BALLADE ÉCOSSAISE
En mai dernier un beau galant descendit la longue vallée ,
Et m'assourdit cruellement de son amour : Je dis qu'il n'y avait rien que je détestasse autant que les hommes,
Le diable l'emporte de m'avoir cru, de m'a voir cru,
Le diable l'emporte de m'avoir cru'.
20 4 POÉS t^ DE JJLr.NS.
11 parla de dards dans mes beaux \eux noirs ,
Et jura qu'il mourait d'amour pour moi ; Je dis qu'il pouvait mourir tant qu'il voudrait pour Jeanne,
Dieu me pardonne d'avoir menti , d'avoir menti,
Dieu me pardonne d'avoir menti 1
Une ferme bien montée . dont lui-même était le laird , Et le mariage sur-le-champ , étaient ses propositions ;
Je ne laissai pas voir que je le savais, ou m'en souciais,
Mais je pensais que je pouvais avoir des offres pires, des offres Mais je pensais que je pouvais avoir des offres pires, [pires,]
Mais, que croyez-vous', au bout de quinze jours, ou moins,
Le diable lui donna l'envie d'aller près d'elle , Il monta pai' Gateslack chez ma cousine Bessy '.
Jugez si, cette pécore, je pus la souffrir, la souffrir,
Jugez si, cette pécore, je pus la souffrir!
Mais, toute la semaine suivante étant dévorée de soucis. J'allai à la foire de Dalgarnock,
Et ne voilà-t-il pas que mon beau volage était là'.
J'ouvris de grands yeux comme si j'avais vu un sorcier, un sor- J 'ouvris de grands yeux comme si j'ovais vu un sorcier, [cier,]
Mais par-dessus mon épaule gauche je lui lançai une œillade , De peur que les voisins ne pussent dire que j'étais effrontée;
Mon galant cabriola comme s'il était pris de boisson, Et jura cpie j'étais sa bien-aimée, sa bien-aimée, Et jura que j'étais sa bien-aimée.
Je demandai des nouvelles de ma cousine, d'un ton doux et affec- Si elle avait recouvré l'ouïe, [tueux,]
Et comment ses souliers neufs allaient à ses vieux pieds contre- Mais, ô ciel '. comme il se mit à jurer, à jurer, [faits — ] Mais , ô ciel ! comme il se mit à jurer !
11 me conjura, pour l'amour de Dieu, de vouloir bien être sa femme,
Sans ([uoi le chagrin le tuerait :
Si bien que. pour conserver la vie au pauvre hère ,
Je pense (pie je dois l'épouser demain, demain.
Je pense que je dois l'épouser demain.
Que jamais femme ne se plaigne
D'inconstance en amour; Que jamais femme ne se plaigne.
L'homme volage est sujet à courir
POÉSIES DE 1JLH>S. 20o
Parcourez des yeux toute la nature, La puissante loi de la nature, c'est le clianizcmont . Mesdames, ne serait-ce point étrange, L'homme alors de\iendrait un monstre?
Regardez les vents, et regardez les cieux,
Le flux de l'Océan et son reflux ; Le soleil et la lune ne se couchent que pour se lever.
Les saisons se succèdent tour à tour.
Pourquoi donc demander que l'homme si faible
S'oppose au plan de la grande Nature ? Nous serons constants tant que nous pourrons —
Tous ne pouvez pas faire mieux , vous le savez.