V. 1 517. — Le cendal était une étoffe de soie très-estimée
Ils passent les montagnes, qui sont rudes et grandes. i5oo ils passent Mata-de-Toranz, de telle façon qu’ils n’ont aucune crainte.
Par le Val de Arbuxedo ils pensent à descendre,
Et à Medina tout le message est présent.
Minaya Alvar Fañez envoya deux chevaliers pour savoir la vérité.
Il n’y eut pas de retard en cela , car ils l’avaient à cœur. i5o5 L’un resta avec eux, et l’autre retourna vers Alvar Fañez :
«Les troupes du Campéador nous viennent chercher.
«Voici venir Pero Bermuez et Muño Gustioz, qui vous aiment sincèrement, « Et Martin Antolinez , naturel de Burgos ,
«Et l’évêque don Hiéronyme, loyal tonsuré,
1010 «Et l’alcayaz Abengalvon, avec les forces qu’il amène,
«Pour complaire à Mon Cid [et] lui faire grand honneur.
«Ils viennent tous ensemble, ils vont arriver. r.
Alors Minaya dit : «Bemontons à cheval.»
Cela fut aussitôt fait, car ils ne veulent pas perdre de temps, i ó 1 5 Ils sortirent de là bien cent qui n’ont pas mauvaise apparence ,
Sur de bons chevaux à poitrail et à grelots ,
Et à couvertures de cendal, et leurs écus à leurs cous.
[Ils avaient] en main leurs lances qui portent un pennon,
Afin que les autres sussent de quelle prudence était Alvar Fañez. lóao l Oh! comme il sortit de Castille, Alvar Fañez,
( Avec ces dames qu’il mène !
Ceux qui allaient sondant [le terrain] et marchant en avant,
Prennent aussitôt les armes et de nouveau se séparent.
Aux environs du Jalon il y a très-grande joie.
Là où les autres arrivent, ils vont s’humilier devant Minaya Alvar Fañez. Lorsqu’arriva Abengalvon, dès qu’il l’aperçut,
Souriant de sa bouche , il alla l’embrasser.
Il le salue sur l’épaule, car telle est sa
«Quel heureux jour avec vous, Minaya
V. i52t et suiv. — Le poëte veut, je crois, parler de quelques cavaliers qu’ Abengalvon avait envoyés en éclaireurs.
V. 1527. — Remarquer, à cet endroit, le sens du mot saludar (donner un baiser). Le mot saluer, bien qu’il ait vieilli , est encore très-français en ce sens. Dans le Cérémonial de la cour de
coutume :
Alvar Fañez !
France , rédigé en 1818, au chapitre intitulé Cérémonial pour la barette, on lit : «....La dame d’honneur se lève, fait une révérence à la reine , et sort deux pas hors du cabinet pour recevoir le cardinal. Son Eminence la salue à la joue....» (Manuscrits de la Bibliothèque du Louvre, in-i0, F. 7201.)
Traedes estas dueñas poro valdremos mas.
1 53o Mugier del Cid Lidiador è sus fijas naturales, Ondrarvos hemos todos, ca tal es la su auce.
Mager que mal le queramos, non gelo podremos fer. En paz ô en guerra de lo nuestro havrá.
MuchoT tengo por torpe qui non conosce la verdad.
1 535 Sonriso s de la boca Minaya Alvar Fañez :
Hy, Abengalvon , amigol’ sodes sin falla.
Si Dios me legare al Cid è lo vea con el alma,
Desto que avedes fecho vos non perderedes nada. Vayamos posar, ca la cena es adobada.
i54o Dixo Abengalvon : plazme desta presentaya;
Antes deste tercer dia vos la daré doblada.
Entraron en Medina, sirvialos Minaya.
Todos fueron alegres del servicio que tomaron.
El portero del Rey quitarlo mandaba.
i5¿5 Ondrado es Mió Cid en Valencia do estaba
De tan grand conducho como en Medina!’ sacaban. El Rey lo pagó todo , è quito se va Minaya.
Pasada es la noche, venida es la mañana,
Oyd a es la misa, è luego cavalgaban.
1 55o Salieron de Medina, è Salon pasaban.
Arbuxuelo arriva privado aguijaban.
El campo de Torancio luegol’ atravesaban.
