‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 207 sur 267 · ÉPITRE A R. GRAHAM, ESQ · texte numérisé non relu

ÉPITRE A R. GRAHAM, ESQ

Quand la Nature enfanta son grand chef-d'œuvre ,

Et composa son dernier, son meilleur ouvrage, l'àme humaine;

L'œil fixé sur tout ce plan compliqué ,

Elle forma de diverses parties l'homme si divers.

Elle produit dabord la foule des hommes utiles, Le grossier et pénible labeur et le mérite sans éclat ; Puis les paysans, les fermiers, ces vrais fils de la terre. Et tous les enfants du commerce prennent naissance : Chaque prudent bourgeois reçoit une chaude existence , Et toute la race des artisans aux nombreux tabliers. Quelques autres espèces plus rares manquent encore, Le plomb et le liège sont nécessaires au filet : Le caput mortuum des désirs grossiers Fait des matériaux pour les simples chevaliers et squires* Le phosphore martial apprend à couler, Elle pétrit la lourde pâte philosophique , Puis trace sur la masse inflexible de graves dessins , Lois, physique, politique et profonde théologie ; Enfin, elle sublime laurore des pôles, Eléments étincelants de l'àme des femmes.

Le système coordonné se présentait bien, La Nature, charmée, le déclara très-bon; Mais, avant de cesser son travail de créateur, Moitié plaisanterie, elle essaya encore un curieux travail. Certaine matière écumeuse, ignée, de feu follet, Telle que le plus léger souffle d'air put la disperser; Avec une joie maligne et une gaieté secrète (La Nature peut avoir ses lubies aussi bien que nous. Peut-être voulait-elle montrer son talent à la Hogarthj , Elle forme la chose et la baptise — un poète. Créature (lui , bien que souvent la proie du souci et du chagrin ,

Heureuse aujourd'hui, ne songe pas à demain;

Un être formé pour amuser ses amis plus graves,

.Admiré et loué — et là finit l'hommage ;

Un mortel entièrement inhabile aux luttes de la Fortune .

Mais souvent le jouet de tous les maux de la vie ;

Brûlant dessuyer chaque larme, d'apaiser chaque soupir.

Mais rarement obtenant la moindre attention pour les siens.

Pourtant l'honnête Nature n'est pas tout à fait un Turc, Elle commença par rire, puis elle s'attendrit sur son pauvre ouvrage. A} ant pitié de vo.r sans appui cette plante grimpante de l'humanité, Elle avisa à lui trouver un arbre en plein vent ; Et, pour soutenir son débile état de chèvrefeuille, Elle l'attacha au généreux vraiment grand, Seul titre que j'invoque Pour étreindre avec force la main secourable du bienfaisant Graham.

Aie pitié de la misérable troupe des muses mélodieuses, Faibles et timides soldats de la mer orageuse de la vie ! Leurs cœurs ne sont pas d'une matière égoïste, dure, absorbante, Qui ne donne jamais — quoique humblement elle prenne assez ; Le peu que la destinée leur accorde, ils le partagent aussitôt, A l'opposé du bienfait sensé, proverbial, et difficilement obtenu de Le monde serait heureux si lebonheur dépendait d'eux, [la sagesse.] Ah 1 faut-il « que le cœur aimant manque jamais d'ami ! » Que la prudence énumère chacun de ses vigoureux iils , Qui du même pied entrèrent dans la vie et dans la sagesse, Qui raisonnent leurs sentiments et règlent leur bienfaisance (L'instinct est une brute, et le sentiment un foui ), Qui mettent le pauvre « je ferai » aux ordres de « je devrais » — Nous reconnaissons qu'ils sont prudents, mais qui trouve qu'ils 0 gens sages, retirez-vous', vous blessez l'œil sociable,' soient bons?] Image de Dieu gross.èrement gravée sur de bas aloi ! Mais venez, vous qui connaissez ce plaisir divin, Cet attribut spécial du ciel — donner ! Dont les bras aimants voudraient étreindre la race humaine : Viens, toi qui donnes avec toute la grâce d'un homme de cour, Ami de ma vie, vrai patron de mes vers. Appui de mes plus chères espérances d'avenir ! Pourcjuoi mon âme à demi rougissante, à demi effrayée, Recule-t-elle , honteuse de demander ton assistance amicale ? Je connais mon indigence, je connais ta main libérale. C'est sur ton ordre obligeant que j'implore ton amitié; Mais il en est qui courtisent les neuf mélodieuses — Ciel ! mon nom aurait-il ce stigmate 1 Dont les vers coulent avec une màlc et sublime fierté, Quoi(iue les plus vils reptiles dans leur prose de mendiants. Vois comme leur esprit hautain et indépendant Vole sur l'aile méprisante du mépris outragé ! Ne cherche pas à en trouver les preuves dans leur vie privée;

POÉSIES J)E BUUNS. 289

Quelle pitié que les meilleurs mois ne soient que du vent !

Ainsi le chant aigu de Talouette monte aux portes du ciel ,

Mais sa chanson finit en rampant sur la terre.

De tous les cris bruyants du besoin afTamé,

Ils importunent la bienveillance avec un front éhonté;

Obligez-les, prenez sous votre patronage leur clinquant rimé,

Ils vous persécuteront tout le reste de vos jours !

Avant que ma pauvre àme se plonge dans une telle damnation ,

Que ma main calleuse reprenne la charrue :

Rapiéçons une fois encore ma veste toute bigarrée ;

J'ai déjà vécu avec trente-six sous par semaine.

Quoique, grâce au ciel , je brave même cette dernière extrémité,

J'espère, cependant, que l'objet de ma requête est à ta nomination ;

Que , placée par toi sur la hauteur désirée,

Où l'homme et la nature s'offriront plus beaux à sa vue.

Ma muse pourra ajuster son aile pour quelque essor plus sublime.

FRAGMENT

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