UNE NUIT D'HIVER
« Pauvres malheureux nus , qui que vous soyez
Qui êtes exposés aux fureurs de fimpitoyable tempête !
Comment vos têtes sans abri et vos flancs affamés ,
Votre déguenillement plein de trous et de fenêtres vous défendront-ils
Contre des saisons telles que celles-ci ? "
Shakspeâre.
Quant le mordant Borée, cruel et dur,
Sous son aiirre soutlle fait frissonner le bois sans feuilles ;
Quand Phébus jette un i-egard de courte durée
Loin au midi du ciel, S' obscurcissant sous les couches de pluie
Ou les tourbillons de neige ;
Une nuit la tempête agitait les clochers ,
Le pauvre Travail reposait doucement dans les bras du Sommeil,
Tandis que les ruisseaux, engorgés damas de neige,
Détournaient leurs eaux vagabondes, Ou, séchappant par l'issue lentement creusée,
S'y précipitaient tète baissée.
Ecoutant battre les portes et les fenêtres .
Je pensais au l)étail frissonnant
Et aux innocents moutons, qui sont en butte aux attaquas
De l'Hiver ennemi :
Et, à travers la neige où ils enfoncent, s'efforcent d'atteindre
Le pied d'un rocher.
Vous tous, oiseaux sautillants, petits êtres sans défense, Que, dans les joyeux mois du printemps , Je prenais plaisir à entendre chanter.
Que devenez-vous ?
Où abriterez'vous votre aile tremblante?
Où fermerez-vous votre œil ?
Mèuie vous ([ui , toujours occupés de ]n"ojets meurtriers, Solitaires, errez loin do \os retraites farouelies . Mon cœur \ous pardonne le juelioir ta<lié de s^ung El le parc de brebis ru\agé,
Lorsque, impitoyable, la tempête déchaînée Vous frappe rudement.
En ce moment Phœbé, à lapogée de son règne,
Bien enveloppée de noir, contemplait la plaine lugubre ;
Une foule de pensées mélancoliques continuaient
D'assiéger mon àme , Lorsqu'à mon oreille ce chant plaintif
Arriva lent et solennel : —
« Soufflez , soufflez , ô vents , de plus pesantes bouffées ! Et toi, gèle, ô glace à làpre morsure ! Descendez , ô vous , neiges froides et suffocantes ! Toute votre rage réunie comme à présent ne révèle pas Une méchanceté plus endurcie , plus miplacable . Une malignité vindicative plus enracinée Que celle que l'homme, cet illuminé du ciel, montre à l'homme son Voyez le poignet de fer de l'Oppression c-ruelle, [frère.]
Ou la main sanglante de la furieuse Ambition Lâchant, comme des limiers hors de laisse,
Le Malheur, le Besoin et le Meurtre sur une terre 1 Même dans le paisible vallon champêtre La \"érité fait . en pleurant, son lamentable récit , Comment le Luxe gros et gras, ayant à son côté la Flatterie. Ce parasite qui lui empoisonne loreille. Et derrière lui un tas de misérables à l'âme servile, Examine sa fastueuse propriété, qui s'étend au loin , Et regarde le simple paysan , Dont le travail entretient la splendeur dont elle brille, Comme une créature d'une autre espèce.
Une substance plus grossière, non raffinée, [de lui.]
Mise là pour son usage seigneurial . bieriloin , bien bas au-dessous Où donc, où est la tendre, l'ardente angoisse de l'amour Avec le front hautain de l'honneur seigneurial , Puissances que vous reconnaissez fièrement? Est-ce là , sous le noble nom de l'amour, Que peut loger, sombre, l'intention égoïste
De se rendre seul heureux '.
Qu'on lui montre l'innocence virginale en proie
Aux embûches d'un amour prétentlu , Cet honneur tant vanté prend la fuite . Evitant l'inffuence naissante de la douce Pitié, Sans égard pour les larmes et les vaines prières 1
Pout'être à cette heure, dans le nid de la sale misère. Elle serre votre enfant contre son ccpur désolé, Et avpc un effroi de mère elle tremble aux secousses du vent !
0 vous qui, enfoncés dans des lits de duvet , N'éprouvez d'autros besoins que ceux que vous vous créez vous- Pensez un moment a la destinée malheureuse [mêmes,]
De celui qui est renié de ses amis et de la fortune !
Après avoir mal apaisé les cris impérieux de la nature irritée,
11 s'étend sur son lit de paille pour dormir, Tandis que , par le toit en lambeaux et le mur crevassé , Le froid chasse et amoncelle la neige sur son sommeil 1 Pensez à l'affreuse contrainte du cachot , Où le crime et la pauvre infortune languissent 1 Le crime , homme sujet à l'erreur, vois-le d'un œil de pitié î Mais ta fureur légale poursuivra-t-elle Le malheureux, déjà tout écrasé Des coups non mérités de la fortune cruelle ? Les fils de l'affliction sont frères en détresse : Secourir un frère, quelle jouissance exquise ! »
Je n'en entendis pas davantage, car Chante-clair
Secoua la neige poudreuse Et salua le matin d'une acclamation —
Un chant éveille-chaumière.
Mais cette vérité se grava profondément dans mon esprit :
Entre tous ses ouvrages , Le cœur bienveillant et bon
Ressemble le plus à Dieu.