Dieu lui était venu en aide, et de ce qu’il avait remporté cette victoire. Ses coureurs allaient et faisaient des marches de nuit.
Ils arrivent à Guyera, puis ils arrivent à Xativa,
70 Et encore plus bas, à Deina la ville.
V. 1 1 6 A. — Sanchez se contente de mettre deux points à la fin de ce vers.
V. 1 1 65.— Le poète fait de mar un substantif des deux genres, comme dans l’ancien provençal.
V. 1167. — Sur le sens du mot arrancada, voyez au vers 591 la note.
Y. 1 168. — On a déjà vu(v. 660) le verbe dar au sens de aller.
Cabo 'del mar, tierra de Moros firme la quebranta. Ganaron Peña Cadiella, las exidas è las entradas. Quando el Cid Campeador ovo Peña Cadiella , Males pesa en Xativa è dentro en Guyera.
1175 Non es con recabdo el dolor de Valencia.
En tierra de Moros prendiendo è ganando ,
E durmiendo los dias è las noches trasnochando, En ganar aquellas villas Mió Cid duró tres años.
A los de Valencia escarmentado los han.
1180 Non osan fueras exir nin con él se aiuntar.
Taiabanles las huertas è facienles grand mal.
En cada uno destos años Mió Cid les tolió el pan.
Mal se aquexan los de Valencia que non sahent que s far. De ninguna part que sea no les venie pan.
11 85 Nin da conseio padre à fijo, nin fijo à padre,
Nin amigo à amigo : no s pueden consolar.
Mala cuenta es, señores, aver mengua de pan,
Fijos è mugieres verlo morir de famhre.
Delant veyen so duelo, non se pueden hubiar.
1 1 90 Por el rey de Marruecos ovieron à embiar.
Con el de los Montes Claros avien gracia tan grand.
Non les dió conseio, nin los vino hubiar.
Sopolo Mió Cid, de corazón le plaz.
Salió de Murviedro una noch en trasnochada.
1190 Amaneció à Mió Cid en tierras de Mont Real.
Por Aragon è por Navarra pregón mandó echar.
V. 1 1 77. — Si je ne craignais d’être accusé de rechercher les archaïsmes , alors que je fais de mon mieux pour les éviter, je traduirais : <tEt en transnuilant de nuit, etc.n