CHLORIS
Mil Chloris, vois comme les bois sont verts, Comme les lits de primevères sont beaux ;
Les brises embaumées éveillent les fleurs , Et font flotter tes boucles de lin.
L'alouette évite le palais splendide
Et chante sur la chaumière, Car la Nature a un sourire aussi doux , je crois ,
Pour les bergers que pour les rois.
Que les ménestrels fassent résonner la corde habile
Dans la salle illuminée des seigneurs , Le berger touche son simple roseau ,
Joyeux, dans le bois de bouleaux.
La fête princière peut regarder
Notre danse rustique avec dédain , Mais leurs cœurs sont-ils aussi légers que les nôtres
Sous l'épine blanche comme le lait ?
Le berger, dans le vallon fleuri.
Fera l'amour dans sa langue de berger : Le ccvirtisan dit de plus belles choses ,
Mais son cœur est-!l aussi vrai ?
J'ai cueilli dans le bois ces fleurs sauvages, pour parer
Ton sein sans tache 1 Les joyaux des courtisans peuvent attester de l'amour —
Mais ce n'est pas un amour comme le mien.
Mon père était un fermier
Sur les limites de Carrick, oh !
Et il m' éleva soigneusement
Dans des idées de bienséance et d'ordre, oh
11 me recommanda d'agir en homme,
Quand je n'aurais jamais un liard, oli 1
Car, sans un cœur honnête et mâle,
Nui lioininc n'est di.L'ue d'èln^ rcLTardi'', oh 1
POÉSIES DE BL'RNS. iOO
Alors je mo dOtiMininai à prendre Ma couise dans le monde , oh '.
Quoiquètre riche ne fût pas mon désir, Etre grand avait des charmes, oh 1 Mes talents n'étaient pas des pires; Mon éducation non plus, oh !
J "étais du moins résolu à essayer D'améliorer ma position , oh 1
De mainte manière, mais sans succès,
Je courtisai la faveur de la fortune , oh 1
Toujours quelque cause invisible vint à la traverse
Frustrer chaque effort , oh 1
Tantôt j'étais écrasé par des ennemis,
Tantôt abandonné par des amis , oh !
Et, quand j'étais au comble de l'espoir,
C'est toujours alors que j'étais le plus déçu, oh 1
Alors, cruellement harassé, et las entin
Des déceptions de la fortune, oh 1
Je laissai là mes plans , comme de vains rêves ,
Et j'arrivai à cette conclusion, oh !
Que le passé était mauvais, et l'avenir caché,
Son bien et son mal inconnus, oh 1
Mais que l'heure présente était en mon pouvoir,
Et qu'ainsi j'en jouirais, oh 1
Je n'avais ni aide, ni espoir, ni perspective,
Ni personne pour m' épauler, oh 1
Il fallait donc peiner, et suer, et griller,
Et travailler pour subsister, oh !
A labourer et semer, à moissonner et faucher,
Mon père m'avait élevé de bonne heure, oh !
Car un homme accoutumé au travail, disait-il.
Pouvait lutter avec la fortune, oh !
Ainsi tout obscur, inconnu et pauvre,
Je suis condamné à errer dans la vie, ohl
Jusqu'à ce que je repose mes os fatigués
Dans le sommeil éternel , oh 1
Sans but ni souci que d'éviter tout ce qui pourrait
Me causer peine ou chagrin , oh 1
Je vis aujourd'hui du mieux que je peux,
Sans m'occuper de demain, oh '.
ilais, toujours gai. je suis aussi bien
Ou'ini monarque dans un palais, oh 1
Ouoique l'inimitié de la Fortune me pourch.isse toujours
Avec sa malignité habituelle, oh 1
Je p;a?;ne , il est vrai . le pain de la journée ;
Mais jamais je ne puis aller au delà, oh !
Mais, comme le pain de la journée est tout ce dont j'ai besoin
Je ue m'occupe pas beaucoup d'elle, oh !
Quand parfois mon travail
Me procure un peu d'argent, oh !
Quelque infortune inattendue
M'arrive généralement, oh!
Fatalité, méprise, ou négligence,
Ou folle bonté, oh!
Mais, arrive que voudra, je l'ai toujours juré,
Je ne serai jamais mélancolique, oh 1
Vous tous qui poursuivez la fortune et le pouvoir
Avec une ardeur infatigable, oh l
Plus vous cherchez le bonheur ici ,
Plus vous le perdez de vue , oh !
Eussiez-vous la richesse dont se vaiite le Potose ,
Ou des nations pour vous adorer, oh !
Je préférerai toujours à vous
Un joyeux paysan au cœur honnête, oh !
LXXYI.