‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 144 sur 267 · CHLORIS · texte numérisé non relu

CHLORIS

Mil Chloris, vois comme les bois sont verts, Comme les lits de primevères sont beaux ;

Les brises embaumées éveillent les fleurs , Et font flotter tes boucles de lin.

L'alouette évite le palais splendide

Et chante sur la chaumière, Car la Nature a un sourire aussi doux , je crois ,

Pour les bergers que pour les rois.

Que les ménestrels fassent résonner la corde habile

Dans la salle illuminée des seigneurs , Le berger touche son simple roseau ,

Joyeux, dans le bois de bouleaux.

La fête princière peut regarder

Notre danse rustique avec dédain , Mais leurs cœurs sont-ils aussi légers que les nôtres

Sous l'épine blanche comme le lait ?

Le berger, dans le vallon fleuri.

Fera l'amour dans sa langue de berger : Le ccvirtisan dit de plus belles choses ,

Mais son cœur est-!l aussi vrai ?

J'ai cueilli dans le bois ces fleurs sauvages, pour parer

Ton sein sans tache 1 Les joyaux des courtisans peuvent attester de l'amour —

Mais ce n'est pas un amour comme le mien.

Mon père était un fermier

Sur les limites de Carrick, oh !

Et il m' éleva soigneusement

Dans des idées de bienséance et d'ordre, oh

11 me recommanda d'agir en homme,

Quand je n'aurais jamais un liard, oli 1

Car, sans un cœur honnête et mâle,

Nui lioininc n'est di.L'ue d'èln^ rcLTardi'', oh 1

POÉSIES DE BL'RNS. iOO

Alors je mo dOtiMininai à prendre Ma couise dans le monde , oh '.

Quoiquètre riche ne fût pas mon désir, Etre grand avait des charmes, oh 1 Mes talents n'étaient pas des pires; Mon éducation non plus, oh !

J "étais du moins résolu à essayer D'améliorer ma position , oh 1

De mainte manière, mais sans succès,

Je courtisai la faveur de la fortune , oh 1

Toujours quelque cause invisible vint à la traverse

Frustrer chaque effort , oh 1

Tantôt j'étais écrasé par des ennemis,

Tantôt abandonné par des amis , oh !

Et, quand j'étais au comble de l'espoir,

C'est toujours alors que j'étais le plus déçu, oh 1

Alors, cruellement harassé, et las entin

Des déceptions de la fortune, oh 1

Je laissai là mes plans , comme de vains rêves ,

Et j'arrivai à cette conclusion, oh !

Que le passé était mauvais, et l'avenir caché,

Son bien et son mal inconnus, oh 1

Mais que l'heure présente était en mon pouvoir,

Et qu'ainsi j'en jouirais, oh 1

Je n'avais ni aide, ni espoir, ni perspective,

Ni personne pour m' épauler, oh 1

Il fallait donc peiner, et suer, et griller,

Et travailler pour subsister, oh !

A labourer et semer, à moissonner et faucher,

Mon père m'avait élevé de bonne heure, oh !

Car un homme accoutumé au travail, disait-il.

Pouvait lutter avec la fortune, oh !

Ainsi tout obscur, inconnu et pauvre,

Je suis condamné à errer dans la vie, ohl

Jusqu'à ce que je repose mes os fatigués

Dans le sommeil éternel , oh 1

Sans but ni souci que d'éviter tout ce qui pourrait

Me causer peine ou chagrin , oh 1

Je vis aujourd'hui du mieux que je peux,

Sans m'occuper de demain, oh '.

ilais, toujours gai. je suis aussi bien

Ou'ini monarque dans un palais, oh 1

Ouoique l'inimitié de la Fortune me pourch.isse toujours

Avec sa malignité habituelle, oh 1

Je p;a?;ne , il est vrai . le pain de la journée ;

Mais jamais je ne puis aller au delà, oh !

Mais, comme le pain de la journée est tout ce dont j'ai besoin

Je ue m'occupe pas beaucoup d'elle, oh !

Quand parfois mon travail

Me procure un peu d'argent, oh !

Quelque infortune inattendue

M'arrive généralement, oh!

Fatalité, méprise, ou négligence,

Ou folle bonté, oh!

Mais, arrive que voudra, je l'ai toujours juré,

Je ne serai jamais mélancolique, oh 1

Vous tous qui poursuivez la fortune et le pouvoir

Avec une ardeur infatigable, oh l

Plus vous cherchez le bonheur ici ,

Plus vous le perdez de vue , oh !

Eussiez-vous la richesse dont se vaiite le Potose ,

Ou des nations pour vous adorer, oh !

Je préférerai toujours à vous

Un joyeux paysan au cœur honnête, oh !

LXXYI.

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