‹ Poésies complètes. Traduites de l'écossaisChapitre 60 sur 267 · LHOMME EST NÉ POUR GÉMIR · texte numérisé non relu

LHOMME EST NÉ POUR GÉMIR

Quand le sombre souffle du froid Novembre

Dépouillait les champs et les forêts , Un soir, comme jerrais

Le long des bords de lAyr, Je vis un homme dont le pied vieilli

Semblait fatigué , usé par les soucis ; Sa face était toute sillonnée par les années .

Et ses cheveux étaient blancs.

Jeune étranger, où vas-tu

{ Me dit le vénérable sage ) ?

Est-ce la soif de la richesse qui pousse tes pas ,

Ou la rage des plaisirs du jeune âge?

Ou peut-être , accablé de soucis et de chagrins ,

Tu as commencé trop tôt A errer avec moi pour gémir

Sur les misères de l'homme !

Ce soleil suspendu sur les bruyères là-bas ,

Qui répand ses rayons partout Où des centaines de bras travaillent à entretenir

L'orgueil de quelque lord hautain ; J'ai vu ce faible soleil

Revenir deux fois quarante hivers , Et chaque fois m'a apporté de nouvelles preuves

Que l'homme est né pour gémir.

Homme , dans tes jeunes années ,

Comme tu es prodigue du temps !

Gaspillant toutes tes heures j)récieuses ,

Ta brillante tleur do jeunesse !

Les folies régnent tour à tour sur toi ;

Les passions licencieuses te brûlent ; Ce (jui donne une force décuple à cette loi de nature ,

Que l'homme est né pour gémir.

POESIES DE BURXS. 91

Ne considère pas seulement la fleur de l'ùge

Ou la puissance active de la virilité ; L'homme alors est utile à son espèce ,

Son droit trouve un appui ; Mais vois-le aux limites de la vie ,

Usé par les soucis et les chagrins , Alors la vieillesse et le besoin , -^ oh! couple mal assorti !

Montrent que l'homme est né pour gémir.

Quelques-uns semblent les favoris du Destin ,

Choyés dans les bras du Plaisir; Pourtant nd pensez pas que tous les riches et les grands

Soient également vraiment heureux. Mais , hélas ! quelle foule d'hommes sur chaque terre

Sont misérables et délaissés ; Dans la pénible vie apprenez cette leçon ,

Que l'homme est né pour gémir.

Nombreux et aigus sont les maux

Tissus dans notre trame !

Nous rendons nous-mêmes plus acérés encore

Le regret , le remords et la honte 1 Et l'homme, dont le visage élevé vers le ciel

S'embellit des sourires de l'amour, L'homme, par son inhumanité envers l'homme ,

Condamne des myriades innombrables- à gémir.

Vois là-bas ce pauvre être extéimé de fatigue ,

Si abject , si infime et si bas , Qui demande à un autre fils de la terre

De lui donner la permission de travailler ; Et vois le ver hautain, son frère ,

Rejeter l'humble supplique , Inattentif, quoique une épouse en larmes

Et des enfants sans ressources soient à gémir.

Si je suis destiné à être l'esclave de ce lord , —

Destiné par la loi de la Nature , — Pounjuoi un vœu d'indépendance

A-t-il toujours été enraciné dans mon cœur?

n P0ES1E^^ DE RIRX!^.

Si jp no le suis pns . ]joiii'(|ii(ii me vois-jo en bntte

A .sa crnauté et à son dédain?

On poui"(|noi Ihomnie a-t-il la volonté et le pouvoir

De faire iiémir son semblable ?

Pourtant que ceci , mon fils ,

Ne trouble pas par trop ton jeune sein : Cette vue partielle de l'espèce humaine

N'est sûrement pas la dernière 1 L honnête homme, pauvre et opprimé,

Ne serait certainement jamais né, S'il n'y avait pas eu quelque récompense

Pour consoler ceux qui gémissent !

0 mort ! la plus chère amie de l'homme pauvre !

La ])lus tendre et la meilleure 1 Bienvenue sera l'heure où mes membres vieillis

S'étendront avec toi dans le repos 1 Les grands , les riches craignent tes coups ,

Qui les arrachent à la pompe et au plaisir; Mais , oh ' quel bienheureux soulagement pour ceux

Qui , excédés de dégoûts , gémissent 1

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