‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 45 sur 267 · CHANT SECOND · texte numérisé non relu

CHANT SECOND

Profondément pensif, et d'un œil ébahi . Je reiïardais la belle aux traits célestes ; Les battements de mon cœur témoignaient à voix basse

D'une douce parenté, Lorsque, d'un air de sœur aînée,

Elle me complimenta.

a Salut , mon barde inspiré 1

Regarde en moi ta Muse nationale !

Ne te plains plus que ton sort soit si dur,

Si pauvre et si bas 1 Je viens t'apporter une récompense

Comme nous en donnons.

» Sache que le grand génie de cette terre A maintes troupes légères , aériennes , Qui, toutes sous son haut commandement.

Harmonieusement , Selon qu'elles entendent les arts ou les armes,

S'appliquent au travail.

» Elles se partagent la race de l'Ecosse; Les unes allument l'audace du soldat; D'autres excitent le patriote à mettre à nu

Le cœur do la Corruption ; D'autres enseignent au barde, soin chéri 1

L'art mélodieux.

> Parmi ces flots de sang qui s'enflent et qui fument, Elles répandent les esprits ardents, enflammés: Ou, au milieu des rugissements du sénat vtnal.

Invisibles, elles se tiennent Pour amender l'honnête enseignement patrii.ticjue ,

Et donner de la grâce au geste.

» Et cpiand le barde ou le sage à tète blanche

Charment ou instruisent l'âge futiu',

En comprimant l'élan de la fureur poétique.

Elles en doublent l'énergie.

Ou indi(|uent la page peu concluante

Pleinement à l'œil.

» De là Fullarton , le jeune brave ;

Do là la parole inspirée du zélé Dempster:

De là le doux et harmonieux Beattie chanta

Ses Lais du Ménestrel; Ou arracha . piqué d'une noble ardeur,

Les lauriers du sceptique.

» Aux ordres inférieurs sont assignés

Les rangs plus humbles de l'espèce humaine ,

Le barde rustique, le journalier,

L'artisan ; Toutes choisissent, suivant leurs différents penchants v

Différents hommes.

>^ Quand jaune ondoie le grain pesant ,

Les unes contieiment avec force l'orage menaçant ;

D'autres instruisent à améliorer la plaine

Par la science de la culture; Et d'autres enseignent la troupe des bergers

Joyeux sur la montagne.

» Les unes insinuent à l'amant ses ruses innocentes; D'autres embellissent le sourire ingénu de la jeune fille , D'autres adoucissent le travail hai'assant du laboureur

Pour d'humbles gains, Et, par les scènes dont sa cabane est le théâtre, trompent

Ses soucis et ses peines.

» D'autres, bornées à l'espace d'un district, Explorent à fond la race naissante de l'homme Pour découvrir la trace enibryonique

Du barde rustique; Et notent soigneusement chaque grâce qui s'entrouvre

Comme guide et gardienne.

» Je suis de celles-là — Coïla est mon nom ; Et je réclame comme à moi le district Où jadis les Campbells, chefs renommés,

Eurent le souverain pouvoir :

J'ai découvert l'embryon de ta flanmie mélodieuse

A l'heure de ta naissance.

» Avec espoir dans l'avenir j ai souvent contemplé

Tendrement tes petits essais précoces.

Tes chants guerriers, la rude harmonie de ta phra.se

Aux rimes étranges, Inspirée aux lais simples, sans art.

Des autres temps.

j(i P0ÉS1E^^ DE BURNS.

» Je t'ai vu chercher la rive relontissante, Ravi du rugissement de la lame qui se brisait; Ou quand le Nord poussait ses blancs troupeaux

A travers les cieux , Jai vu que le pâle visage de la nature assombrie

Frappait tes jeunes yeux.

» Ou quand la terre, couverte d'un manteau vert-foncé, Chaude, protégeait la naissance de chaque petite fleur. Et que la joie et la musique se répandaient à flots

Dans chaque bosquet , Je t'ai vu contempler la gaieté générale

Avec un amour sans bornes.

» Quand les champs mûris et les cieux d'azur Eveillaient les bruits confus de la moisson, Je t'ai vu quitter les plaisirs de la soirée

Et marcher solitaire, Pour exhaler le gonflement de ton sein soulevé,

Dans une promenade pensive.

» Quand l'Amour jeune, la joue en feu, plein de force, Passait sur tes nerfs tout frissonnants, Ces accents agréables à ta langue.

Le nom adoré.

Je t'appris à les répandre en chants

Pour apaiser ta flamme.

» Je vis le mouvement désordonné de ton pouls,

Indocile, t'égarer sur les pas du Plaisir,

Abusé par le lumineux météore de l'Imagination,

Entraîné par la Passion ; Mais pourtant la lumière qui te détournait du droit chemin

Etait une lumière du ciel.

» J'enseignai à tes chants, qui peignent les mœurs.

Les amours, les manières des simples bergers,

Si bien que maintenant sur tous mes vastes domaines

Ta réputation s'étend, Et que plusieurs, l'orgueil des plaines de Coda,

Deviennent tes amis.

» Tu ne peux i)as a|)pri'iuhe et je ne puis te montrer A peindre avec l'éclat des paysages de Thomson : Ni à éveiller dans l'àme l'émotion poignante

Avec l'art de Shenstone; Ni à verser avec Gray la lave attendrissante

Chaude sur le cd'ur.

POESIES DE lU UNS.

» Mais, tout au-tlossous de la rose incomparnblc , L'humble marguerite ne fleurit pas sans charme : Quoiqu "au loin le monarque de la forêt étende

L'ombre de ses bras, Cependant l'aubépine pleine de sève verdoie

Dans le vallon.

» Ne murmure donc ni ne te chaiirine; Tâche de briller dans ton humble sphère; Et, crois-moi, ni mines du Potose,

Ni faveur de roi Ne peuvent donner un bonheur qui surpasse le tien,

Barde rustique.

» Pour donner mes conseils tous en un,

Entretiens toujours soigneusement ta flamme méludieuse:

Conserve la dignité de l'homme

D'une àme ficre, Et compte que le Plan universel

Protégera tout.

» Et porte ceci, » dit-elle d'un ton solennel. Et elle attacha le Houx autour de ma tète : Les feuilles polies et les graines rouges

Bruiront en se jouant ; Et, comme une pensée fugitive, elle disparut

Dans un ravon de lumière.

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