‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 5 sur 267 · XIV NOTICE SUR BURNS · texte numérisé non relu

XIV NOTICE SUR BURNS

contagion, je ne puis le dire. Vous autres médecins, vous parlez beaucoup d'infection par respiration , par attouchement, etc.... mais je ne lui dis jamais expressément que j"étais amoureux d'elle. En vérité, je ne savais pas moi-même pourquoi j'aimais tant à rester en arrière avec elle le soir, au retour du travail; pourquoi les notes de sa voix faisaient vibrer les cordes de mon cœur comme une harpe éolienne, et particulièrement pourquoi mon pouls battait si fort quand japprochais l'œil et le doigt de sa petite main, pour en extraire-les cruels piquants de la ronce ou du chardon.

» Entre autres qualités séduisantes, elle chantait avec tant de charme! C'est sur son réel favori que j'essayai mes premiers vers. Je n'étais pas assez présomptueux pour m'imaginer qu'ils vaudraient ceux imprimés, composés par des hommes qui savaient le grec et le latin. Mais ma belle chantait une chanson faite, disait-on, par le fils d'un petit laird de campagne sur une des filles en service chez son père , et dont il était amoureux; et je ne voyais pas pourquoi je ne pourrais pas rimer aussi bien que lui , car, au toti\l , il nétait pas plus savant que moi.

» Tel fut mon début en amour et en poésie, ma plus vive et parfois ma seule jouissance. Mon père, à force de courage, ayant atteint répo(iue de la résiliation de son bail, entra dans une plus grande ferme, environ dix milles plus loin dans le pays. Son marché était de nature à lui procurer quehiue peu d'argent comptant au commencement de son bail : autrement l'affaire eût été impraticable. Pendant quatre années, nous y vécûmes assez à notre aise. Mais une dithculté s'étant élevée entre lui et son ])ropriétaire, ajirèsavoir été ballotté trois ans dans le tourbillon de la chicane, mon ])ère fut sauvé tout juste, des horreurs d un emprisonnement, par une consomi)lionqui, après deux annéesdc promesses, voulut bien le visiter enfin , el remporter c ou les méchants ces-

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sent de tourmenter, et où les fatigués sont en repos. » » C'est à l'époque où nous vécûmes sur cette ferme que ma petite histoire est le plus remplie d'événements. Au commencement de cette période, j'étais peut-être le garçon le plus emprunté, le plus gauche de la paroisse. Nul solitaire n'était moins au fait des voies du monde. Ce que je savais d'histoire ancienne, je le tenais des grammaires géographiques de Salmon et de Guthrie; et les idées que je m'étais formées sur les mœurs modernes, sur la littérature et la critique, je les devais au Spectateur. Ajoutez-y les œuvres de Pope , quelques pièces de Shakspeare, TuU et Dickson, sur l'agriculture ; le Panthéon païen ; l'Essai de Locke sur l'entendement humain; l'Histoire de la Bible, de Stackhouse; le Guide du jardinier breton, par Justice; les leçons de Bayle , les œuvres d'Allan Ramsay, la Doctrine de l'Écriture sur le péché originel, par Taylor; un Recueil choisi de chansons anglaises, et les Méditations deHervey, et vous aurez toutes mes lectures. Le Recueil de chansons était mon vade-mecum. Tout en conduisant ma charrette ou me rendant à l'ouvrage, je les dévorais, chanson par chanson, vers par vers, distinguant soigneusement le vrai tendre ou sublime de l'affectation et de l'ampoulé. Je suis convaincu que je dois à cette habitude beaucoup de mon habileté de critique, telle quelle.

» Dans ma dix-septième année, pour me dégourdir un peu , j'allai à une école de danse de campagne. ^lon père avait une antipathie inconcevable contre ces réunions, et c'est contrairement à ses désirs ([ue j'y allais , ce dont je me repens encore aujourd'hui. Mon père, je l'ai déjà dit, était sujet à de grands emportements : depuis cette désobéissance, il me [»rit dans une sorte de grippe; ce qui , je crois, fut une des causes de la dissipation de mes années subséquentes. — Je dis dissipation , comparativement à la sobriété et à la stricte régularité de vie des presbytériens de campagne. Car , bien que les feux

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