A LA MAITRESSE DE WAUCHOPE HOUSE
(mISTRESS SCOTT, DE WAUCHOPE.)
Chère dame,
Je m'en souviens bien, il y a long-temps, Quand j'étais imberbe, jeune et timide,
l. Burns veut dire ruisseaux.
Et que je commençais à battre en grange Ou à mener la charrue, Et quoiciue cruellement fatigué,
Cependant très-fier d'apprendre ; Quand pour la première fois dans le blé jaune
Je comptais pour un homme.
Et qu'avec les autres, chaque joyeux matin, Je pouvais choisi-- mon sillon et ma fille, Toujours coupant , et éca'iant
L'aulre rang mis en Las, Et mille joje'jx propos
Aidant à passer la journée ;
Même alors mon désir (je m'en rappelle la violence), Un désir qui jusqu'à ma dernière heure
Fera fortemenc batire mon cœur — Etait de pouvoir pour ma pauvre vieille Ecosse Faire quelque plan ou livre utile,
Ou du moms chanter une chanson.
Loin du chardon hénssé de la bai'dane, qui s'étendait
Dans l'orge îjarbu, Je détournais le sarcloir
Et épargnais son cher symbole; Ni nation ni condition
Ne pouvait exciter mon envie; Toujours Ecossais, mais toujours griffonnant, Je ne connaissais pas de plus belle louange.
Mais toujours les éléments du chant ,
Dans un mélange confus et informe, bons et mauvais,
Flottaient épars dans mon cerveau; Jusqu'à cette moisson dont j'ai parlé, Où mon associée dans la bande joyeuse
Anima l'accord qui se formait.
Je la vois encore, l'attrayante coquine. Son sourire ensorcelant, ses yeux malins Qui faisaient tinter les fibres de mon cœur ! Moi, enflammé, inspiré
Au feu de chaque œillade.
Mais rougissant et m'intimidant, Je craignais toujours de parler.
A la santé du beau sexe , dit chaque bon garçon , Et des danses joyeuses dans les jours d'hiver.
Et nous pour en avoir notre part 1 L'assaisonnement de la joie, le baume de la douleur, La vie de l'àme, le ciel ici-bas.
Telle est la femme enivrante.
0 vous , pisse-froid moro.ses qui en haïssez le nom ,
Songez à votre mère; L'honnête femme, elle peut regarder comme une honte Que vous lui soyez alliés ;
Vous êtes d'étranges hommes, vous n'êtes pas des hommes,
Vous qui dédaignez les chères belles ; Chaque honnête gaillard jure
De vous faire honte, de vous renier.
Quant à vous qui n'êtes pas née pour la grange et l'étable, Et qui faites rendre de doux accords à la lyre écossaise,
Merci de vos vers.
Le plaid bigarré que vous me destinez obligeamment Serait porté par moi avec reconnaissance;
Il me rendrait agréable aux Muses.
Je serais p'us fier de mon manteau
Pendant sagement sur ma croupe, Que d'aucune hermine ruisselante Ou orgueilleuse pourpre impériale.
Adieu donc ; qu'une longue santé
Et l'abondance soient votre lot:
Puissent les pertes et les traverses
Ne jamais frapper à votre porte 1
Mars 1787.