Vinieron à Molina la que Abengalvon mandaba.
El obispo don Hieronymo buen christiano sin falla ,
1 555 Las noches è los dias las dueñas aguardando,
En buen cavallo, en diestro que va ante sus armas. Entre él è Alvar Fañez yban à una compaña. Entrados son à Molina buena è rica casa.
El Moro Abengalvon bien los sirvie sin falla.
V. i53o. — Au moyen âge, en France comme en Espagne , on disait : Mon seigneur naturel, tncs filles naturelles, pour dire : Mon seigneur légitime, mes filles légitimes.
V. i53a. — Deux observations sur ce vers. — 1° Podremos, au lieu de podriemos , le futur au lieu du conditionnel. C’est dans la manière du
poète. — 2° Le verbe fer, au lieu de far , qui est appelé par l’assonance. Ceci doit être une faute du copiste.
V. 1 5 3 A . — En disant qu'il veut du mal au Cid (v. 153a), Abengalvon s’amuse, et il se hâte d’ajouter qu’aucun homme de sens ne prendra cette plaisanterie pour une parole sérieuse.
«Vous amenez ces dames, par où nous vaudrons mieux. i53o « Femme du Cid Batailleur, et ses filles légitimes,
«Nous devons tous vous honorer, car tels sont ses "auspices.
« Quoique nous lui voulions du mal, nous ne pourrions lui en faire. «En paix ou en guerre, il aura [toujours] du nôtre.
«Je tiens fort pour stupide celui qui ne reconnaît point la vérité N 1 535 Minaya Alvar Fañez sourit de sa bouche :
«Oui, Ahengalvon, vous êtes son ami sans faute.
«Si Dieu me ramène vers le Cid, et que je le revoie vivant,
«De ce que vous avez fait vous ne perdrez rien.
« Allons nous héberger, car le souper est prêt, v
i54o Ahengalvon dit : «Je vous sais gré de cette offre;
«Avant trois jours d’ici je vous la rendrai au double. «
Ils entrèrent dans Medina; Minaya les traita.
Tous furent joyeux du traitement qu’ils reçurent.
Le portier du Roi donna l’ordre de l’acquitter.
1 545 Mon Cid est honoré, à Valence où il se tient,
De [ces] vivres si considérables qui furent pour lui servis à Medina. Le Roi paya tout cela, et Minaya s’en alla quitte.
Passée est la nuit, venu est le matin,
Entendue est la messe, et aussitôt ils chevauchaient.
1 55o Ils sortirent de Medina et passèrent le Jalon.
En remontant Arbuxuelo, ils cheminèrent promptement.
Us traversèrent aussitôt le champ de Torancio.
Us vinrent à Molina , où commandait Ahengalvon.
L’évêque don Hiéronyme , bon chrétien sans faute ,
1 555 La nuit et le jour veillait sur les dames,
Sur un bon cheval, sur un destrier qui va devant ses armes.
Entre lui et Alvar Fañez elles allaient de compagnie.
Us sont entrés dans Molina, bonne et riche ville.
Le More Ahengalvon les traita bien sans faute.
V. 1 543. — Au lieu de tomaron, l’assonance exige tomaban. Faute du copiste.
Y. 1 54 4. — Sur le sens que nous donnons ici au verbe quitar, voyez les vers i388 et suivants. — Sanchez se contente de mettre deux points à la fin de ce vers. Cependant le sens est complet.
Y. i553. — Sanchez, reproduisant fidèlement le manuscrit, donne Medina ; mais le savant éditeur ajoute en note qu’il faut lire Molina. La correction nous ayant paru bonne, nous l’avons transportée dans le texte.
V. i556. — Le destrier marchait devant le romain qui portait l’armure.
i56o De quanto que quisieron non ovieron falla :
Aun las ferraduras quitargelas mandaba.
A Minaya è à las dueñas , Dios , como las ondraba !
Otro dia mañana luego cabalgaban.
Fata en Valencia sirviales sin falla.
1 565 Los sos despendió el Moro, que de lo só non tomaba nada. Con estas alegrías è nuevas tan ondradas,
Apres son de Valencia, à tres leguas contadas.
A Mió Cid el que en buena ora násco,
Dentro à Valencia liebanle el mandado.