‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 51 sur 267 · CONFRÈRE POÈTE (DAVID SILLAR, MAITRE D'ÉCOLE ET BARDE · texte numérisé non relu

CONFRÈRE POÈTE (DAVID SILLAR, MAITRE D'ÉCOLE ET BARDE

Janvier 1784.

Tandis que les vents soufflent de Ben-Lomond ,

Et encombrent les portes de la neige qu'ils chassent ,

Et nous suspendent au-dessus du feu , Je me mets , pour passer le temps , A tourner un ou deux couplets

En grossier jargon d'Occident.

Tandis ([ue les vents glacés poussent les tourbillons dans la cham-

Juscjuau coin du feu, lure]

Je murmure un })eu du sort des grands,

(,)ui vivent si riches et si à leur aise : Je me soucie moins et j'ai moins besoin

Do lonr foyer spiifionx :

Mais rciivic me jï.igno et j'enra.iie A voir leur orgueil maudit.

Il n'est guère au pouvoir de personne

De s'empêcher, de temps à autre, d'avoir de l'aiirreur

En voyant comment les parts sont faites ; Comment les plus dignes gens sont parfois dans le besoin , Tandis que des sots dissipent des mille et des mille ,

Et ne savent cjuc faire pour en voir la fin ; Mais , Davie . mon garçon , ne te mets pas martel en tête ;

Quoique notre avoir soit petit , Kôus serons en état de gagner notre pain quotidien Tant que nous aurons force et santé :

u N'en demande pas plus et ne crains rien ' ; » : Ne songe pas à la vieillesse ,

Notre dernière chance , et la pire .

Après tout, c'est de mendier.

Coucher le soir dans les fours et les granges , Quand les os sont brisés et le sang appauvri ,

C'est, sans doute, un grand malheur '. [reux;]

Pourtant alors la satisfaction de l'âme pourrait nous rendre heu- Mème alors parfois nous pourrions goûter (luelques instants

De vraie félicité.

Le cœur honnête qui est exempt de toute

Intention de fraude ou de crime , De quekjue manière que la Fortune lance du pied la balle, A toujours quelque motif de sourire :

Et ne perdez pas ceci de vue , et vous trouverez

Que ce n'est pas une petite consolation ; Nous n'aurons donc plus de souci, Nous ne pouvons pas tomber plus bas.

Qu'importe (juc, comnie les roturiers des airs, Nous errions sans savoir où ,

N'ayant ni maison ni abri ?

Les charmes de la nature, les montagnes et les bois . Les immenses vallées et les flots écumants ,

Sont également ouverts à tous.

Les jours où les marguerites ornent la terie

Et où les merles silUent clair,

1 Ramsav

POESIES DE mP.NS.

Nos ("Yptir?. boiKliront <l iiiie joie honmMe En voyant venir 1 niiiiff :

Alors, au penchant tles collines, quand nous vouflrons

Nous nous asseoirons et fredonnerons un air ; Puis nous rimerons dessus, nous scanderons dessus, Et nous le chanterons quand nous aurons fini.

Ce ne sont pas les titres ni le rang ,

Ce ne sont pas les richesses de la Banque de Londres

Qui achètent la paix et le repos ; Ce n'est pas d'ajouter encore à beaucoup . Ce ne sont pas les livres ni la science

Qui nous rendent vraiment heureux; Si le bonheur n'a pas son siège

Et son centre dans notre sein , Nous pouvons être savants , ou riches , ou puissants , Mais jamais nous ne pouvons être contents : Ni trésors ni plaisirs

Ne pourraient nous rendre heureux long-temps ; C'est toujours par le cœur

Que nous sommes bien ou mal.

Pensez-vous que des gens tels que vous et moi , Qui peinons et haletons , par l'humide et le sec ,

A travailler sans relâche; Pensez-vous que nous soyons moins heureux que. ceux Qui ne font point attention à nous lorscju ils passent ,

No jugeant p.as que nous en valions la peine ? Hélas 1 combien souvent, dans leur humeur hautaine.

Ils oppriment les créatures de Dieu 1 Ou bien, négligeant tout ce qu'il y a de bon. Ils se plongent dans les excès !

Sans souci ni crainte

Du ciel ou de l'enfer 1 Estimant et croyant

Que ce n'est qu'un conte frivole !

Résignons-nous donc gaiement,

Et ne diminuons pas nos rares plaisirs

En nous chagrinant de notre état ; Et, quand mémo il arriverait des malheurs, Moi qui suis ici, j'en ai rencontré quelques-uns.

Et je leur suis reconnaissant.

78 POESIES DE BURXS.

Us donnent à la jeunesse l'esprit du vieil àtre ;

Ils nous apprennent à nous connaître ; Us nous font voir la vérité toute nue, Le bien et le mal réels.

Quoique les pertes et les traverses Soient des leçons bien sévères .

Vous y puiserez un esprit

Que vous ne trouverez pas ailleurs.

Mais écoutez-moi bien , Davie , roi des cœurs ( Dire rien de moins ferait tort aux cartes ,

Et je déteste la flatterie; !

Cette vie a des joies pour vous et pour moi ; Des joies que les richesses ne sauraient acheter.

De toutes les joies les meilleures.

Elle a les plaisirs du cœur.

L'amour et l'amitié; Vous avez votre Meg , votre part chérie , Et moi j'ai ma bien-aimée Jeannie 1 Cela m'anime, cela me charme

Rien que de prononcer son nom :

Cela m'échauff"e, cela m'allume, Et me met tout en flamme 1

0 vous toutes , puissances (\\i\ gouvernez là-haut ! 0 Toi, qui es l'amour même!

Tu sais mes paroles sincères î Le sang vital cjui coule au travers de mon cœur, Ou ma partie immortelle qui m'est plus chère encore ,

Xe m'est pas plus tendrement cher 1 Quand le chagrin et le souci qui ronge le cœur

Privent mon âme de repos , Sa chère pensée verse soulagement Et consolation dans mon sein.

0 toi , Etre qui vois tout ,

Entends ma fervente prière 1 Prends-la sous ta garde, et fais-en toujours L'objet favori de tes soins !

Salut à vous, tendres sentiments qui m'êtes chers 1 Sourire de l'amour, larme de l'amitié,

Ardeur sympathique ! Il y a long-temps (pie les sentiers épineux de ce monde

Auraient vu la fin de mes jours fatigues ,

Si ce n'eût été pour vous !

Le sort m'a toujours fait don d'un ami Dans tous mes soucis et mes maux ; Et souvent même d'un lien plus attachant, D'un nœud plus tendre encore.

Cela éclaire, cela illumine

La scène ténébreuse, De rencontrer et d'aborder Mon Davie ou ma Jeannie !

Oh ! comme ce nom inspire mon style ! Les mots arrivent lestement , à la file ,

Presque avant que je le sache 1 La mesure facile court aussi belle Que si Phœbus et les fameuses neufs Sœurs

Veillaient sur ma plume.

Mon Pégase, malgré ses éparvins, ira clopin-clopant

Jusqu'à ce qu'il soit bien échauffé :

Et alors il boitera, clochera, et sautera, Et courra d'un pied merveilleux ; Mais de peur qu'alors la bête

Ne se repente de cette course précipitée, Je descendrai maintenant et essuierai Sa peau suante et flétrie.

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