V. 1180. — Fueras. Voyez au vers 5g6 la note
V. 1181. — Le poète, comme il lui arrive assez souvent, n’a pas exprimé ici le sujet de la phrase; mais on voit qu’il s’agit des hommes d’armes du Cid. — Quant au mot huertas que nous avons traduit par vergers , ce mot s’emploie pour indiquer les jardins de hautes plantations qui se trouvent dans la plaine de Valence.
V. 1 182. — Le mot pan dans la langue espagnole du moyen âge ( comme le mot pain dans
notre vieille langue française) a un double sens: il signifie non-seulement du pain , mais du blé. Ainsi dans la Chronica del Cid, le narrateur, après avoir dit que son héros mit le siège devant Algezira, ajoute : è mandó segar todo el pan (et il ordonna qu’on coupât tout le blé). (Voy. Chronica del Cid, cap. clxxiv.)
V. 11 83. — Remarquer dans ce vers l’aiïixe s employé comme sujet.
V. 1 187. — Le poète se transporte en idée devant son auditoire et, par un tour hardi, lui adresse directement la parole.
V. 1 1 88. — Peut-être au lieu de verlo, faut-il lire vei'los (les voir). Mais peut-être, aussi, le poète
Près de la mer il ravage ferme la terre des Mores.
Ils s’emparèrent de Pe5a-Cadiella, des sorties et des entrées.
Lorsque le Cid Campeador eut Peña-Cadielia ,
Ceux de Xativa et ceux de Guyera en sont fort affligés,
3 175 Quant à la douleur de Valence, elle est sans bornes.
En prenant et conquérant dans le pays des Mores ,
Et en dormant de jour et en marchant dç nuit,
Mon Cid pàssa trois ans à conquérir ces villes,
. A ceux de Valence ils ont donné une bonne leçon.
1180 Ceux-ci n’osent sortir dehors, ni avec lui se joindre.
Ils leur coupaient leurs vergers et leur faisaient beaucoup de mal.
En chacune de ces années Mon Cid leur enleva le pain.
Ceux de Valence se plaignent malement; car ils ne savent que faire. D’aucun côté que ce soit, il ne leur venait du pain.
1 185 Ni le père ne donne secours à son fils, ni le fils à son père,
Ni l’ami à son ami : ils ne se peuvent consoler.
C’est un fâcheux état, seigneurs, que d’avoir faute de pain,
[Et] que de voir mourir de faim ses enfants et ses femmes.
Ils voient devant eux leur mal, et n’y trouvent point de remède.
1190 Devers le roi de Maroc ils durent envoyer.
Auprès de celui des Clairs-Monts ils étaient en très-grande grâce.
Il ne leur envoya point de secours ni ne vint à leur aide.
Mon Cid apprit cela, il fut content de cœur.
Il sortit un soir de Murviedro, pour faire une marche de nuil.
1195 Au matin Mon Cid se trouva sur les terres de Mont-Real.
Par l’Aragon et par la Navarre il fit lancer des hérauts,
a-t-il voulu mettre le pronom relatif au singulier neutre. Dans le doute je laisse.
V. 1191 . — Au moyen âge on donnait l’épithète de claires à toutes les montagnes élevées , à cause de l’effet brillant que produit la neige qui les couvre ; de là le nom de Clermont donné à plusieurs villes de France situées sur des montagnes. Ici , par ces mots Montes Claros, le poète n’a-t-il pas voulu désigner quelque ramification de la chaîne de l’Atlas? Ce qui nous porterait à le croire, c’est que dans une vieille romance che» valeresque, celle de Calaynos, le héros dit qu’il est « Calaynos d’Arabie , seigneur des Claires-Montagnes et de la plaine de Constantine » :
Calaynos de Arabia ,
Señor de los Montes Claros,
De Constantina la liana.
V. 1 192. — Le manuscrit, soigneusement reproduit par Sanchez, porte : Non les dixo conseio, etc. Le roi de Maroc n’avait pas à dire son avis; ce n’était pas là ce que* les Valenciens lui demandaient. — Sur cette expression dar conseio (donner du secours, secourir), voyez plus haut (v. 1 1 85) la note.
V. 1196. — Pregón, etc. Le singulier pour le pluriel. (Voyez plus loin levers 1206.) Ordinairement, c’est le pluriel que le poète emploie jusqu’à l’abus.
A tierras de Castiella embió sus mensaies :
Quien quiere perder cueta è venir à ritad,
Viniese à Mió Cid que ha sabor de cavalgar.
1200 Cercar quiere à Valencia por à Christianos la dar.
Quien quiere yr comigo cercar à Valencia,
Todos vengan de grado, ninguno non à premia,
Tres dias le esperaré en Canal de Celfa.
Esto dixo Mió Cid el que en buen ora násco ; i 2o5 Tornabas’ à Murviedro ca él se la ha ganada.
Andidieron los pregones, sabet, à todas partes.
Al sabor de la ganancia non lo quiere detardar.
Grandes yentes se le acongen de la buena christiandad. Creciendo va en riqueza Mió Cid el de Bibar. i2to Quando vió Mió Cid las gentes imitadas, conpezó s de pagar. Mió Cid don Rodrigo non lo quiso detardar.
Adelinó pora Valencia è sobr’ ella s va echar.
Bien la cerca Mió Cid, que non y avia hart.
Viedales exir è viedales entrar.
i2 15 Sonando van sus nuevas todas à todas partes.
- Mas le vienen à Mió Cid, sabet, que no s le van.
Metióla en plazo si les viniesen hubiar.
Nueve meses complidos, sabet, sobr’ ella yaz.
Quando vino el deceno ovierongela à dar.
1220 Grandes son los gozos que van por es’ logar.
Quando Mió Cid entró à Valencia è entró en la cibdad,
Los que fueron de pie cavalleros se facen.
El oro è la plata quien vos lo podrie contar?
Todos eran ricos quantos que alli ha.
1 225 Mió Cid don Rodrigo la quinta mandó tomar.
V. 1198. — Au vers 696, le manuscrit porte .rielad, qui nous semble préférable. Les anciens Provençaux disaient rictat.
V. 1207. — Ms. et texte de Sanchez : non le quiere detardar, mot à mot : « 11 ne veut point lui causer de retard, n A qui ?... Cela ne présente aucun sens. Il faut : non se quiere, etc. , ou mieux encore, suivant la formule habituellement employée par le poète : non lo quiere, etc.
V. 1208. — Ms. et texte de Sanchez : acoien. Ii faut, selon nous, lire acongen, comme plus haut.
V. 1 2 1 3. — Le poète veut dire que le Cid n’eut recours à aucune ruse de guerre ; qu’il ne dressa point d’embuscade, comme il avait fait précédemment pour s’emparer d’ Alcocer. — Sur la signification du mot hart, ou art, voyez Y Index de Sanchez, et surtout, voyez les vers 583 , 1507 et 2685.