LE VIEUX PONT
Buse suffisante , bouffie de vain orgueil 1
Voilà bien des années que je résiste au flux et au reflux ;
Et quoique à force de décrépitude je sois en bien mauvais état ,
Je serai un pont quand vous serez un informe amas de pierres !
Jusqu'ici vous n'avez pas vu grand'chose,
Mais deux ou trois hivers vous instruiront mieux.
Quand de lourdes, sombres, continuelles pluies de toute une journée
Inonderont les plaines d'un vaste déluge ;
Quand des montagnes d'où sort le bruyant Coïl .
De celles où boni Uonnent les sources moussues de l' imposant Lugar,
De celles où le Greenock serpente dans les landes, [d'eau.]
De celles d où le Garpal , hanté par les esprits, tire son faible filet
Réveillée par les vents tumultueux et les dégels salissants ,
En maint torrent descendra la neige fondue ; [santé,]
Tandis que les glaçons qui craquent, portés sur l'avalanche rugis-
Balayeront et détruiront tout, écluses, moulins et ponts;
Et que, depuis Glenbuck - jusqu'à Ratton-Key ^ ,
La vieille Ayr ne sera (piune mer immense et tumultueuse, —
Alors vous V0U.S écroulerez du diable si jamais vous vous relevez!).
Et vous ferez jaillir les eaux boueuses jusqu'aux cataractes du ciel :
Triste leçon c[ui vous apjnendra . à vos dépens ,
Que le noble art de l'architecture est perdu.