V. 1/173. — Dans tout cet épisode, Sanchez
écrit Abegalvon, et plus loin, dans un autre épisode, il écrit constamment Abengalvon. ( Voyez les vers 2645 et suiv.) Selon mes conjectures, il devrait y avoir dans le manuscrit, sur la troisième lettre de ce nom , un léger signe graphique indiquant l’abréviation de l’n (Abegalvon), signe abréviatif négligé par le copiste, et auquel Sanchez a, plus
«[Et] l’évêque don Hiéronyme, tonsuré de distinction,
«Chevauchez avec cent [hommes] équipés, au besoin, pour combattre. j ¿70 «Par Sainte-Marie allez-vous-en passer;
« Allez à Molina , qui est située plus avant.
«Abengalvon y commande; c’est mon ami de paix.
«Avec cent autres cavaliers, bien il vous accompagnera.
« Allez vers Medina aussi vite que vous le pourrez faire.
1 if 75 «Ma femme et mes filles, avec Minaya Alvar Fañez,
«Ainsi qu’on m’a dit, là vous les pourrez trouver.
« Avec grand honneur amenez-les-moi en ma présence ;
«Et moi, je demeurerai à Valence qui m’a coûté beaucoup.
« Ce serait grande folie si je l’abandonnais.
1680 «Je demeurerai à Valence, car je l’ai pour héritage. »
Cela étant dit, ils pensent à chevaucher.
Autant qu’ils peuvent , ils ne cessent d’aller.*
Ils traversèrent Sainte-Marie , et vinrent s’héberger en face de ce lieu ;
Et le jour suivant , ils vinrent loger à Molina.
1 485 Le More Abengalvon, quand il sut le message,
Sortit à leur rencontre, en montrant grande joie :
«Venez, les vassaux de mon ami naturel!
«Je n’en ai point d’ennui, sachez, cela me plaît beaucoup.»
Muño Gustioz parla , il n’attendit personne :
1A90 « Mon Cid vous salue, et il nous a chargés de ce message :
«Que vous lui veniez promptement en aide avec cent cavaliers.
«Sa femme et ses filles sont dans Medina.
«[Il vous prie] que vous alliez devers elles, que vous les lui ameniez ici, «Et que d’elles, jusques à Valence, vous ne vous sépariez pas.»
1^95 Abengalvon dit : «Je le ferai volontiers.»
Ce soir-là, il leur donna des vivres en abondance.
Au matin , ils pensent à chevaucher.
On lui avait demandé cent [hommes]; mais lui, il va avec deux cents.
tard, suppléé. — Mais voici quelque chose de plus important : quel est le sens précis de la seconde moitié de ce vers ? Le Cid veut-il dire qu’Abengalvon est un ami avec lequel il vit en paix ? Non , ce serait puéril. Cette expression a , dans notre pensée , une signification plus forte et plus particulière. Le Cid veut dire, selon nous,
qu’Abengalvon est un ami sûr et dévoué , un ami à qui il donne le baiser fraternel en usage parmi les Chrétiens , le baiser de paix.
V. iû83. — Afronta él. J’ai quelques doutes sur ce passage. Si l’auteur du Poème du Cid a dit . en effet, àfrontaél, en parlant de Sancta-Maria . c’est qu’il aura sous-entendu le substantif masen-
Pasan las montañas que son fieras è grandes.
1 5oo Pasaron Mata de Toranz de tal guisa que ningún miedo non han.
Por el Val de Arbuxedo piensan à deprunar,
E en Medina todo el recabdo está.
Embió dos cavalleros Minaya Alvar Fañez que sopiesen la verdal.
Esto non detardó, ca de corazón lo han.
] 5o5 El uno fincó con ellos, è el otro tornó à Alvar Fañez :
Virios del Campeador à nos vienen buscar.
Afevos aqui Pero Bermuez è Muño Gustioz, que vos quieren sin hart, E Martin Antolinez el Burgales natural,
E el obispo don Hieronymo coronado leal,
1 5 1 o E el alcayaz Abengalvon con sus fuerzas que trae ,
Por sabor de Mió Cid de grand ondral’ dar.
Todos vienen en uno, agora legarán.
Esora dixo Minaya : baymos cavalgar.
Eso fue apriesa fecho, que no s quieren detardar.
1 5 1 5 Bien salieron den ciento que non parecen mal,
En buenos cavallos à petrales è à cascabeles,
E à cuberturas de cendales è de escudos à los cuellos.
En las manos lanzas que pendones traen,
Que sopiesen los otros de que seso era Alvar Fañez.
15-30 (O cuerno saliera de Castiella Alvar Fañez (Con estas dueñas que trae!
Los que iban mesurando è legando delant,
Luego toman armas è tornanse à departar.
Por cerca de Salon tan grandes gozos van.
Don legan los otros, à Minaya Alvar Fañez se van homiliar. i.r>2.5 Quando legó Abengalvon, dont à oio ha,
Sonrisandose de la boca, bybalo abrazar.
En el hombro lo saluda, ca tal es su usaie :
Tan buen dia convusco, Minaya Alvar Fañez!
lia lugar (lieu, endroit habité). Peut-être aussi le manuscrit primitif portait-il à frontal (en front, en face). On remarquera que l’assonance de ce couplet est en a aigu.
V. i5oi. — Deprunar. Sanchez, dans son Index, interprète: pasar, transitar (passer, traverser). J’ai adopté ee sens, avec une nuance. Ce mot
deprunar (peut-être altéré par le copiste) me semble venir du provençal deburar ( verser ).
V. 1 5 1 o. — Le mot arabe alcayaz est un titre honorifique , qui signifie chef, seigneur.